‹ Causeries du dimancheChapitre 29 sur 39 · LOUIS VEUILLOT ET SES AMIS · texte numérisé non relu

LOUIS VEUILLOT ET SES AMIS

Il y a dans notre pays des gens nerveux. Nous ignorons de quel singulier tempérament ils sont aiQigés ; mais il y a certaines choses et certains noms qui produisent sur leur organisation un choc électrique qui les irrite et les enflamme.

Raillez agréablement les hommes et les choses respectables, moquez-vous de ce que l'homme doit vénérer : ils se pâment d'aise et vous applaudissent. Mais si vous avez le malheur de parler gravement de matières graves, si vous écrivez dignement sur les choses religieuses, et surtout si vous prononcez le nom de Louis Veuillot, le choc électrique est produit, el la crise de nerfs se traduit par des injures débiles et ridicules.

Laissons-les faire, et complétons aujourd'hui notre esquisse littéraire sur Louis Veuillot. C'est particulièrement le journaliste que nous apprécierons, ou plutôt, que nous montrerons loué, admiré, encouragé par les plus hautes autorités dans l'œuvre essentiellement catholique qu'il a créée, ** V Univers, "

Ge journal et son nom sont dorénavant inséparables. La vraie arme, l'arme de précision, dit-il quelque pari, c'est je journal. C'est l'arme, en efiPet, qu'il sait manier, c'est l'épée dont il sait faire usage. Son journal et sa vie sont intimement liés, et celui qui écrira l'histoire de YUnivers écrira celle de Louis Veuillot. C'est donc sur ce théâtre qu'il faut juger le grand homme, qui, se servant de son journal comme David de sa fronde, a terrassé tant de Philistins.

Nous nous sommes souvent demandé ce que Voltaire fût devenu s'il s'était trouvé en face de Louis Veuillot et de YUnivers, C'était l'adversaire naturel qu'il eût dû rencontrer, si la Providence n'avait pas vouluTaîsserTf rotnpher le mal pour un temps. Comme ce grand esprit qu'on a tant admiré eût alors pâli I Comme tous ses mensonges et toutes ses infamies eussent été démasgués I Et comme son influence sur les hommes de son temps eût été nuUifiée I

Nous nous représentons cette idole des impies, qu'un orgueil satanique dominait, et. qu'jine... piqûre djê^ingle mettait en fureur, écumant sous la férule de Louis Veuillot, sentant pénétrer dans sa chair ces pointes acérées, toujours lancées d'une main si sûre, perdant contenance et divaguant comme un homme en délire. Nous voyons d'ici le grand polémiste ca-

tholique, calme dans sa force et confiant dans sa foi, retournant la flèche dans la plaie vive, écrasant l'impie sous les sarcasmes, et comme résultat définitif, Voltaire réduit aux proportions des Havin, des Jour, dan et des Labédollière !

Il est convenu dans un certain monde que Louis Veuillot est un écrivain brutal, exagéré, intolérant et hypocrite. On le dit, on le répète, on le fait croire, et cette appréciation est accréditée dans les salons, par des personnes bien intentionnées qui n'ont jamais rien lu de llllustre écrivain, ou qui en ouvrant ses livres y ont senti une odeur de sermon qui les a fait fuir. On ignore trop volontiers ses œuvres et les services qu'il a rendus à la cause catholique, et l'on compte avec trop de complaisance le nombre de ses ennemis 1 Nous avons déjà parlé de ses œuvres et de son rôle : il n'est pas inutile de compter aujourd'hui ses amis et d'en apprécier l'autorité et le mérite.

Dans le domaine littéraire, les critiques les plus distingués lui ont rendu justice. Nous avons déjà cité Léon Gauthier : citons aujourd'hui Alfred Nettement et Armand de Pontmartin, auxquels les raisons ne manquaient pas pour ne pas admirer le polémiste.

