DEUXIÈME PARTIE, — SIXIÈME SOIRÉE
« de plus en plus de mes souillures, et purifiez-moi de mon « péché, car je connais mon iniquité, et mon crime est lou- « jours devant moi. «>
Je multiplierais mes citations^ à Tinfini, et ce serait toujours la même pensée : fai péché ; je cherche à expier : f implore voire miséricorde.
L'idée de pénitence, d'expiation, est donc aussi ancienne que le monde ; elle s'est conservée parmi les nations.
Pour être déchu, Thomme n avait pas perdu son sens moral ; il savait fort bien que par tel ou tel acte il offensait la Divinité : €aïn se cache après avoir tué Abel ; Œdipe appelle sur le meurtrier, qui n'est autre que lui, toutes les vengeances desfaries. Dansson cœur, le coupable reconnaît sa faute, et en la reconnaissant, il ne nie pas la peine qui lui est due. Il a offensé la Divinité, et il sait qu'il a contracté nne dette envers elle; il cherche les moyens de calmer la colère de Dieu irrité: de là, le sacrifice, la pénitence; il se punit lui même, ou il soufire avec patience les maux qu'il regarde comme la punition de son Crime.
Voiià la conduite de Thumanité, conduite attestée par Tbistoire : je m'abstiens de citations. Pouvait il en être autrement? Qu'est-ce, je vous le demande, que la vie tout entière, sinon une longue pénitence? Que de fois, déjà, n'avons- nous pas observé que, du berceau à la tombe, chaque jour, chaque heure, pour ainsi dire a sa peine? Quelle jouissance sans son amerluoie? La souffrance est la loi de l'existence, et la souffrance est la pénitence.
Si rbomme conservant encore sa dignité morale, ne se ravale pas jusqu'à ne se compter que comme le pire des animaux ; s'il sent aux inetincts de son âme, que, fille du ciel, elle tend à une autre vie que celle du corps auquel elle est enchaînée pcvrun temps, le dogme delà pénitence prend dans son cœur un développement bien plus grand encore; devant la doctrine de l'immortalité se déploie imlTiédiatement le d^gme des peines et des récompeiîfes : de là le Tarlare et les Champs-Elysées , la foi du inonde entier, en une autre
vie heureuse ou malheureuse, présentée sou% des formes diverses, suivant le caractère des différents peuples.
Dogme universel que celui-là ! dogme ressorlant.de la nature de rhomme ! dogme auquel il ne renonce que plongé dans rignorance la p}us absolue, ou dans la corrupHon la plus effrénée ! Oh ! alors, quand il en est là, quand il est parvenu au fond de Pabîme de la négation, il sourit au mal comme Vidiot sourit devant le cadavre de sa victime : ou bien il se couronne de fleurs, demande des parfums quand la mort frappe.
Le christianisme pouvait-il, je vous le demande, Constance, ne pas admettre la pénitence?
— Oh ! non certes, il n*eùt pas été divjn.
— Aussi, voyez comment les choses se passent dans son histoire. L'homme-Dieu, avant de se manifester aux hommes, se soumet au baptême de saint Jean, comme nous Vavons vu, il se plonge daas le Jourdain, il veut que Teau qui purifie les autres, le touche aussi, lui, la pureté par excellence; puis il se fait si bien homme, qu'il court au désert et s'y livre au jeûne de la pénitence, lui que le péché ne peut atteindre ; mais sa vie doit être notre vie : aussi nous montre-t-il qu'après celte glorieuse manifestation, la première instruction qu'il a donnée à cette humanité, qu'il est venu sauver, est la mortiGcalion de la chair par le jeûne et la solitude. Faites pénitence, avaient dit les prophètes; faites pénitence, avait dit le poète sacré ; faites pénitence, avait dit le précurseur; faîtes pénitence, avait dit le monde entier : et le Christ n'a pas plutôt quitté la maison de Marie, la boutique de Joseph, il n'est pas plutôt reconnu pour le Fils bien- aimé du Père, qu'il cherche le désert, le jeûne, la retraite, la pénitence.
Cette leçon si sublime ne suffisait point encore : le chrétien le savait, la loi universelle n'avait pas d'exception pour lui ; à cette religion toute d'amour; dans laquelle les mérites infinis du Sauveur ne sont jamais épuisés, il fallait» pour conduire l'homme au but, plus que l'univers n'avait reçu de grâces jusque là ; il fallait les sacrements, ces dons gratuits de Dieu, répandus sans cesse sur sa créature pour assurer son entrée