‹ Causeries du dimancheChapitre 26 sur 39 · DU JOURNALISME · texte numérisé non relu

DU JOURNALISME

Je n'écris pas sans plaisir ces causeries que mes occupations me forcent souvent d'interrompre. La profession d'avocat, qui n'est plus guère qu'un métier, ne m'a jamais charmé que médiocrement, et j*aî toujours eu à lutter contre la tent'a(îon""jrécrire. L'art d'écrire me séduit et m'entraîne, et s'il pouvait sufïîre aux nécessités de la vie, sans devenir luimême un pénible métier, je me laisserais captiver. Malheureusement, cet art subit le sort commun de toutes les choses de ce monde : le cultiver à loisir est

r'^ CAUSERIES DU DIMANCHE. 119

un cha rme ; s'en faire un état finit par ennuyer. Du momenf qu'il devient nécessaire, il participe aux deseach^tements de la réalité, et la prose remporte sur la poésie.

Que de journalistes qui sont entrés dans la carrière, ardents et fougueux comme des coursiers indomptés, et qui s'en vont maintenant, l'œil morne et la tête baissée, courbant l'échiné sous je ne sais quel harnais ar^nté !

Ils avaient l'allure hardie et le franc-parler de ceux qui ne dépendent que de leur devoir, et le monde les voit cheminer maintenant, lourds et serviles, dans les sentiers battus qu'un maître implacable leur indique ! Voilà recueil du journalisme, et ceux qui l'évitent sont plus rares qu'on ne croit.

Ecrire en amateur, par plaisir et par devoir, pour la défense des principes que l'on croit vrais, me semble un rôle moins dangereux et plus plaisant ; c'est celui que j'aime à remplir quand mes loisirs me le permettent.

On m'a fait, au sujet de mes causeries, des observations qui me rendent perplexe . D'une part, on m'a dit : ** Vous êtes trop sérieux; vous avez l'air d'une porte de prison, ou d'une grille de couvent, et les Jectrices s'enfuientjijvotre aspect ! 11 faudrait rire et ba- ^diner lin peu, cultiver le bon mot, faire fleurir le calembour^ et greffer partout la plaisanterie. "

D'autre part, on soutient que j'ai raison d'être sjpieux, et que dans les circonstances particulières cii se trouve la presse canadienne, j'aurais tort de i^.e Têtre pas. On ajoute : '' des écrivains badins, des

De son côté, le Siècle dit :

** L'esprit public en France s'était ravalé à ne s'occuper que de frivolités dignes des mignons du temps de Henri III.

*' C'est l'esprit qui a perdu la France : nous voulons dire l'esprit boulevardïer, cet esprit qui se compose pour le moment, pour les neuf-dixièmes, de calembours, de jeux de mots, de scepticisme, tranchons le mot, de blague ; pour le dixième restant de forfanterie et de mensonges ridicules

" Non ! tant que le Figaro, le Gaulois , le Pari»- Journal et autres journaux de même acabit 'ne seront pas tombés à un tirage de 500, à l'usage exclusif d'un nombre égal de ramollis et de drôlesses, il n'y a pas d'espoir de voir la France se relever

" Les Grecs du Bas-Empire étaient des aigles auprès de nos boulevardiers ! .... Si la guerre actuelle finit sans avoir tué en France l'esprit du boulevard, la paix qui la suivra ne sera ni durable, ni féconde, et ne sera qu'une balle dans la boue."

Tout cela est très-vrai, et le Siècle n'a qu'un tort, c'est d'oublier qu'il a lui-même fait une grande consommation de cet esprit boulevardier qu'il exècre. Qui s'est plus que lui moqué de la religion et de ses ministres ? Qui a plus encensé Voltaire, le roi des boulevardiers ?

N'importe, l'aveu dans sa bouche n'en a que plus de valeur, et les journalistes canadiens doivent en tenir compte. Ils doivent donc bien se garder d'imiter le Figaro, le Gaulois, le Charivari et autres journaux du même genre. Tels ne doivent pas être leurs modèles.