Le premier, n'appréciant que le journaliste, dit : . '* C'est un rude chrétien, plein de foi et de zèle, mais *' aussi dur envers les autres qu'il l'est ici avec lui- '' même, orateur éloquent au besoin, poëte à ses heu- '' res, polémiste toujours, par-dessus tout grand ** pamphlétaire, puissant satirique, parce que ce juvé- '' nal catholique n'a pas été élevé dans les cris de l'é- *' cole, mais à l'école de la foi, et que ses hyperboles

" les plus violentes sont les cris d'une passion vérita- '^ ble qui frappe, flagelle à outrance les ennemis de '' son Dieu. Il nous Ta dit lui-même, il est plus ** encore le disciple du Dieu terrible que du Dieu clé- ** ment ; il appuie donc sur le r essort d e L^^jcf^jife, " bien plus que sur celui de la miséricord!e."

Le second, jugeant ses livres plutôt que son journal, ne peut assez admirer ** tout ce qu'il y a dans " Çà ^^ etlà », par exemple, d'esprit, de verve, de sève puis- " santé, de fine raillerie, de sensibilité profonde, de " piété douce ou véhémente, de poésie vraie, de sel ** gaulois."

Il parle avec enthousiasme de * * ce livre catholique " et dévot, et cependant plus agréable à lire que nos *' œuvres les mieux pourvues d'épices voltairiennes " ou galantes ; ce livre où on respire à pleins pou- " mons l'amour de Dieu, du beau, de toutes les gran- " des perspectives de l'art et de la nature ; où circu- ** lent les plus suaves parfums de la Bretagne " chrétienne, les plus salubres arômes de l'océan et " de ses plages ; où de beaux vers s'épanouissent, non " pas comme une broderie ou une parure, mais *' comme les fleurs de ces plantes agrestes, fécondées " par la rosée du ciel. Satire, prière, paysage, élégie, *' cantique, églogue, légende, sonnet, roman, ballade, ** sermon, il y a de tout cela dans '* Çà et là, " dans " cette école buissonnière où se joue, en mille frais ** sentiers jalonnés de croix, un des plus vigoureux " esprits qui aient jamais flagellé le sophisme, l'ira- " piété et le mensonge."

'^ La presse irréligieuse et révolutioimaire, dit pins " loin M. de Pontmartin, a trouvé commode de créer " un Veuillot légendaire, une sorte d'Alcide du Nord, ** trempé d'eau bénite, n'ayant d'autre arme que la ** massue, d'autre force que l'injure," et l'éminent publiciste fait justice de cette appréciation. Nous prions notre critique, qui ne paraît connaître que le type légendaire, de relire cette causerie de M. de Pontmartin pour mieux apprécier le Veuillot cathoJique.

Dans une autre étude, M. de Pontmartin prétend que souhaiter M. Veuillot différent de ce qu'il est, et lui demander des ménagements, c'est tout simplement méconnaître ce qui fait sa gloire et sa force. " Notre ** époque, ajoute-t-il, n'est pas assez riche en carac- ** tères ; elle est trop aisément sujette à effacer les an- '^ gles et les saillies qui blessent sa noble indiffé- '^ rence, trop portée aux accommodements diplomati- * * ques, aux à-peu-près mondains, aux transactions de ** principes souscrites par les amours propres, aux so- '^ ciétés d'assistance mutuelle commanditée par les '* ambitions infirmes et les vanités rachitiques, pour "que nous ayons bonne grâce à recevoir qu'à correc- " tions un homme dont le principal défaut est de dire ** tout ce qu'il pense, d'appeler les gens et les choses ** par leurs noms et de préférer les coups de boutoir ** aux coups d'épingle. "

Voilà comment M. L. Veuillot a été jugé par ces deux habiles critiques qui, pourtant, n'étaient pas exempts de préventions, le premier à cause de ses principes légitimistes, et le second, à raison de ses tendances libérales.

