DEUXIÈME PARTIE. — SEPTIÈME SOIRÉE
mérite dont la Providence sème notre existence; de là, enfin, les peines du purgatoire.
Quel est le jour oùroccasion ne se présente pas, pour nous, de payer un peu de notre dû? Un verre d'eau donné au nom du Sauveur sera compté; une contrariété offerte aura son prix. La vie n'est plus une vallée déserte, remplie de ronces et d'épines : c'est un champ à cultiver que la résignation rend fertile. Au reste toutes les œuvres peuvent être expiatoires: la prière, le jeûne , l'aumône etc. ; nous pouvons toujours sacrifier quelque chose à Dieu.
Pour vous rendre plus clair le chapitre que nous traitons, je vous demande la permission de remettre sous vos yeux ce qui se passait aux premiers siècles de l'Eglise (1), quant à la pénitence. Alors le chrétien, dans toute l'ardeur de sa foi, marchant aujourd'hui au martyre, courant demain s'ensevelir au désert, n'avait qu'une affaire: opérer son salut, arriver à la patrie céleste. Ainsi, au lieu de marchander, comme nous le faisons, la pénitence, la repoussant en ce monde pour la retrouver en l'autre, il se précipitait, pour ainsi dire, au devant ; et l'Eglise, qui de nos jours a tant de précautions à prendre vis-à-vis de notre mollesse, qu'elle doit, pour se mettre ' au niveau de notre faiblesse, adoucir toutes les prescriptions pénitentiaires, l'Eglise n'avait, le plus souvent, qu'à modérer le zèle, l'ardeurde ses enfants. Une s'agissait pas, comme actuellement, chère amie, d'empêcher les gens de se damner, tout en leur réservant, peut-être, de longs tourments dans le purgatoire ; alors, le ciel se prenait tout d'un bond, d'assaut, pour ainsi dire. Les fidèles n'entendaient pas à ces ménagements. Vous qui avez tant de peine à vous soumettre à l'accusation secrète de vos fautes, qu'eussiez-vous dit, si Ton vous eût soumise à la confession publique ?
— Oh ! mon Dieu !
)ui,la confession étaitsouvent faite, en toutou en partie,
^1) Origine du Christianisme, par DœlVmger, traduction de M. Léon Bore ^«11, Appendicef.
devant rassemblée des fidèles. •• Une dure et longue pénitence publique, appropriée aux crimes commis, était imposée aux cou[)ables ; c'était au reste une fayeur qu'on leur accordait et qui était souvent sollicitée avec les plus vives instances, tant la foi était ardente. Les grands pédhés: l'apostasie, l'idolâtrie, le meurtre, l'impureté ; plus tard, l'usure, l'ivrognerie, le faux témoignage, etc,s 'expiaient ainsi.
Le pénitent s'abstenait de tout divertissement ; il avait une place particulière à Téglise, loin, bien loin du sanctuaire, parfois même dehors. 11 était couvert de cendre, ses cheveux étaient rasés, ses vêlements négligés; il devait pratiquer assidûment, d'après les canons, ou d'après sa pénitence particulière, les œuvres de continence, de mortification, d'humilité et de contrition.
Dites-vous bien que l'admission à la pénitence, à cette pènitence, était une faveur. Le chrétien qui avait commis un crime était rayé de la liste des fidèles, exclu de leurs assemblées, banni des saints mystères ; oh ! cet état était affreux.
Les pénitents n'étaient reçus aux prières communes qu'après de longues épreuves. Ils se retiraient au moment du sacrifice. Les règles de l'Eglise d'Orient étaient plus rigoureuses encore que celles de l'Eglise d'Occident. Au septième siècle, la pénitence publique nefiït plus pratiquée,danscetfepartiedumonde, que pour des crimes commis en public, et causant un grand scandale.
L'absolution et la réconciliation ne s'accordaient alors qu'après la pénitence: belle et touchante cérémonie, réservée dans l'Eglise romaine, au Jeudi saint. Elle se pratiquait par l'évéque, par l'imposition des mains; et immédiatement après l'avoir reçue, le pénitent était admis au divin banquet.
Comparez, je vous en conjure, chère Constance, la clémence actuelle de l'Eglise à ses rigueurs primitives, et décidez vous-même si la satis&iction due pour le péché qui ne peut disparaître, car elle est de droit absolu, est aquitlée par la peine que vous impose un indulgent confesseur.
On comprend vite, devant celte ardeur des premiers chré-