Après cela, ils sont libres de faire briller leur esprit autant qu'il leur sera possible. Car, pour être sérieux, le journaliste n'est pas tenu d'enfouir son esprit. Il ne lui est pas défendu de rire, et de jeter ça et là sur ses enseignements quelques pincées de bon sel. Bien au contraire, c'est l'art de l'écrivain habile de savoir amuser ses lecteurs en les instruisant. Mais il faut les instruire, et c'est la partie difficile. Le journal qui ne sait qu'amuser n'a pas de raison d'être, et son mérite est d'ailleurs mince. Car amuser le public n'est pas si difficile qu'on peut le croire, et le programme de celui qui ne se propose pas autre chose est bien simple.

Il choisit d'abord pour feuilleton un roman bien rempli d'intrigues et de péripéties. S'il est immoral, c'est bien ; mais si le voile de l'expression en couvre habilement l'immoralité, c'est encore mieux. Le roman judiciaire est surtout recherché, et plus il renferme de scènes de police et de cours d'assises, plus il est goûté. Les petites nouvelles, les petits scandales, les jeux de mots, les calembours et les faits divers doivent ensuîïe occuper une large place dans son journal. Les mots risqués ont particulièrement du succès. Mordiller de temps à autre une réputation bien assise ne fait pas mal non plus, et le lecteur s'y complaît.

Après cela, il ne faut pas oublier d'être à l'aiTût de tous les crimes qui se commettent, et d'en raconter minutieusement tous les détails. S'il est possible de leur donner une teinte romanesque et mystérieuse, c'est un ornement qui est bien porté. Va sans dire que si le criminel est traduit devant les tribunaux, il faut

l*y suivre et raconter en style ému tous les incidents du procès.

Yoilà les détails du métier. Quant aux traits généraux qui le caractérisent, ils se résument ainsi : flairer l'opinion publique et la suivre au lieu de la guider, étudier les godts du lecteur et les satisfaire au lieu de les corriger, calculer sur les mauvais intincts de la nature humaine et les flatter au lieu de les réprimer.

Mais le journaliste sérieux qui veut instruire, éclairer^ édifier, guider ses lecteurs, remplit une tâche bien autrement diflicile et bien autrement méritoire. Son rôle est noble et son but est élevé. Lui seul empêche le journalisme d'être la plus grande plaie de l'humanité.

Je ne suis pas de ceux qui admirent outre mesure cette institution puissante qu'on appelle la presse. Le bien qu'elle fait est loin d'égaler le mal qu'elle nous cause, et ce qui fait la force immense de la Révolution en Europe, c'est la Presse. Mais puisque cette puissance existe, il faut la faire servir au bien.

Dans notre pays, le plus catholique .duLjnonde, il faut qu'elle soit l'humble servante de la religion et\/ tout entière consacrée à la diffusion et au soutien des : doctrines catholiques romaines. C'est pour cela seul qu'elle est instituée, et c'est par cela seul qu'elle servira et honorera la patrie.

Un journal, quelque petit qu'il soit, n'est jamais complètement inofPensif. S'il ne fait pas de bien il fait du mal. S'il ne défend pas l'Eglise, il la combat. Car dans la lutte terrible qu'elle soutient il n'y a pas de neutralité possible, et la non-intervention est un

crime. L'indifférent est un ennemi, et la tolérance est complice.

La tolérance, voilà le grand vice de certains journaux et de certaines gens. On laisse le mal se produire, les mauvais principes s'affirmer, et Ton se tait, sous le prétexte que l'affirmation de la vérité pourrait causer du bruit dans ]e public. Erreur profonde qui a perdu la France et qui nous perdra si nous n'y prenons garde.

Il ne faut pas négliger cet exemple que la Providence a placé devant nous. Il ne faut pas s'engager dans les sentiers tortueux où la France, guidée par la presse, s'est égarée. 11 ne faut plus caresser ni propager ces deux erreurs qui ont tant affaibli la France, le galU£|nisme et le libéralisme.