Mais qnel(}ue flatteurs que soient ces éloges, ils ne sont rien si nous les comparons aux suffrages si éminents et si mérités qui n'ont jamais manqué à Louis Veuillot aux époques pénibles de sa carrière de journaliste. C'est maintenant que nous allons voir quels sont véritablement ses amis, et avec quel cortège imposant de prélats il a toujours marché. C'est maintenant que nous allons pouvoir apprécier cet ensemble de doctrines que certains folliculaires osent appeler le Veuillotisme et qui a toujours mérité l'approbation des plus hautes autorités de ce monde.

Approchez, folliculaires, et osez faire entendre vos débiles sifflets au milieu du concert d'éloges qui s'élève des lieux les plus autorisés, pour encourager et soutenir le grand défenseur de l'Eglise Romaine.

U Univers était fondé. Renonçant à une position très-lucrative dans l'administration, Louis Veuillot lui consacra son talent ; et dès ce moment les impies comprirent que le parti catholique allait exercer sa part d'influence sur l'opinion publique. Le journal prit une importance qui les étonna, et Louis Veuillot en fat bientôt la personnification la plus redoutable.

L'œuvre était noble et sainte, et c'est avec raison que Louis Veuillot la qualifiait ainsi : '* une conspiration de dévouement, ourdie par quelques hommes a^ânt vie et courage, au profit de ces deux mots qui représentent tant d'idées méconnues : " Eglise et Patrie. " C'est dire qu'elle prospéra, mais c'est dire aussi qu'elle dut passer par les épreuves.

Quelques dissentiments politiques, quelques difTérences d'opinion sur la question de la liberté d'ensei

gnement, vinrent trop] tôt semer des grains d'ivraie parmi le bon grain. Certaines difficultés furent soulevées et apaisées, et soudain, à propos de la fameuse question des classiques, la guerre fut déclarée à YUnivers. Est-il nécessaire d'ajouter que Mgr Dupanloupprit bientôt la tête des assaillants et porta à VU" nivers les coups les plus terribles ? La querelle s'envenima, et pour y mettre fin, Louis Veuillot, que l'on représente si volontiers comme un entêté qui ne pardonne et ne cède jamais, Louis Yeuillot retraita.

Mais il emporta dans sa retraite des approbations qu'on ne doit pas ignorer. Son Eminence le Cardinal Gousset avait pris fait et cause pour YUmverSf et dans une lettre écrite à cette occasion, il plaçait la question sur son véritable terrain en disant : "La '* polémique sur l'usage des classiques n'est plus qu'un *' prétexte pour plusieurs des adversaires de V Univers.

* ' On veut faire tomber ce journal parce qu'il est ^' tout à la fois plus fort que la plupart des autres ^' journaux religieux et plus zélé pour les doctrines ^ ' romaines, travaillant à resserrer de plus en plus les ^^ liens qui unissent les églises de France à l'église '^ Romaine, la mère et la maîtresse de toutes les ** Eglises. "

Le savant prélat disait encore, en faisant évidemment allusion au Correspondant et à VAmt de la Religion : ** Mais si on peut lui reprocher (à Y Univers^ ** d'être trop ardent, ne peut-on pas reprocher à d'au- ^' très journaux, d'ailleurs estimables, de ne l'être pas ^' assez, ou de confondre la prudence avec la peur, la " modération avec la faiblesse ? Et puis^ conviçQt-il à

" un Evoque de tendre la main aux ennemis de la're- ** ligion en dirigeant ses coups contre ceux qui, étant ** animés d'une foi vive, la défendent courageuse- " ment, parce qu'il arrive quelquefois à ceux-ci d'al- " 1er trop loin et de ne pas conserver toujours, dans ** la chaleur du combat, le moderamen inculpatœ tu-

Cette lettre, transmise à Rome, fut honorée d'une réponse de Son Ëminence le Cardinal Antonelli, Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, qui commence ainsi :

'* Outre le grand prix que j'ai coutume d'attacher * * aux communications de Votre Ëminence, celle que ** vous m'avez adressée sous le pli du 13 courant, à ** propos de la fâcheuse divergence qui s'est récem- ** ment élevée en France sur le choix des livres pour " l'enseignement littéraire, a une extrême impor- ** tance.

