‹ Causeries du dimancheChapitre 24 sur 39 · LE LIBÉRALISME ET LE PROCÈS GUIBORD · texte numérisé non relu

LE LIBÉRALISME ET LE PROCÈS GUIBORD

Le progrès est le but des actions de rhomme; mais le progrès véri table n'a qu'un nom : la sainteté I S*élev er du pé ché à la grâce, du mal au bien, de la perversité naturelle .de l'homme à la perfection surnaturelle^ Dieu, voilà le vrai et l'unique progrès qui renferme toupies autres.

La science n'est qu'un moyen de le réaliser, et si elle s'écarte de ce but, elle n'est plus même un progrès de l'esprit. Tous les perfectionnements que l'intelligence humaine accomplit, dans l'ordre matériel comme dans l'ordre moral, doivent tendre à ce but admirable, centre commun de toutes les aspirations de rhctmanitéé

Le libéralisme a d'autres notions sur le progrès. Il nie le surnaturel, et ce qu'il voit dans Thomme, ce n'est pas l'âme, mais la raison. Lui qui se scandalise d'entendre parler de l'infaillibilité du Pape et de l'Efflise elle-même, il croit à l'infaillibilité de la raison humaine. Il veut qu'on la laisse aller sans guide , sans lois, sans règles et sans frein ; qu'elle soit libre de toute entrave, indépendante de toute doctrine et audessus de tous les principes. Le progrès libéral sera à son apogée lorsque l'humanité ne reconnaîtra pas d'autre Dieu que la RaisoQ et ne sera soumise qu'à ses seules lois.

Il n'est pas étonnant qu'avec cette doctrine le grand pontife de l'Institut-Ganadien appelle notre siècle le plus grand des siècles. Dans nos idées, il y a eu progrès à rebours ; le XiXème siècle a marché comme l'écrevisse, puisqu'en réalité l'immense travail de l'esprit humain dans ce siècle a été de tout remettre en question, et de répandre sur la terre la semence désastreuse d'un scepticisme universel. Mais dans les idées libérales, douter c'est s'affranchir, et l'affranchissement de toute croyance c'est le progrès. Il est certain qu'à aucune époque l'on n'a plus travaillé ni si bien réussi qu'aujourd'hui à déifier la raison humaine, et c'est pourquoi le libéralisme bat des mains. Erreur monstrueuse, progrès déplorable qui comme une marée montante envahit le domaine de la vérité 1

Ces fausses idées sur le progrès proviennent de l'oubli complet de la fin de l'homme et des devoirs qui en découlent pour la société et pour lui-même. Se sanctifier: voilà donc le progrès que chacun doit

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s^efiForcer d'atteindre, et il faut que la société, au lieu de Tentraver, favorise ce perfectionnement.

Tia sonîét ^ est faifft pour rhomme et non l'homme pourJa,.Sûciété.

" Les sociétés humaines, disait un jour M. Royer- " Gollard, naissent, vivent et meurent sur la terre ; " là s'accomplissent leurs destinées. Mais elles ne ** contiennent pas l'homme tout entier. Après qu'il " s'est engagé à la société, il lui reste la plus noble ** partie de lui-même, ces hautes facultés par lesquel- ** les il s'élève à Dieu, à une vie future, à des biens

** inconnus dans un monde invisible Nous, per-

** sonnes individuelles et identiques, véritables êtres ** doués de l'immortalité, nous avons une autre desti- " née que les Etats 1 "

L'homme est donc supérieur aux sociétés par son immortelle destinée, et ^lles ne sont constituées que jour l'aider à accomplir sa fin. Pour arriver à ce résultat, la société c ivile doit, non-seulement laisser au citoyea toute la. liberté nécessaire, mais elle doit laisser à^l'Eglise, qui est spécialement chargée du salut de l'homme, toute la liberté d'action dont elle a besoin pour faire respecter ses préceptes.

L'Eglise doit donc être parfaitement libre d'infliger des peines canoniques à ceux qui méprisent ses commandements. Car la peine est la sanction de toute loû- Si l'Etat ^ene l'exercice de ce droit, qui est le corollaire nécessaire du pouvoir législatif de l'Eglise, il- devient tyrannique et il manque à sa mission.

