‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 109 sur 259 · DEUXIEME PARTIE. -- SIXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. -- SIXIÈME SOIRÉE

ces paroles» et celles-ci encore qui vous plairont ^ je crois, chère amie.

aParmi les diverses perturbations de notre être, il en est une qui est d'autant plus active qn^elle est moins remarquée, c!est la désharmonie qui existe en nous, entre la pensée et la parole : elles devraient être naturellement unies... Si nous étions dans un état parfait, cette harmonie de la pensée et de la parole serait complète et permanente; non- seulement toute parole serait l'expression vraie, candide et pure de nos pensées, mais encore cette pensée se revêtirait de la parole extérieure pour reproduire et circuler dans la société des autres fimes; mais il n^enestpas ainsi. La première de nos fautes se creuse, au fond de notre âme, un recoin dans lequel elle se cache en silence ; espèce d*antre ténébreux et sourd, où la lumière de la parole ne pénètre pas et d'où ne s'échappe aucun son. Pour qu'il j ait, sous ce rapport, un commencement de régénération en nous, il faut que cette division de la pensée et de la parole cesse à quelque degré : la confession est le germe divin de leur harmonie renaissante. Telle est une des raisons les plus secrètes du bien-être qu'elle fait éprouver à l'âme (1). »

Je terminerai par ces paroles cet entretien aussi fatigant que long.

— Pour vous, ami.

— Vous trouvez que j'ai trop parlé, vous avez raison et bien des fois raison ; aussi je vais m'enfoncer dans mon coin et ne plus chercher à dominer le bruit de la mer ; je souffre bien plus que vous ne le supposez des efforts que je fais depuis une heure....

— Et dont je vous sais un gré infini.

— Je vous remerciede votre gratitude, je n'y ai aucun droit ; je me suis laissé aller à ma funeste habitude de parler : mais '-est fini. Et soit fatigue, soit tout autre chose, M. dé Kerkoff garda le silence le plus obstiné, jusqu'à un petit sentier ''^bouchant sur la route; là il demanda que Ton arrêtai, et

(0 L'abbé Gerbet, Université catholique, tomel, page 505.

annonça qu'il allait regagner à pied sa demeure, ayant une petite visite à faire, à des ouvriers.

— A demain, lui dit madame de Monac.

«— Oui, sans doute, si je puis me taire; et, d'ici là, lisez le catéchisme.

Ce disant , il serra la main de sa fllle adoptive, et disparut dans le sentier.

SEPTIÈME SOIRÉE

Le lendemain. Constance, levée dès Taube du jour, avait visité le paquet de livres que lui avait remis le pieux aumônier ; €t suivant la marche qu'il lui avait tracée, elle ouvrit un catéchisme fort simple, mais complet, dans lequel elle rechercha le chapitre destiné au sacrement de pénitence. Toute remplie encore de la conversation de la veille, et surtout de ce magnifique fragment du dialogue de Fénelon et de Platon, par lequel M. de Kerkofi" avait clos sa longue leçon, elle trouva un charme inconau à l'étude assez aride, il faut en convenir, de nos doctrines si belles, si grandes, si consolantes.

Elle concevait bien facilement, maintenant, la nécessité d. la pénitence ; elle remerciait Dien d*avoir institué un sacrement qui, donnant à Tâme la paix en lui rendant la grâce. ouvre la porte du ciel que le péché ferme pour elle ; eli . reconnaissait Tinfinie bonté du Sauveur des hommes, à 1 sollicitude avec laquelle, en quittant la terre, il avait laiss* ses Apôtres le grand ministère des clefs, le jugement J âmes ; elle sentait au fond de son cœur une reconnaissance ii > dicible pour cette marque d'une sollicitude si constante. B*.portant sur elle-même un regard scrutateur, elle s'étonni. que le Dieu de toute justice pût si facilement pardonner

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