La presse canadienne-française dûitétre ultramont aine. De Rome seule elle doit recevoir ses enseignementsl A ftome^^êètile, et non à Paris, elle doit ho mmage et soumission. C'est parce qu'il tendait à remplacer Rome et à enseigner les nations, que Paris a failliêtrie^étruit.

La presse canadienne-française doit être grave, sérieuse et digne. Elle doit bannir l'esprit boulevardier, les facéties, les balivernes et les sarcasmes du scepticisme.

Sinon, nous arriverons au règne des petits crevés et 'des cocotes. Nous aurons pour nous amuser l'esprit des figarotiers,et pour nous instruire la philosophie de Y Homme qui rit I

Je reviens aux journalistes : franchement je m'intéresse à cette classe d'écrivains. J'en estime plusieurs, et je plains les autres. (]et état me semble devenir pénible et difficile, et pour ceux qui faiblissent au milieu de leur carrière je me sens plein de miséricorde.

De môme que le journal a nui au livre, le télégraphe nuit au journal, et le pauvre journaliste n'est pas autant lu qu'il le mérite. En voyant le titre d'un article qui a coûté quelquefois bien du travail, son abonne se dit souvent : je connais ça ; je sais ce qu'il peut dire là-dessus ; et il court aux nouvelles, aux annonces, ou aux faits divers.

Le lendemain, le journaliste, qui n'est pas du tout mécontent, rencontre son ami le plus dévoué, et lui demande d'un air triomphant :

— Tu as lu mon article ?

— ^Ton article sur quoi ?

— Eh ! parbleu, sur les féniens !

— Ah ! oui, je l'ai vu

—Et puis ?

— Eh ! bien, j'étais pressé, je n'ai fait que le parcourir à la course : il m'a paru bien.

Si le journaliste est bien dans son état, il comprendra que son ami ne l'a pas lu, et il ne s'en fâchera pas. S'il en souffre, ses tourments ne sont pas finis : il doit toujours compter sur plus d'abonnés que de

lecteurs ; et quand le télégraphe aura répandu la nouvelle sur laquelle il veut broder, je lui recommande d'être bref.

J'ouvrais, l'autre jour, un journal anglais de Toronto. Il contenait un sommaire de quelques articles de fond, un sommaire des nouvelles générales, un sommaire des extraits tirés des autres journaux et jusqu'à un sommaire des dépêches télégraphiques. Ces quatre sommaires se lisaient en gros caractères en tête des écrits qu'ils résumaient, et, après les avoir parcourus, je restai bien persuadé que les articles eux-mêmes ne m'apprendraient rien de plus. Et c'est ainsi qu'après l'impression k la vapeur on nous a gratifiés de la lecture à la vapeur. L'homme du XIXe siècle est pressé ! Pressé d'arriver, pressé (Tâcquërir, pressé de jouir et pressé même de mourir si l'on en croit son régime de vie.

Il est bien évident que ce n'est pas dans de telles conditions que le journalisme peut être appelé un apostolat. Un semblable journal n'est pas même une gazette : c'est une affiche périodique. Pour l'éditeur^ c'est un métier au moyen duquel il veut faire fortune ; pour le public, c'est un carrefour où tous les faiseurs de nouvelles se donnent rendez-vous pour satisfaire sa curiosité.

. Compter avec les opinions d'un tel journal pour la direction de la conscience publique est dès lors impossible. L'intérêt de l'éditeur devient le seul mobile de la rédaction, et le meilleur rédacteur est alors celui qui saitle mieux flairer l'opinion publique, non pas pour la former, mais pour la suivre et la flatter.

Du moment donc que le journalisme devient une spéculation, il n'y peut plus être question de devoirs. La vogue est le pouvoir tyrannique auquel il lui faut obéir. Flatter les goûts du public, si futiles et si dépravés qu'ils puissent être, voilà son rôle. Bien loin de les former^ ces goûts, il faut les satisfaire tels qu'ils sont, et Dieu sait où peut conduire cette complaisance coupable.