La socigtg^iûjèxje^. c'est l'Eglise, et la société civile doit la prendre pour modèle et suivre ses enseigne-

iOO CAUSERIES

ments. Autant l'âme. §i§l. supérieure au corps, autant TEglise est supérieure à l'Etat. Tous deux doivent agir de concert, chacun dans sa sphère d'action différente, l'Etat dans la dépendance des principes catholiques, et l'Eglise dans l'indépendance complète de l'Etat.

De même que l'homme, sans cesser d'être libre, est soumis à la loi de Dieu, ainsi, l'Etat, tout, en usant d'une liberté pleine et entière, ne doit pas transgresser les lois de l'Eglise. C'est l'Eglise, qui^ été spécialement chargée de conduire l'humanité à^ifin, et, pour remplir sa mission, il lui faut le concours et l'assistance des Etats. Elle est la tête et ils sont les membres de l'humanité ; la raison veut que les membres se montrent dociles aux inspirations de la tête ; sinoo^ il y a désordre social. Tous deux ont été faits pour vivre et marcher ensemble contre leurs ennemis communs ; car tous les ennemis de l'Eglise sont ennemis de l'Etat. L'Etat est le bras qui dispose de la force ; l'Eglise est la volonté, interprète des volontés de Dieu. Le bras a besoin de la volonté, s'il. ne veut pas agir aveuglément ; la volonté a besoin du bras, si elle veut être respectée et obéie. Si le bras caresse lors* que la volonté demande qu'il frappe, il manque à sa mission et néglige son rôle.

Ce sont là des principes élémentaires qui doivent ré' gler les rapports de l'Eglise avec les Etats, et l'on s'étonne lorsque l'on considère combien ces principes sont méconnus. C'est à ces doctrines que le libéralisme a déclaré la guerre, et, sans s'en apercevoir, au nom de la liberté, il aide à l'affermissement. du àespo-

bu DiltANcàË. iOl

tisme ; car en glaçant l'Etat au-dessus de l'Eglise, il crée un^despote qui, après avoir tyrannisé la conscience, se fait le t^ran de la raison. C'est une des mille et une contradictions du libéralisme.

Le procès Guibord a révélé au public canadien dans quel oubli profond ces simples notions de la vérité sont descendues, et le libéralisme, en y étalant tout le cynîSnïe de ses doctrines, n'a pas su voiler toute l'inconséquence de ses actes.

Yoilà un homme qui a méprisé les enseignements de l'autorité religieuse, qui a ri de ses défenses et s'est moqué de ses menaces ; et lorsqu'il est mort, on invoque son titre de catholique et l'on réclame pour son corps les privilèges et les honneurs qui n'appartiennent qu'aux sujets soumis et obéissants !

Voilà un homme qui a voulu la séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui s'est soumis au pouvoir civil, mais qui a secoué le joug du pouvoir ecclésiastique et s'est afiranchi des devoirs qu'il impose, et l'on s'étonne que le prêtre auquel on demande son inhumation fasse la même distinction que le défunt, et- dise : c'est à l'officier,civil et non au prêtre que vous avez droit de vous adresser !

Yoilà un fils de l'Eglise qui a abandonné sa mère, et c[ui malgré ses appels réitérés a refusé le pardon offert, et lorsqu'il est mort dans ces sentiments, on voudrait que l'Eglise passât l'éponge sur ses condamnations, et qu'elle eût^ pour ce fils ingrat les mêmes égards que pour ses enfants bien-aimés ! Où serait donc alors la sanction des lois ecclésiastiques si les peines qu'elles prononcent devaient être sans effet, op

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s'il était permis à la puissance civile de relever de ces peines ?

*' Mais, disent les libéraux mis en face de leur inconséquence, nous ne tenons pas précisément à la sépulture ecclésiastique ; nous voulons la sépulture civile, et nous la voulons sans flétrissure. Or, celle qu'on nous offre dans une partie du cimetière consar crée aux enfants morts sans baptême, et à certaines classes de personnes, est un déshonneur, et nous la refusons. La population ignorante applique à cette inhumation le mot si déplorable de '* enterré comme un chien, " et nous ne pouvons pas accepter cette infamie I "

Nous ne comprenons pas ces répugnances tardives. Il n'est pas rationnel de repousser avec tant d'indignation la peine qui atteint le corps, quand on a si volontiers encouru la peine qui flétrissait l'âme I Eh I quelle différence y a-t-il donc entre l'enfant qui n'a pas encore reçu la grâce du baptême et l'homme qui l'ayant perdue s'est obstinément refusé à la recouvrer ? — La différence est certainement en faveur de l'enfant.