** La parfaite connaissance que l'on a de la sagesse " et du profond discernement qui distinguent Votre '^ Ëminence était déjà une raison plus que suffisante ** de compter sur la justesse et l'étendue de vos vues ** dans l'appréciation de la susdite controverse. Cette " assurance, conçue d'avance, et que le Saint-Père, à ** bon droit, partageait avec moi, a été parfaitement " confirmée par le précieux document contenu dans " la lettre par laquelle vous avez manifesté vos sen- " timents, à cette occasion, à quelques-uns de vos col- " lègues qui vous avaient consulté. "

L'Emihent Cardinal terminait sa lettre par cette phrase : ** En applaudissant hautement à l'intérêt que ** Votre Ëminence a attaché à cette affaire, et qu'elle a

'< fait servir, avec un zèle et une sagesse admirables, ** à atteindre un but pleinement conforme aux vues ** du Saint-Siège, je suis heureux de vous offrir en *' même temps l'assurance du profond respect avec '^ lequel je vous baise humblement les mains. '*

Après un tel témoignage, il est à peine nécessaire de mentionner que V Univers avait été approuvé par plusieurs autres prélats éminents, au nombre desquels il faut distinguer Mgr l'Archevêque d'Avignon et l'illustre Evêque d'Arras.

Cet orage terrible était à peine apaisé qu'une nouvelle tempête s'élevait du diocèse d'Orléans et s'abattait sur l'Univers. Le grand publiciste espagnol^ Donoso Cortès, venait de publier, à Paris, son ** Essai sur k catholicisme, le libéralisme et le socialisme, " L'ouvrage faisait partie d'une Bibliothèque nouvelle publiée et dirigée par Louis Veuillot, et V Univers parlait du livre avec éloge. M. l'abbé Gaduel, vicaire-général d'Orléans, en prit occasion de déclarer la guerre à la presse religieuse laïque en général, et à V Univers en particulier. Louis Yeuillot se défendit et défendit Donoso Cortès avec l'esprit et la véhémence qui le caractérisent, et M. l'abbé Gaduel, en réplique, déféra le journal à l'autorité de Mgr l'Archevêque de Paris. L'éminent prélat, dont le zèle et la bonne foi étaient audessus de tout soupçon, condamna V Univers et menaça même ses rédacteurs d'excommunication s'ils se permettaient de discuter son acte. JJ Univers se soumit, mais il en appela au Pape de cette sentence qui lui paraissait injuste, et moins d'un mois après, était signée par Sa Sainteté l'Encyclique Inter mtUtiplices, où la

presse religieuse laïque trouvait sa justification. Nous en extrayons le passage suivant : ^^ C'est pourquoi, en *^ vous efforçant d'éloigner des fidèles commis à votre *^ sollicitude le poison mortel des mauvais livres et des '^ mauvais journaux, veuillez aussi, Nous vous le de- '* mandons avec instance, favoriser de toute votre *^ bienveillance et de toute votre prédilection les ^' hommes qui, animés de l'esprit catholique et versés '' dans les lettres et dans les sciences, consacrent leurs " veilles à écrire et à publier des livres et des jour- ^* naux pour que la doctrine catholique soit propagée '^ et défendue, pour que les opinions et les sentiments '' contraires à ce Saint-Siège et à son autorité dispa- " raissent, pour que l'obscurité des erreurs soit chas- '^ sée et que les intelligences soient inondées de la ** douce lumière de la vérité.

" Votre charité et votre sollicitude épiscopale de- " vront donc exciter l'ardeur de ces écrivains catholi- " ques animés d'un bon esprit, afin qu'ils continuent à ** défendre la cause de la vérité catholique avec un " soin attentif et avec savoir ; que si dans leurs écrits, " il leur arrive de manquer en quelque chose, vous '* devez les avertir avec des paroles paternelles et avec " prudence."

