DEUXIÈME PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE
PLATON
« Pourquoi ces trois choses?
FENELON.
(( Le petit livre qui contient les éléments de la doctrine
(( chrétienne, enseigne au savant comme à l'ignorant que ces
« trois choses composent la pénitence. Tous le croient, mais
(( tous n'en conçoivent pas la raison, et celui qui s'applique à
(( médiler les choses divines, découvre, dans les plus vulgai-
« res enseignements du catéchisme, des harmonies cachées.
« La maladie morale de F homme dérive, ô Platon, de deux
(( désordres principaux : l'orgueil et la volupté : ces deux dé-
« sordresen se mélangeant, en produisent un troisième: Fé-
g-oisme de la richesse, qui tient de Tun et de l'autre. Les
privations imposées aux sens sont d'une efficacité Spéciale
(( contre la volupté. La prière qui humilie l'homme dans le
« sentiment de sa faiblesse, guérit l'enflure de l'orgueil, et
li Vaumône éteint l'égoïsme avare; l'aumône qui se répand
« comme une josée terrestre sur celui qui reçoit, pourrelom-
« ber comme une rosée du ciel sur celui qui donne.
PLATON
« Je vous rends grâces, Fénelon, de ce que vous m'avez ré- « vêlé les merveilles du tribunal des âmes; mais, dites-moi, (( tous les hommes sont-ils admis à participer à cette civilisait lion des consciences?
FÉNELON
« Tous les âges, tous les rangs, tontes les distinctions se
confondent tous à ce commun niveau d'humilité et de per-
■ rtMlionnemont. Le roi s'agenouille à ce tribunal, etlemen-
li.irif s'y relève; l'enfant à peine né à la raison y apprend à !«*gayer la langue qui purifie; et quand les derniers soupirs d'un mourant se transforment en humbles aveux, SI poitrine oppressée pèse moins à son âme plus légère. ^ iivent, tandis qu'à côté de ce trône de planches où siège ' • ministre de Dieu, un grand coupable s'apprête à déchirer, 'o:nme un voile, la longue nuit de toute une vie de for-
t29t CAUSERIES DV SOIR.
n faits ; de l'autre côté, rinnoceDce, ignorante d'elle-même, se a révèle en croyant 8* accuser. El cela se passe dans tous les a lieux que la lumière et le christianisme éclairent : il n^y a « point de langue parlée par un peuple, qui n'ait été purifiée n par la confession chrétienne ; je ne connais pas de signe a plus frappant de Teicellence de notre nature. Onaim, dans « le suicide, une horrible preuve d'une des plus nobles véria tés, la distinction de Tâme et du corps. Si en eflet nousn'éa tions que matière, nous obéirions machinalement comme a tous les êtres matériels, à une insurmontable tendance vers « notre conGrmalion. Pour que notre organisation puisse réaa gir contre elle-même jusqu'à se détruire, il faut qu*il y ait « en elle un principe supérieur, qui veuille ce qu'elle ne peut n vouloir^ qui commande aux forces vitales d'être exécutri- « ces de la mort. Eh bien ! je crois aussi que si nous n étions <c que sensation, c'est-à-dire orgueil et égoïsme , Vaccusa- « tion volontaire, ce suicide de Torgueil ne serait pas possible « non plus; l'instinct qui porte Thomme à cet acte, qui lui en <c fait souvent un besoin, n aurait aucune racine^en nous. Cet «c instinct contre nature, si notre nature consiste à éproua ver des sensations passagères, se réfère évidemment à des a destinées plus hautes. L'homme se confesse, donc ie ciel a existe. On a dit avec raison que la prière est im âgne earac- « téristique de l'espèce hufnaine, mats, quoique l'animal ne a prie pas Dieu, le concert des oiseaux, par exemple an lever a de l'astre du jour, semble être une image de nos hymnes <c montant vers Dieu : les poètes l'entendent ainsi ; mais t'aca cusation spontanée de Tbomaie par lui-même est si émitt nemment le sceau distinetif de notre nature,, qu on ne trouve tt à cet égard dans les êtres sentants inférieurs à nous, pas a même l'ombre d*une analogie matérielle quelconque^ à lace quelle la poésie puisse emprunter une naétaphore. Si la pbia losophie ancienne a pu définir Thomme un animal qui prie, a ta philosophie chrétienne, sans effacer l'antique définition. d peut la couronner en ajoutant : L'homme est unange tombé «qui s'a{C«ise. Par quel vertige a-t-on pu méccMinaîtreles