Vous ne voulez pas que le peuple dise que Guibord a été enterré comme un chien ; mais vous savez ce que le peuple appelle ** vivre et mourir comme un chien", et si vous vous moquez de cette dernière injure, pourquoi tenez- vous compte de la première ? Etre enterré comme un chien est triste, je l'avoue ; mais mourir sans sacrements est bien plus déplorable I

Vous ne voulez pas qu'on le sépare de ceux qui ont rempli leurs devoirs religieux pendant leur vie. Mais

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B*est lui qui s'est volontairement séparé d'eux : la séparation commencée par lui se continue après sa mort, et c'est, partant, l'exécution de sa volonté.

Vous parlez de flétrissure ; mais Guibord l'a voulue cette flétrissure. Il se l'est imposée à lui-même en négligeant les devoirs que son titre de catholique lui imposait et en refusant de se soumettre à la condani^

tion de ses supérieurs^fijcclésiastiques. La vraie tlétrissure est celle qui souille la vie, et quand on s'en moque de son vivant, il est logique qu'elle s'étende audelà du tombeau et s'attache à la mémoire !

hommes inconséquents ! Ayez donc le courage de déduire les conséquences de vos principes. Vous êtes rationalistes : montrez-vous dignes de ce titre, et foulez aux pieds le dernier préjugé qui vous reste encore. Soyez fiers, et demandez, si on ne vous l'offre pas, qu'on ne vous enterre point à côté des serviles adulateurs du pouvoir ecclésiastique, à côté des dévots qui se confessent et qui font leurs pâques !

Emparez-vous de ce cimetière que l'ignorance qualifie d'une parole infamante. Relevez-le dans l'opinion en y couchant vos illustres morts et couvrez-le de monuments. Vous l'appellerez " le cimitière de la Raison ", et vous nommerez l'autre " le cimetière du préjugé. " La séparation entre vous et nous sera ainsi complète : séparation dans la vie, séparation dans la mort, séparation dans l'éternité !

Je reviens à Taffaire Guibord. Ce n'est plus i nouveauté, et j'arrive un peu tard pour vous inté ser. Elle a été examinée et discutée sous toul se faces par la presse Montréalaise et par les avocats ont conduit la cause. La question a été épuisée, après les magnitiques plaidoiries de MM. Jette, ( et Trudel, plaidoiries qui s'enchaînent et se complè il serait difficile de rien ajouter.

Dégagée de tous les incidents et accidenta de cajise, la question telle que posée par la défense d'ailleurs simple et nette. Il y a deux sortes de lè pultures, la sépulture ecclésiastique et la sépulture ô vile. La première a été refusée à Guibord en verti d'un décret de l'autorité diocésaine, et la seconde a éft offerte. Si donc la demande exige simplement c ci, on lui répond : Elle ne vous a jamais été refusée ; si elle réclame celle-là, on lui dit : Guibord en a éti privé pour de bonnes raisons par l'autorité compétente, et, supposé que la décision de cette autorité fût inji ce n'est pas aux tribunaux civils que vous devez t adresser pour en demander la nullité. Le tribi civil est incompétent à renverser ce décret ; il ne ] que le confirmer, c'est-à-dire, s'y soumettre» tant qui n'a pas été mis à néant par une autorité eccl< que supérieure.

Il semble qu'il suffit d'énoncer cette thèse de la dé fense pour en saisir toute la vérité et compreadi

n*ell€ est inébranlable. On aura beau invoquer le roit gallican , cette y ieillfirjjg janti-catholique qui a boutiauxfemeuxjgrincipes dç i89, j'ose espérer que os tribunaux voudront bien ne pas nous l'infliger. e droit gallican a été le résultat et en même temps s châtiment du gallicanisme religieux. En voulant affranchir de GTsùgrématie de Rome, le clergé de ! ice s'est trouve en face de la suprématie des Parnents^ Eii rejetant l'autorité de son roi véritable, r pè, il a dû se courber sous le joug d'un souverain légitime ; et il lui a fallu ensuite bien des combats bur se soustraire à ces entraves.

M ais le Canada est catholique romain, et pour tout e qui ccSnceirne "sôh"culte, il ne reconnaît pas d'autre utorité que Rome. Au moment où le gallicanisme eligieux se meurt en Europe, j'espère bien qu'on ne oudra pas "ressusciter ici le gallicanisme légal. Les rincipe s galli cans ont déjà exercé une influence rop grande sur notre législation ; bien loin de l'éendre, il faut s'en affranchir.

