MIRABEAU ET LE COMTE DE LA MABCK
a de sûreté pour elle que dans le réiahlissement de Vautorité royale. J'aime ùcrohe qu'elle ne voudrait pas de la vie sans sa couronne; mais ce dont je suis bien sûr^ c'est qu'elle ne conservera peu sa vie si elle ne conserve pas sa couronne,
<f Le moment viendra, et bientôt, où il lui faudra essayer ce que peuvent une femme et un enfant à cheval ; c'est pour elle une méthode de famille; mais, -en attendant, il faut se mettre en mesure, et ne pas croire pouvoir, soit à Taide du hasard, soit à l'aide des combinaisons, sortir d'une crise extraordinaire par des hommes et des moyens ordinaires. » •
Mirabeau, à chaque fois , ne cesse de sonner le tocsin pour réveiller la Cour de sa torpeur, le roi de son inertie , pour amener la reine a mettre à ses idées autant de suite qu'elle y met de cœur :
«Quatre ennemis arrivent au pas redoublé, écrit-il à la date du 13 août 1790, l'impôt, la banqueroute, l'armée, l'hiver... Encore une fois, c'est la conception d'un grand plan qu'il faut arrêter, et pour cela il faut avoir un but déterminé. Les développements seront faciles, les occasions fréquentes, la prestesse et rhabilité ne manqueront pas dans le conseil secret ; des chefs même, on en trouvera. Ce que je ne vois pas encore, c'est une volonté ^ et je répète que je demande à aller la déterminer, c'est-à-dire démontrer que, hors de là, aujourd'hui même, il n'y a pas de salut. »
Et dessinant la situation en traits de feu, il ne craint pas de prononcer le mot d*échafaud et de montrer la chose fatale dans le lointain. Sans cesse il revient sur cette idée d'un plan et d'une suite :
« (17 août 1790.) 11 est certain que le moment est arrivé de se décider entre un rôle actif et un rôle passif; car celui-ci, tout mauvais que j(> le crois. Test moins à mes yeux que cette intercadence d'essais et de résignation, de demi-volonté et d'abattement, qui éveille les méfiances, enracine les usurpations, et flotte d'inconséquences en inconséquences. »
Ce plan général de conduite , qu'il conseille à satiété , il l'a tout prêt, il le propose, il le renouvelle et le varie sans cesse , jusque dans les moindres détails, d'après les bases qu'il estime essentielles et fondamentales. On admire, en le lisant, à
lume des deux fronts, celui de Mirabeau qui est l'ampleur même, et celui de La Fayette qui est fuyant. Là est la borne : elle saute aux yeux. Un jour, devant le buste ou le médaillon de La Fayette par David, quelqu'un faisait cette remarque, que ce front fuyait beaucoup .- « Oui, répondit l'artiste, et encore j'ai soutenu le plus que j'ai pu. »
quel point il est homme à idées et à ressources ; il en a plutôt un trop grand nombre ; et si ^ au lieu de conseiller, il était mis en mesure d'agir, il aurait certainement à choisir et à élaguer. IMais dans toutes ces variantes de moyens , c'est toujours Topinion qu'il veut mettre en jeu comme le grand levier : a L'opinion publique a tout détruit; c'est à l'opinion publique à rétablir. » Ce n'est ni un cdup de main ni un coup d'Etat qu'il souffle , c'est un roi constitutionnel qu'il veut créer. 11 s'épuise à vouloir opérer en Louis XVI cette métamorphose d'un roi honnête et timide, brusque et faible, en un roi ferme et ouvert, qui aille tète levée, qui ose tout ce qu'il faut pour son salut , pour celui de la monarchie et de la société. Si Louis XVI se décide à sortir de Paris comme il le lui conseille, que ce ne soit point par une fuite, par rien qui ressemble à une évasion, car « un roi ne s'en va qu'en plein jour qtiand c'est pour être roi. » Mirabeau recommence à chaque Note ses conseils , ses cris d'alarme. Il sent bien qu'on ne s'y rend pas : a On m'écoute avec plus de bouté que de confiance ; on met plus d'intérêt à connaître mes conseils qu'à les suivre. » Bien souvent l'impa* tience le prend, et même le mépris pour cet aveuglement royal : « On dirait que la maison où ils dorment peut être réduite en cendres sans qu'ils en soient atteints ou seulement réveillés. » A quoi M. de L'a Marck lui répond : « Vous les conseillez trop comme s'ils avaient une partie de votre caractère. Accoutumez-vous donc à les voir ce qu'ils sont. » £t le même M. de La Marck écrivait au comte de Mercy-Argenteau : a Le roi est sans la moindre énergie ; M. de Montmorin me disait l'autre jour tristement que , lorsqu'il lui parlait de ses affaires et de sa position , il semblait qu'on lui parlât de choses relatives à l'empereur de la Chine. »
Mirabeau ne vit la reine qu'une seule fois à Saint-Cloud , le 3 juillet 4790. Il est profondément à regretter que de telles conférences n'aient pu s'établir et se renouveler : c'était d'elle seule qu'il pouvait espérer de se faire, en tendre.
J'ai dit que dans aucun cas tes conseils de Mirabeau ne sont contre-révolutionnaires, et que, dans aucune supposition, il n'admet qu'on puisse revenir sur les grands points gagnés en 89 :
» En effet, dit-il dans Ba47« Note;, la plus détaillée de toutes ( décembre 4790), je regarde tous les effets de la Révolution et tout ce qu'il faut