DEUXIÈME PARTIE, -r SEPTIÈME SOIRÉE
tiens, la quantité de saints que fournirent les premiers.sîècles. Sommes-nous fils de la même mère, eux et nous ? Oui sans doute; mais fruits tardifs de sa fécondité, nous sommes l'objet d'une mansuétude commandée par notre débilité.
Voyez ces armes de nos pères : ces cuirasses, ces lances, ces épées que nous soulevons à peine, fils dégénérés que nous sommes de ces preux d'un autre âge! elles témoignent de Jeor force et de notre faiblesse ; elles ont été portées cependant ; elles ont servi, et glorieusement servi ; et maintenant, nous les regardons. Eh bien , les pénitences des premiers siècles... ce sont les armes de nos pères : la pénitence a eu ses héros, coDdme la foi a eu ses martyrs.
Vous n'avez pas oublié ce que je vous ai raconté de sainte Marie FEgyptienne, et de quelques cénobites. Eh bien, dans les premiers siècles, ces grandes expiations étaient d'une extrêmefréquence. Au quatrième siècle, Rufin disait qu'on ne pouvait compter les cénobites qui habitaient les solitudes de Memphis et de Babylone. Le désert se peuplait des fuyards de Thorrible corruption romaine. Ce n'était pas trop pour ces chrétiens, que des vies, longues encore, passées dans la solitude la plus absolue, au milieu des privations de toute espèce, pour expier les désordres de la ville des Césars.
Ne croyez point, cependant, que l'esprit de pénitence se soil éteint dans l'Église ; si les Thébaïdes ne sont plus habilles, que de couvents se sont ouverts: que d'hommes, que de femmes se sont livrés et se livrent encore aux rudes exercices de la pénitence î
S'il nous était donné d'entrer dansées maisons où les Trappistes, les frères de Saint-Jean de Dieu, inconnus au monde, se préparent pour le ciel ; si vous saviez les secrets de ces hommes que cache une bure si épaisse, quel ne serait pas voire élonnement de trouver là des noms chers à la science, glorieaxpar les armes, connus dans les arts, et, bien souvent, fameux dans les salons!
— Supposez-vous que les hommes aient seuls le privilège de l'expiation ?* quelle erreur serait la vôtre ! Oh ! que de ri-
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chesses auraient à montrer en ce genre les ordres de feoûmes î que de pénitentes volontaires ! que de pénitentes non coupa* blés !.. que d'histoires louchantes !..
— Eh bien , Constance, que vous semble de ce christianisme si peu connu ySi décrié? Que vous semble de sa doctrine de la salis faction^ Que vous semble de son tribunal des âmes? Vous Tavez considéré, ce tribunal,' au point de vue de Dieu ; examinez-le,ie vous en conjure, au point de vue de l'homme.
Vous me parliez du calme que souvent vous aviez rapporté du confessionnal, même alors que vous n'accordiez pas à ce sacrement toute son importance. D'où venait cette joie secrète , sinon de cette satisfaction qu'éprouve Tâme à s'épancher ? Et dans quel cœur versez vous votre peine, sinon dans le cœur de Dieu même? car là, encore une fois, son ministre, c'est lui. Avec quelle charité n'est pas accueillie cette confidence de vos maux ! Quels bons conseils ne vous donne point ce ipinistre de la miséricorde I Qui vous écouterait ainsi? Vous en conviendrez, ce que vous venez dire là est souvent bien triste à entendre; car que de douleurs cachées? que de déconvenues, que de tribulations! Si la curiosité venait àjécouter les confessions, la curiosité serait bien souvent attrapée et punie. Les grands drames de la passion sont rares, quoiqu'on en dise; et les fastidieuses plaintes de la vanité trompée, les confi.dences des passions tristes et haineuses, les erreurs de Vignorance, les scrupules de la timidité, sont de tous les jours. Cet homme auquel vous allez redire une foule de riens, dont la charité ne sedément pas, qui répond à toutes vosquestions, que vous fatiguez de toutes les hallucinations de votre esprit malade, qui vous donne trois, quatre heures, mais c'est un savant, un orateur sacré, et il vous écoute!.. Et qui Vous écouterait avec cette patience, dans le monde? Oh ! personne. Oui, c'est votre ami ; mais cet ami ne sait pas votre nom, mais il l'ignorera toujours ! et il vous console, vous instruit ; mais il verse en votre âme un baume inconnu; il vous rend la paix ; vous la reportez en votre famille, en votre ménage. Encore une fois, que vous en semble du tribunal des âmes?