L*appel d'abus était le plus grand des abus, et

I nd on veut le faire admettre par nos tribunaux, on

regarde pas assez loin dans le passé, ni dans l'ave-

. Lorsque l'Angleterre nous imposait un joug que

repoussions, qu'aurions-nous dit et qu'auraient

les libéraux si nos oppresseurs avaient invoqué le

'tgaUicaiH?ûUt-gêner et contrôler l'exercice de nos

itv religieux ? A grands cris, nous aurions rappelé

tes traités qui nous garantissent la liberté du culte

TEglisé de Rôihe et non de l'Eglise gallicane, et

nous aurions eu raison. Si le pouvoir protestant vait pas le droit de revendiquer les prérogatives ; religieuses des parlements français, à ^uel titn prétendus catholiques les revendiqueraieut-ilïT^

Non> le. droit gallican ne peut pas être admis i notre pays. Notre foi qu'il mettrait en péril, b religion dont il gênerait l'exercice, nos institut avec lesquelles il est tout-à-fait incompatible, tout court à le faire rejeter ; et, en face des terme formels et si clairs de nos traités, je m'étc qu'on veuille encore nous affubler de ce vi manteau gallican qu'on rajeunit en le doublani libéralisme.

Qu'on veuille bien remarquer, en outre, que tribunal auquel on veut conférer le droit de ré^ les sentences ecclésiastiques, est catholique ( une cause et protestant dans une autre. Et ne ^ on pas dès lors l'immense danger d'un conflit e le tribunal civil protestant et le tribunal ecclésiastiq

Pas plus que le droit gallican, le droit pu anglais ne peut être invoqué par la demande nous devons rendre cette justice àTAiSgleterre qu' n'a pas appliqué à notre population les lois tyi niques qui ont souvent pesé sur les catholiques Royaume-Uni. Tout ce qui dans le droit pu anglais, pouvait gêner l'exercice libre de notre sa religion, s'est trouvé implicitement abrogé par traités, et ceux qui veulent nous ramener aux ter d'Henri VIII et d'Elisabeth ne font preuve ni patriotisme ni de savoir.

Au-dessus et autour de ces questions qui étaient le nœud de l'affaire Guibord, se sont agitées une foule d'autres questions plus ou moins liées à la cause. Mais celle qui les domine toutes, et qui les absorbe, celle dont l'objet est fondamental, et dont les conséquences sont immenses, c'est la question des rapports entre l'Eglise et les Etats, entre les gouvernements et les peuples, entre l'autorité et la liberté !

Il y a des siècles que cette question est livrée à la discussion, et les hommes d'état paraissent plus embarrassés que jamais d'en trouver la véritable solution.

En novembre 1 ^843 , M. de Lamartine, dans un discours apprêté et cTievillé, révélait à la chambre des députés la solution que sa muse lui avait inspirée. C'est le dernier mot de la sagesse humaine d'alors.

" Deux forces opposées, gazouillait l'illustre orateur, " régissent le monde moral : la tradition et l'innova- " tion, autrement dites l'autoritéret la liberté. " Puis, il rangeait complaisamment du coté deTautorité ** les " ignorances, les superstitions, les faiblesses d'esprit, " les routines de la pensée, les crédulités pieuses, les ** nuages, les ténèbres, les fantômes de l'enfance des " temps ", et du côté de la liberté, ** la science, l'in- " telligence, la raison, la lumière, la perfectibilité des " facultés de l'homme. "

De là il passait aux rapports de l'Eglise avec l'Etat, qui personnifiaient dans sa pensée l'autorité et la liberté, et il ajoutait : '* De deux choses l'une : ou " l'Etat asservit son enseignement à l'Eglise, ou bien ^* il lui résiste. S'il asservit son enseignement à l'E- " glise^ il disparaît, il s'anéantit, il lui livre entière-

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'< ment le siècle et les générations ; il trahit à- la fois '' sa dignité et sa mission, qui est de servir, de défen- ^^ dre et de propager non pas seulement les traditions '^ immuables, mais le mouvement novateur et ascen- '' dant de Tesprit humain. S'il lui résiste, au contrai- '* re, il opprime, il restreint, il contredit, il violente " l'enseignement religieux de l'Eglise ; il altère sa ^ ' foi, et par là même il nuit à sa puissance sur les

*' consciences et à son efficacité sur les mœurs

'* L'équilibre ne peut exister Dans le contrat, il

'* y a toujours l'un des deux qui l'emporte. Si c'est ** l'Etat, il subordonne et contraint l'Eglise. Si c'est *' l'Eglise, elle possède l'Etat et par l'Etat la société. '' La civilisation qui s'est confiée pour se développer ** et marcher à un pouvoir tout humain et mobile '* comme elle, se réveille enchaînée à l'autel immobile ** du prêtre : ou elle cesse de marcher, ou elle marche " en arrière."

