DEUXIÈME PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE
proilant de ce silence qui s'établit presque toujours après un court trajet en voiture, six lieues restant encore . à parcourir^ elle provoqua M. de Kerkofi à le rompre en sa faveur.
—L'abbé Bertrand m'a dit, ami, dans le très-court entretien que j'ai eu avec lui, qu'il était très-important pour moi ie ne pas perdre un seul jour d'ici à mon entrée chez les dames de "* ; qu'il avait assez de confiance en vous pour êlre certain que vous m'instruiriez parfaitement si vous le voulez. Il m'a un peu interrogée, et il m'a renvoyée aux sacrements de pénitence et d'eucharistie. Commençons, voulez-vous ?
— Très- volontiers, mais vous lirez ?
— Oui, l'abbé m'a indiqué des livres que j'emporle.
— S'il est une chose démontrée à vos yeux et aux miens, ce doit être le grand changement produit en l'homme par sa cbule. Tout ce que nous avons vu jusqu'ici vous a de plus en plus expliqué ce grand phénomène moral; si nous examinons un peu attentivement l'histoire de l'humanité, nous trouvons que la tradition de la nécessité de l'expiation annoncée au coupable par le Créateur, a été conservée parmi les peuples jusqui Jésus-Christ.
Soit que nous suivions, comme nous l'avons lait, la tradition des peuples sur la chute elle-même ; soit que nous constations, comme nous l'avons fait aussi, l'espérance d'un Sauveur et la croyance en ce médiateur ; soit que, comme en ces derniers jours, nous ayons recherché les traces delà purification d'une tache originelle : toujours nous rencontrons dans la foi la plus intime des nations, la preuve de la déchéance et de la punition de l'humanité.
J'aurai à ramener vos regards plus d'une fois sur ce sujet. Aujourd'hui j'-exigerai encore de votre bienveillance un peu de patience pour mes redites ; je vais vous fatiguer, mais il m'esl impossible de vous exposer tout ce qui me semble utile à l'iatelligence complète de la pénitence, sans revenir encore à cette tradition.
— Vous commencerez par la pénitence?
— Oui, là cda ne vous contrarie pas. Je changerai cet otdre si vous le désirez.
— Pas le moins du monde.
— A peine la faute est-elle commise, que la peine méritée par cette faute est infligée à l'humanité tout entière; pnis une peine particulière, comme l'observe si bien Fun des "écri vains les plus distingués de ce temps (1), à Tnn et à Pantre des coupables : le travail pénible à Thomme, la soumission et les douleurs à la femme. Si la pen^ de la rédemption générale de la race par un Rédempteur se conserve, Tobligation de Texpiation particulière de chaque homme pour ses péchis particuliers se conserve aussi, se conserve en même temps. Les sacrifices expiatoires existent chez tous les peuples, tantôt en tant qn'expiation générale, tantôt en tant qu'expiation particulière. Vous retrouverez dans la loi hébraïque, spédalemeniM fête deê Expiations, et vous pourrez en lire les détails dans le seizième chapitre du Lévitique.
Mais, si, en général, Texpialion se fait an nom de fout le peuple, elle n'en €st pas moins individuelle. En effet qu*est-ce que ces cilices, cette cendre, ces larmes, ces jeûnes, ees habits de deuil, dont les livres saints nous parlent sanseesse. Constance, sinon la pénitence?
Ouvrez les Psaumes de David, ces poésies admirables, 011 le roi pénitent semble épancher son âme tout entière aux accords de sa harpe , qnek sont ses cris, sinon des cris de repsntance? quels accords rend cette harpe, sinon des accords de pénflence?
« A la vorx de mes gémissements, ma chair s'est attachée
a à mes os, je suis devenu semblable au pélican du désert ;
« j'ai été comme le hibou des solitudes ; j'ai mangé mon pain
« comme de la cendre^., mes jours ont décliné comme Tosi-
<c bre, et moi, j'ai séché comme Therbe... Ajez pitié de moi,
u, « Seigneur, seloo la grandeur de votre miséricorde, et selon
Grà ^ multitude de vos bontés effacez mon iniquité. . . Laves-nao i
de pr^
Uabbé Gerbet.