‹ Causeries du dimancheChapitre 33 sur 39 · M. BENJAMIN SULTE · texte numérisé non relu

M. BENJAMIN SULTE

Les Laurentiennes.

Tel est le titre d'uu joli petit recueil de poésies que le comité de rédaction de la Bévue Canadienne m'a. charg é d'apprécier. Joli est vraiment Tépithète qui convienfà tous égards à ce petit volume : il est joli à voir, joli à toucher, joli à lire, et le luxe de la typographie le dispute à Télégance des vers. Lors même que la strophe se traîne un peu, elle a toujours l'air allègre et pimpant dans cette jolie ceinture rouge dont M. Sénéçal l'a ornée. L'alexandrin seul semble un peu à la gêne dans ce cadre,et menace parfois de l'en-

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jarajifiiu. Mais renjambement, défendu en poésie, est peut-être permis en typographie.

En publiant Mes Loisirs^ M. L.-H. Fréchette se posait cette question : Ce livre contient-il une idée ? — Et il répondait franchement et candidement ]Non . Si je me pose la même question au sujet ies LaurentienneSy je crois qu'il est juste de répondre :A)u[pce livre , contient une idée ; il est Texpression d'un grand amour, l'amour de la patrie. A chaque page, je pourrais dire à chaque strophe, r^jnour de la pajyie resplendit. C'est le sentiment qui inspire le poète, c'est le feu qui l'éçhaulfe, c'est l'aliment qui le soutient, c'est l'étoile qui éclaire ses pas dans l'ombre de ses rêves évanouis ; c'est le rayon de soleil qui perce ses nuages et illumine sa mansarde. QuandjljûUffre, il jette un regard au grand fleuve qui arrose sa patrie et qu'il a chanté, il contemple nos grands lacs, nos forêts et nos montagnes, et de son cœur consolé^ jaillissent des accents d'allégresse. Le chagrin ne fait pas long séjour dans son cœur, et quels que soient les nuages qui couvrent son existence, il s'enivre au spectacle de notre belle patrie, il tressaille en entendant son nom, et il émiette en chantant le pain noir de la vie :

J'aime une chose — un nom tout-puissant et sublime, Un nom né d'une larme et d'un soupir d'amour, Un nom fait pour planer à la plus haute cime — Je l'ai chanté partout, même au plus mauvais jour.

La cité, la colline et l'agreste chaumière L'ont entendu ce nom qui partait de mon cœur ; Je l'encadre en mes vers, je le mets sur la pierre, Il signifie : amour, espoir, vertu, bonheur.

Dû DIMANCHE. 211

tr — îl me suffit à moi pour diriger ma vie,

V\ Pour attendre sans crainte un pire lendemain :

v\ Heureux lorsque je puis par mon humble refrain \ Faire aimer la Patrie !

>ur de la patri!^, voilà donc lé sentiment qui a inépiré M. Suite ; faire aimer la pattrie, voilà donc le but (fe^soîT livre ; et comme le Saint-Laurent a été pour ainsi dire la source de ses aspirations, il en a tiré le titre même de son œuvre.

Ses poésies sont donc essentiellement canadiennes, et c'est un mérite qu'il ne faut pas taire, en ces temps où la nationalité canadienne-française doit s'affirmer hautement. Elles s'adressent à toutes les classes de notre société, et tous les lecteurs y trouveront une pièce ou du moins une strophe qui leur conviendra. Quel est le Canadien-Français qui ne lira pas avec plaisir V Evangile, les Colons, au St-Laurent, les Bûcherons, les Fils du St-Laurent, le Défricheur^ le Bon Pasteur, le Canada Français à V Angleterre, la Chanson de VExiléy et tant d'autres poésies dont les titres trahissent la même origine et respirent le même arôme national ?

Tel est donc le caractère général de ce recueil de vers. Il chante le Canada et ses beautés, ses droits et ses devoirs, ses douleurs et ses espérances. Il évoque Ig^ passé glen célèbre toutes les gloires ; il rappelle le présent et en traduit les leçons ; il s'élance vers l'ave- Dir, et flatte^ ju5s rêves d'or. (]'est un hymne qui se répète, et dont les échos vont sur tous les sentiers réveiller le patriotisme endormi.

â4$ CAUSERIES

** J'aime les souvenirs évoqués par rhistoire ** Où le patriotisme, endormi de nos jours, '* Se ranime soudain à ce foyer de gloire ** Et rouvre au sein du peuple un champ pour ses amours. ** Portons vers les aïeux un regard salutaire; *' Hélas ! dans notre orgueil habile à nous complaire ** 11 arrive souvent que nous les oublions I ** Notre passé réclame un reflet populaire, '* Enseignons l'avenir par nos traditions :

*' Consultons le passé, gardons nos mœurs austères, «-. '* Car la grandeur s'allie à la simplicité J " ** Demeurez parmi nous, vertus héréditaires ; *' Travail, contentement, franchise, aménité ! " (i)

Yoilà précisëfment ce que sont les Laurentiefmes : un reflet populaire de notre passé.

Apprécions-en maintenant avec impartialité le mérite j)oétique. M. Benjamin Suite ne ressemble pas , i» aux autres poètes canadiens, son genre est. tout diff^ rent. Il n'a pas la candeur et réléyatipn dè"^otre regretté Grémazie, ni le lyrisme et l'éclat de M. L.-H. Fréchette, ni la chaleur et la noblesse de M. Psmphile Lemay ; ce qui le dislingue, c'est ,iy^''srmglicité^élégante et gracieuse, un style naturel, facSe et délicat, moins fait pour l'ode que pour la chanson, plus propre à l'idylle qu'au poëme héroïque. Son vers est harmonieux et bien découpé ; sa phrase est claire,égale et âans clinquant.

Ecoutez ces couplets qui me font souvenir des accents bretons de Brizeux :

(1) Les Laurentiennes ,

t)H DIKANCHE. Èlâ

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