Car le public est naturellement peu édifiant par ses affections et ses tendances. Il est plein de passion et pétri de préjugés ; et pour lui plaire, il faut flatter ses préjugés et favoriser ses passions. Ce qui lui plaît surtout, c'est le scandale ; ce qui l'intéresse, c'est le récit d'aventures criminelles. Plus les crimes sont énormes, plus le criminel est célèbre, et plus on prend de soucis de ce qui le concerne. Un procès criminel surtout a le don de passionner.

Il y a près de trente ans vivait en France un gueux vagabond nommé Gbodruc Duclos. C'était une espèce de Diogène, faiseur de mots qui parcourait les rues et les cafés, et que le public coudoyait partout. Le journalisme s'en empara, et Gbodruc devint l'objet de centaines d'articles et de milliers de faits divers, tout comme s'il avait été empereur de Russie. G'que c'est que la grandeur ! Pendant longtemps le héros de café éclipsa tous les rois de l'Europe !

Aujourd'hui, un monsieur Gagne jouit à peu près de la même vogue en Europe, et je crois qu'à l'heure présente, la distance est à peine sensible entre M. Gagne et Victor Hugo. Sans en citer d'autres, disons

que l'époque contemporaine a yu fleurir en Canada la ffloire du célèbre Bis Belleau ! spéculation I

V i^,^„^— t«N 111^ PI Bill 111 X

Là n'est pas le seul écueil où les journalistes vont se briser. Je les plains surtout de leur dépendance et de l'ingratitude qui est le prix de leurs services. Hélas ! au lieu de représenter des idées, combien représentent des hommes ! Combien qui, pour plaire à leurs patrons, injurient telles personnes qu'ils voudraient respecter, en élevant aux nues telles autres qu'ils savent être méprisables ! S'ils ne disent pas assez, les patrons se plaignent, et s'ils disent trop, ils en portent seuls la responsabilité.

A eux le travail, ]a fatigue et les veilles, au profit de gens qui bien souvent ne les valent pas^ et cela pour un salaire à peine digne d'un commis. A eux tout l'odieux d'une polémique excessive, et toutes les inimitiés qu'elle suscite. S'ils s'indignent, on les blâme de manquer de sang-froid ; s'ils restent calmes sous le feu de l'ennemi, on leur reproche de n'être pas ardents et de manquer de courage.

Ce ne sont plus des hommes, ce sont des machines écrivant, à certaines heures strictement réglées, certaines choses convenues, dans un certain style aussi convenu, suivant les besoins de la circonstance. Qu'ils le veuillent ou ne le veuillent pas, que la verve donne ou soit absente, les chefs sont attaqués, il faut les défendre ; l'ennemi est aux portes, il faut le repousser ; et malgré qu'ils se croient nés généraux, ils jouent le rôle de simples soldats, exécutant les plans d'attaque ou de défense, et se contentant même des armes qu'on leur indique.

nions. C'est luî qui donne le mot d'ordre, et c'est sa ^oix qui retentit dans la lutte. Il fait généralement peu d'argent, mais beaucoup de bien. La fortune et tes honneurs passent souvent loin de lui ; mais la vraie gloire et le véritable honneur lui sont dus : l'honneur d'avoir guidé ses semblables dans le droit chemin, la gloire d'avoir été utile à l'Eglise et à la Patrie I

Un jour, àKamouraskai j'eus le[bonheur]d*entendre réloQuenLévé q ue deBi rtha. Il parla du journalisme, el je recueillis soigneusement ses paroles. L'Evangile du jour, que Sa Grandeur lut d'abord, lui fournissait un thème admirable qu'EUe sut commenter d'une admirable manière ; et, pendant une heure, l'auditoire fut captivé par cette diction facile et entraînante et ce tour ingénieux des idées qui distinguent Mgr. de Birtha.

