‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 110 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — SEPTIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — SEPTIÈME SOIRÉE

sa créature coupable ; mais bientôi elle se rappelait que rien ne peat surprendre, en fait de miséricorde, de la part du Dieu mort sur le Calvaire, se chargeant de toutes nos iniquités.

Venant au sacrement vu en lui-même, elle comprenait que le Sauveur eût pu transmettre le pouvoir de lier et de délier; elle reconnaissait que ce pouvoir avait été donné aux Apôtres par les paroles formelles de Notre-Seigneur : son esprit n'élevait pas la plus légère objection ; son cœur était si pur et si droit !

Ce petit livre de l'enfance lui rappelait que la contrition» la confession et la satisfaction sont la matière du sacrement depénitence. Elle se promettait, du reste, de ne point ménager, sur ce chapitre, la patience de son vieil ami. Elle régla ainsi remploi de sa journée : elle irait à la messe à Notre-Dame des-Boisj en revenant, elle visiterait la petite Yvonne et sa mère ; elle reprendrait son étude jusqu'au soir, et elle retrouverait de bonne heure M. de Kerkoff, au petit bois.

Tout se passa comme Constance l'avait entendu. La cloche du dîner l'arracha à la lecture de ses livres ; et, satisfaite des heures du matin, elle gagna, en sortant de table, le lieu du rendez-vous, devancée par ses enfants. M. de Kerkoff était déjà assis au banc, terme de ce sentier.

— J'ai beaucoup lu, mon vieil ami ; vous serez content de moi. Le bon abbé m'a donné une tâche quotidienne, et je l'ai remplie avec exactitude; j'ai même été plus loin qu'il ne me l'avait prescrit.

Écoutez-moi, je crois comprendre le dogme de la pénitence; je ne reviendrai pas sur ce que vous m'avez dit hier. Tout ce que j'ai étudié aujourd'hui m'a semblé n'être que le développement des admirables pensées de M. l'abbé Gerbet.

— Voyons, je vous obéis; je suis tout oreilles.

— Eh bien, si la pénitence date du commencement du bfionde; si la confession date d'Adam, le sacrement de Vabsoliuliofij la seconde planche après le naufrage, est essentiellement chrétien.

— C!oinme tous les sacrements, chère amie, en tant que sacrements.

— Oui, sans doute, et c'est ce que je veux constater.

— U vient directement de noire Sauveur, qui l'institua en donnant à ses Apôtres le pouvoir de lier et de délier.

Ce sacrement comprend trois choses : le repentir, la ooafession et la satisfaction. Le repentir, ai-je besoin de le dire? c'est ce que le chrétien appelle la contrition, n'est-<:e pas, Cionstance? mot plus fort, plus vrai, plus spécial, si vous me passez celte expression.

Le coupable, chez les Grecs, était voué aux furies; cbez nous il est appelé au pardon. Dieu Taime, mais Dieujera-t-il tout? A peu près, chère amie; et, cependant, Thomme fera aussi ce qu^il pourra : ce qui est à sa force, à sa puissance. Ainsi, il rentrera en lui-même, il sondera son cœur. A la vue de ses fautes, accablé d'une juste douleur (douleur d'autant plus forte qu il verra alors que c'est Dieu, souverainement bon, miséricordieux, père, sauveur j qu'il a offensé), il reconnaîtra qu il a commis le plus grand crime possible; qu^il a manqué aux devoirs les plus formels : son cœur se brisera en face de cette certitude.

L'Esprit-Saint, venant à son aide, lui inspirera l'espérance du pardon, la volonté de fuir le péché, quel qu'il soit, sans reserve; il le délestera uniquement par ce qu'il est contraire à la loi divine.

Sirhomme parvient, par l'ardeur de la'charité, à la douleur d'avoir offensé Dieu, il a, ce qu'on appelle, la contrition parfaite. Dans sa douleur, tout se rapporte à Dieu: ni la crainte, ni la laideur du péché ne sont la cause de la peine qu'il éprouve. Si, au contraire, ce sont des sentiments très-louables, mais non entièrement désintéressés, qui motivent cette douleur, elle prend le nom d'atlrition ou de contrition imparfaite.

— Je n'ai jamais dépassé cette douleur-là ; et, pour moi , \a crainte de toutes les punitions que Dieu peut infliger à r homme a été seulement le motif du chagrin que j'éprouvais de l'avoir offensé.

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