En face de ce jugement définitif et souverain, Mgr TArchevêque de Paris rappela la sentence qu'il avait portée contre Y Univers, et le journal, un instant abattu, reprit sa marche courageuse contre les libéraux et les incrédules.

Mais ce triomphe de V Univers ne fit qu'assoupir la haine qui s'était manifestée dans une certaine fraction

du parti catholique , et c'est de ce côté que vinrent toujours les attaques les plus vives.

Néanmoins, la paix était faite et semblait devoir durer lorsqu'en juillet 1856 parut un libelle volumineux, intitulé : L'Univers jugé par lui-même j dont le but évident était d'écraser le journal catholique. On l'attribuait à Mgr Dupanloup, mais lors du procès qu'il suscita, M. Tabbé Gognat en prit la responsabilité. Le procès fut long et pénible. l/Ami de la Religion s'efforça d'accréditer les accusations conte» nues dans le libelle, et le Correspondant ne s'en montra pas peu satisfait. De hauts personnages intervinrent et proposèrent un arrangement entre les parties litigantes, et, après bien des négociations, V Univers se désista de sa plainte, et M. l'abbé Gognat s'engagea à ne pas réimprimer la brochure incriminée.

V Univers sortit donc encore triomphant de cette nouvelle épreuve, et son redacteur-en-chef recueillit, à cette occasion, les témoignages les plus flatteurs.

Leurs Eminences les cardinaux Gousset, Donnet, de Bonald et de Yillecourt ; les archevêques de Sens, d'Auch et d'Avignon, et plus de vingt évéques de France et d'ailleurs, lui écrivirent, à ce sujet, les lettres les plus élogieuses et les plus encourageantes. Le Ganada lui-même mêla sa voix à ce concert de louanges, et deux lettres canadiennes allèrent apprendre à Louis Yeuiliot qu'il avait ici, dans l'épiscopat, des admirateurs et des amis.

De toutes les tempêtes, VUnive7's sortait donc toujours triomphant, et les juges les plus compétents en

matière religieuse approuvaient son rôle et "reconnaissaient les services qu'il rendait à l'Eglise.

Mais il vint un jour où la force morale dut céder à la force matérielle ; où la bête l'emporta sur l'esprit ; où la grande voix du Pape fut couverte par les fanfares du gouvernement français. Depuis longtemps déjà l'organe ultramontain déplaisait à l'empereur, et deux avertissements officiels lui avaient annoncé sa prochaine suppression, lorsque l'admirable encyclique " Nullis certe ver bis" arriva de Rome à l'adresse de Louis Veuillot. ** Voici l'arrêt de mort ; le journal ne vivra plus demain^ " dit-il à ses collaborateurs. Le 29 janvier 1860 vit paraître le dernier numéro de VUnivers, L'Encyclique, qu'il reproduisait, fut la glorieuse occasion de sa fin, et, comme Louis Yeuillot l'a écrit depuis, il fut enseveli dans ce noble et saint linceul.

Le Souverain-Pontife adressa alors aux rédacteurs de V Univers une lettre bienveillante où il les félicitait d'avoir soutenu et défendu la très-belle et très-noble cause du Saint-Siège et de l'Eglise.

