I CAUSERIES
monde, la matièi*e et l'esprit. Suivant Tordre établi par Dieu, il faui que la matière soit l'humble servante de Tesprit, comme le corps doiF^re le serviteur de Tâme. Si cette proposition est renversée, et si l'élément matériel domine, il y a désordre social. Les sciences, les arts et les lettres, les mœurs et les croyances religieuses constituent ce qu'on pourrait appeler l'âme de la nation, et, pour arriver à la véritable grandeur, il faut que la nation développe cette âme et la perfectionne; en d'autres termes, il faut qu'elle devienne savante et vertueuse.
Or, la chose est indéniable, les américains ont négligé ce progrès. Ils ont fait de grandes^ conquêtes matériellieis ; mais les conquêtes intellectuelles et religieuses ont été mises en oubli. '" L'esprit s'est courbé devant ta matière; le corps a absorbé l'âme, et ce peuple n'a pas su réunir ces deux éléments inséparables de toute civilisation que M. Guizot appelle le progrès de la société et le progrès de l'humanité. " ' ^
Il y a donc chez nos voisins deux grands vices de constitution, le manque d'unité et Tabsencede vertu, et ces deux grands vices y causeront d'eilrajànlS cataclysmes, si la foi catholique n'y apporte un remède^ Je vois sourire les admirateurs de la répuBITq les entends m'accabler de métaphores pour me repré^senter plus vivement sa condition si florissante et si prospère. Mais je me défie de certaines apparences, et je ne puis croire à la solidité d'une prospérité mal assise.
Jetez un regard sur cette montagne dont les âancs renferment un volcan qui sommeille. La végétation la plus luxuriante la couvre de ses richesses ; les gazons et les buissons en fleur y déploient leurs tapis ; les oiseaux chantent et voltigent dans les bocages, et le cratère semble fermer ses lèvres souriantes. Mais, dans son sein s'amassent des fluides embrasés, et toutà-coup la montagne tressaille et vomit un torrent de laves et de feux qui inonde et détruit les bosquets et les'fleurs.
Le peuple américain a cet aspect du volcan endormi. Il se développe et s'enrichit à vue d*œil ; il est prospère et calme à sa surface ; niajs dans son sein germent et grandissent des ferments de discorde et de l ai në^ DéjlTiïne première explosion s*est produite ; et il a fallu quatre ans pour Tapaîser, ou plutôt pour l*ajou rner. La discorde gronde encore sourdement èFgrandit, et quand de nouveaux aliments seront jetés dans cette fournaise, l'incendie éclatera et s'éteindra dans les ruines.
Joignez à ces dissensions assoupies, les inimitiés que les différences d'origine, de religion et d'intérêts commerciaux ont déjà créées; mesurez la profondeur de la corruption des mœurs dans ce pays où règne le jivQyce : ajoutez-y le mépris des lois et de toute autorité, et jugez s'il est possible, sans un remède souverain, que cette nation n'arrive pas à la dissolution et à l'anarchie.
L a foi catholique seule assainira ce pays et le sauvera des catastrophes. Elle seule réunira sous ses ailes tous ces éléments disparates qui le composent, et lui
donnera cette unité qui fait la force des nations. Elle seule saura y combattre efïicacement les vices qui le corrompent, et jeter dans son sein la semence salutaire de la vertu. Elle seule lui fera comprendre que c'est Tesprit plutôt que la matière qu'il faut perfectionner, et le fera marcher dans les voies du progrès intellectuel et religieux.
Elle sera la main qui dirigera son activité, la sagesse qui réglera sa force, et le flambeau qui lui montrera recueil contre lequel tant de nations vont se briser.