La conclusion est facile à tirer, et c'est la solution de M. de Lamartine : séparation complète de l'Eglise et de l'Etat, indépendance absolue de la raison de toute autorité, liberté sans limites de tous les cultes possibles. ** La paix, s'écrie l'orateur, n'est que dans la liberté. *' La dignité, l'indépendance de l'Etat ne sont que ** dans la liberté ; la loi efficace n'est que dans la ^' liberté ; la civilisation agissante n'est que dans la

** liberté La terre est assez vaste pour que tous

** ceux qui veulent adorer Dieu dans tous les rites, ** puissent s'agenouiller devant lui sans se coudoyer et ** et sans se haïr. " i Après tout ce bruit de cymbales, M, de Lamartine

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croit que tout est désormais réglé. Il n'y a plus qu'à mettre en pratique sa magnifique théorie, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le pauvre homme ! Il ne s'aperçoit pas que sa thèse est un rêve, et que ce rêve est impie.

Prêcher la séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'est prêcher une doctrine impie, maintes fois condamnée par l'Eglise, et c'est demander l'impossible. L'union de l'Eglise et de l'Etat n'est pas une société commerciale, qui peut être dissoute par la volonté d'un seul des contractants. L'Etat a beau vouloir cette séparation, l^E glise n'y co nsentira jamais. Il y a entre eux mariage incussoluble, qui durera aussi longtemps que le monde.

Bien loin de se séparer, il faut qu'ils vivent unis dans l'amour. et jians la paix. Et comme l'Eglise est

Institution divine, comme sa doctrine est immuable et ëterflCttcr, comme elle ne peut permettre aux peuples de transgresser ses divins commandements, il faut jjge l'Etat accepte sa suprématie. Sinon, il y aura lutte inévitable, l'Eglise iiè' pouvant pas abdiquer ni méconnaître sa mis&ion.

L'Eglise a été chargée de la conduite du monde. Elle ne peut pas, elle ne doit pas l'abandonner à ses instincts pervers et le laisser jouir d'une liberté sans frein, il faut qu'elle use de sa divine autorité, pour que la liberté des Etats n'exerce son action que dans les vastes limites du bien.

Il y a dans le système du monde deux forces opposées qui mettent tout en mouvement, la force centrifuge et la force centripète. Les corps célestes obéissent à ces deux forces en gravitant autour d'un centre qu»

leur est propre. La force centripète les attire vers ce centre, et la force centrifuge les en éloigne : la combinaison régulière de ces deux forces produit l'orbite que décrivent les planètes. Si le corps gravitant cessait d'être soumis à la force centripète, il prendrait la tangente que la force centrifuge lui indique, et il causerait dans l'univers un désordre effroyable.

Le monde moral obéit de même à deux grandes forces qui semblent en antagonisme : l'autorité et la liberté. Si dans les gouvernements temporels des peuples, l'autorité est excessive, il y a despotisme ; si ia liberté l'emporte, il y a anarchie. Mais si les deux frcces se contrebalancent dans une mesure équitable, elles constituent l'ordre social.

L'antagonisme entre elles n'est donc qu'apparent, et c'est dans leur accord parfait que se trouve même leur véritable condition d'existence. L'Eglise, dépositaire de la vérité infaillible, est le centre universel autour duquel les Etats doivent graviter dans la comSinaison régulière de l'autorité et de la liberté .

Les hommes et les peuples qui s'égarent obéissent trop à la liberté qui est la force centrifuge, et ils suivent une tangente. A son point de départ, la tangente s'éloigne imperceptiblement du centre ; mais plus elle s'allonge et plus Téloignement grandit. Toutes les erreurs, toutes les hérésies semblent dans leurs comniencenients s'éloigner peu du cercle de la vérité ; mais bientôt la distance est devenue immense,

mes compatriotes, n'oublions jamais ces principes, et léfions-nous de ces tangentes qui conduisent à l'abiiue, sous les beaux noms de libéralisme et de callu licisme libéral.

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