Jésus s'en va sur le bord de la mer. Il cherche une pierre pour asseoir son Eglise et des ouvriers pour la construire. Une foule immense le suit, attirée par sa réputation et ses miracles. Toutes les foules sont avides de merveilleux et d'éloquence ; et celle qui suit Jésus veut entendre cet homme qui parle comme un Dieu. Elle l'entoure, elle le presse, elle encombre le rivage, et Jésus se voit obligé de monter dans une barque. 11 y a là deux barques à sa disposition :

il choisit celle de Simon qui s'appellera Pierre ; et, s'éloignant un peu de la terre, il enseigne le peuple.

Lorsqu'il a cessé de parler à la foule, il s'adresse à Simon : ^* avancez en pleine eau et jetez vos filets pour pêcher." C'est l'épreuve de l'homme de foi: Simon a péché toute la nuit sans rien prendre ; c'est son état d'être pécheur; il sait qu'il n'y a pas de poissons^ et, humainement parlant, il connaît mieux que Jésus qu'il va jeter inutilement ses filets. C'est alors que la foi du pêcheur d'hommes se révèle ! *• Maître, dit-il, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais sur votre parole je jetterai le filet. "

La foi ne reste jamais sans récompense et Jésus récompense celle de Simon par un prodige : les filets sont tellement remplis de poissons qu'ils se rompent.

Après l'acte de foi vient l'acte d'humilité. Simon^ émerveillé, se jette aux pieds de Jésus : " Seigneur, retirez-vous de moi parce que je suis un pécheur. " C'est l'humanité ployant le genou devant la divinité qu'elle vient d'apercevoir î C'est l'homme confessant qu'il est pécheur, et reconnaissant qu'à ce titre seul il est indigne de Dieu I Simon est déjà théologien, et il comprend qu'entre Jésus et lui il y a un abîme nfranchissable, le péché !

Mais Jésus qui est venu pour sauver les pécheurs le rassure et lui dit : ** vous serez désormais pécheur d'hommes." A l'instant, Simon et ses deux compagnons, Jacques et Jean, pécheurs comme lui, abandonnent tout et suivent Jésus-Christ.

L'Eglise est instituée.

Que d'enseignements dans ce simple récit I Mgr. de Birtha commença par faire ressortir la simplicité de ce langage des livres saints, qui s'adresse aux grands et aux petits, aux ignorants comme aux savants, et qui est à la portée de tous. Quelle intelligence est assez faible pour ne pas comprendre cette belle narration de la pêche miraculeuse et de la vocation des apôtres ? Et vous, surtout, habitants de Kamouraska, qui vivez au bord de la mer, livrés à la pêche et à la navigation, vous voyez d'ici cette scène de Jésus accablé par le peuple et se réfugiant dans une barque, pour lui adresser la parole. Vous voyez ces pêcheurs qui réparent tranquillement leurs filets, sans se douter de la sublime mission qui les attend, que Jésus distingue de la foule, qu'il conduit en pleine mer, et auxquels il confère ce titre glorieux de pêcheurs d'hommes. Vous voyez la préséance que Jésus accorde déjà à Simon : c'est dans sa barque qu'il est entré et c'est avec lui que la conversation s'engage ; c'est lui qui croit et qui s'humilie le premier, et c'est à lui que Jésus dit : vous serez pêcheur d'hommes î "

Jésus s'éloigne de la terre pour prêcher, parce qu'il faut s'isoler du monde pour enseigner sûrement la saine doctrine catholique. C'est la barque de Simon qui lui sert de tribune, parceque la mission de l'enseignement est donnée à la Chaire de Pierre, et c'est du haut de cette Chaire que ses successeurs, les Souverains Pontifes, feront entendre au monde les paroles de la vérité 1

Le monde moderne s'est fait, une autre tribune du haut de laquelle il proclame son propre enseignement :

13d CAUSERIES

c'est le journalisme. Il y a malheureusement plus de mauvais journaux que de bons, et il faut être en garde contre ces maîtres parfois aussi téméraires qu'ignorants.