'* C'est pour nous un devoir,ajouta-t-il,de louer tout " particulièrement l'ardeur avec laquelle vous vous *' êtes efforcés sans peur aucune, de réfuter des jour- *' naux impudents, de défendre les lois de l'Eglise, de " combattre pour les droits de ce Saint-Siège et pour ** la souveraineté civile dont, par la permission de la " Providence divine, les Pontifes romains ont joui de- '* puis tant de siècles. Nous souhaitons vivement que " vous soyez persuadé de notre charité paternelle " envers vous. La piété de votre cœur, votre respect " et ce zèle même que vous montrez pour la défense

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'^ de la vérité nous sont des témoignages très-agréa« " blés. "

Quatre ans plus tard, à l'occasion de la ^* Vie de N,- S. Jésus-Christ, "Pie IX adressa à Louis Yeuillot ce bref flatteur qui est une approbation expresse de la conduite du grand polémiste :

^^ Nous vous félicitons, cher fîls, parce que, écarté ^' de r arène où vous combattiez si vatllammenty si utHe- ** ment pour la vérité et pour la justice, loin d'enfouir '^ le talent qui vous a été confié , vous avez continué " d'un cœur joyeux à servir la cause que vous défen^ ^' diez et à lui porter de nouveaux secours. C'est ce ** qu'attestent vos plus récents écrits, ce que confirme '^ le dernier dont vous Nous avez fait hommage, sur " la vie de notre Seigneur Jésus-Christ, publié pour ** venger sa divinité outragée. D'après le peu que '* Nous avons pu en apprécier au milieu de Nos occu- *' pations multipliées, Nous avons jugé que vous avez " choisi la méthode de toutes la plus propre à attein- ' dre le but annoncé, et que, dans l'exécution, vous ' vous êtes montré pleinement égal à vous-même. Nous " dirons encore que cette nouvelle œuvre, telle " qu'elle s'est offerte à Nous, emprunte un éclat exté- '* rieur et tout particulier de la nature même des ** épreuves auxquelles vous êtes soumis, puisque dans ** ces circonstances d'adversité, elle respire cette faim, '^ cette soif de la justice, cet élan et cette fermeté éC esprit ^' que vous avez monù^és jadis en soutenant le combat '^ auquel vous étiez engagé. Quoique Nous Nous fus- ^^ sions senti ému de vos peines et tendrement incliné '^ à compatir au sort qui vous était fait, Nous avons

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jugé les condoléances inopportunes, l'Apôtre Nous disant : « Heureux l'homme qui supporte l'épreuve ; » et même : « Considérez, mes frères, comme le sujet d'une entière joie les diverses afflictions qui vous arrivent. » C'est pourquoi, puisque votre constance atteste que l'épreuve de votre foi produit réellement en vous cette patience qui est parfaite dans ses œuvres, Nous sommes plutôt porté à vous féliciter et obligé de vous exciter à la joie. Afin qu'il vous soit plus facile de l'obtenir, Nous vous présageons et Nous demandons instamment à Dieu pour vous, un accroissement toujours plus abondant de la grâce. Nous vous donnons avec amour, à vous et aux vôtres, la bénédiction apostolique, augure de ce don céleste et gage de Notre bienveillance particulière et de Notre afiTection. "

Voilà donc ce Veuillot que l'on nous représente comme une espèce d'ogre politique et religieux qui vous assomme ses adversaires à coups de massue, et comme un Tartufe infâme qui cache sous une apparence de piété les satisfactions de son ambition et de sa vengeance.

Voilà comment les autorités les plus imposantes et la cour de Rome elle-même ont jugé ces grotesques fantaisies de V Univers, ces maximes incompatibles avec notre état de société, cette religion que M. le critique appelle dédaigneusement le Veuillotisme I

Cette religion n'est donc pas nouvelle, puisqu'elle est approuvée à Rome et qu'elle ne formule pas d'autres doctrines que les doctrines catholiques romaines.

Non, M. récrivain, en défendant Louis VeuîUot et son école, que vous attaquez pitoyablement, nous ne formons pas une nouvelle école religieuse. La nouvelle école qui s'introduit parmi nous et qui se sert de votre journal comme véhicule^ c'est le catholicisme libéral^ et c'est elle que nous sommes disposés à combattre. La religion d'état, qui ne nous convient pas, et que vous voudriez établir dans notre pays, c'est la religion du dieu des bonnes gens, la seule que Béranger ait voulu pratiquer, la seule dont vous puissiez être le pontife I

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