Discoureurs souvent habiles,, mais superficiels, ils veulent parler de tout, juger toutes les questions, trancher toutes les difficultés et donner même des conseils à l'Eglise. S'il fallait les en croire, l'Eglise aurait des idées arriérées ; elle serait ennemie du vrai progrès, elle se ferait un tort immense en refusant de suivre la société moderne dans la voie des réformes et du rajeunissement. Le Pape, surtout, voudrait s'élever trop haut et s'attribuer un pouvoir trop grand. En le proclamant infaillible, l'Eglise commettrait une grande imprudence, sinon une erreur, et elle ferait bien mieux de laisser le monde libre de croire ou de ne pas croire à ce dogme nouveau.

Voilà une petite partie des erreurs que ces messieurs impriment, et les lecteurs sans défiance sont ainsi trompés. S'ils ont peu d'instruction, ils s'imaginent facilement que tout ce qu'ils lisent dans leur journal est vrai. Ils connaissent le rédacteur, qui passe pour un homme de talent et de probité, et ils ne peuvent croire mauvaise la nourriture qu'il leur distribue.

Quand le journaliste n'ose pas exprimer lui-même ses idées libérales, il en reproduit l'expression des journaux étrangers, et le danger est encore plus grand. Le lecteur croit volontiers qu'un écrit publié à Paris, à Londres ou à Berlin doit avoir un génie pour auteur, et il n'en peut soupçonner la fausseté.

Il faut donc se défier de ces écrivains qui veulent entrer dans la barque de Pierre et tenir à sa place le gouvernail. Ce mauvais journalisme est la grande plaie de notre temps, et, si les bons journaux n'étaient pas là pour le tenir en échec, la société serait perdue. C'est Pierre qui est à la fois la tête et la base de l'Eglise catholique et c'est lui, mais non le journaliste, qui a reçu la mission d'enseigner les peuples. Le seul rôle du journalisme, c'est de répandre au loin les enseignements de Pierre I

Voilà le signe auquel les lecteurs doivent distinguer le bon journal du mauvais. 11 est bon s'il défend ou enseigne les doctrines romaines, parce qu'alors ce n'est pas lui qui enseigne, mais Pierre dont il n'est que l'écho. Il est mauvais s'il attaque la Cour de Rome, s'il critique la grande institution de la Papauté et s'il prêche des réformes dans l'Eglise, sous prétexte de la mettre d'accord avec les institutions modernes.

Que l'écrivain soit habile tant que l'on voudra, qu'il vive à Québec ou à Montréal, à Paris ou ailleurs, si son journal n'est pas l'humble véhicule des doctrines romaines, il est mauvais ; et le lecteur doit se dire : je ne puis pas le réfuter, mais je suis sûr qu'il enseigne l'erreur, parce qu'il ne parle pas le langage de Pierre.

Que diraient les habitants de Kamouraska d'un savant qui, visitant leur beau village, s'écrierait : ** Oh! comme c'est laid î comme rien n'est ici à sa place I La mer ne devrait pas passer là, mais plus au sud ; cette île est mal faite et mal située ; cette montagne est un hors-d'œuvre et il n'y avait pas de raison de la planter là ; ces rochers sont taillés d'une

manière absurde, et contre toutes les règles de l'art " ? — ^IIs le traiteraient comme un fou et ils auraient raison, parceque le plus ignorant doit savoir que Dieu a bien fait tout ce qu'il a fait.

Or, c'est ainsi qu'il faut en agir avec ces écrivains prétentieux et ignorants qui ne sont pas satisfaits de la constitution de l'Eglise et de la primauté de Pierre, et qui voudraient changer tout cela.

La doctrine romaine est la seule vraie doctrine. Elle est semblable à un beau lac placé sur le sommet de la plus haute montagne. Ce lac ne reçoit que les eaux du ciel, et jamais les ruisseaux, ni les marais, ni les égouts de la plaine ne viennent en ternir le cristal. Cette eau est pure, limpide, sans alliage, et, filtrant à travers les rochers, elle roule dans toutes les directions ses flots inépuisables pour étancher cette soif de la vérité qui dévore le genre humain !

Page 1