DEUXIÈME PARTIE. — SEPTIÈME. SOIRÉE
— Je ne contesterai rien de ce que vous me dites, mon \ieil ami; car, dqjà, je tous ai donné raison. Oui, à ce seul point de vue, la confession est une création toute divine ; oui, l'examen qu'elle nécessite, la ferme résolution qu'elle réclame, suffisent pour forcer à un retour profond sur soi-même, toujours profitable. Des imprudents de votre sexe ont voulu l'interdire aux femmes; ils ne savent ce qu'ils veulent : notre \ertu n'a pas toujours trop de la pensée du confessionnal pour se soutenir.
Mais quel bonheur, mon Dieu , que celui dQ la réconciliation 1 Quelle joie de se sentir allégée de tout le poids de ses fautes! Je ne puis me figurer qu'on soit gai quand \)n ne se confesse pas.
— S'il nous était donné de lire dans les cœurs, nous nous rendrions bien compte de toute l'importance de la confession.
Croyez-vous que Thomme qui se croit, qui se sait en paix avec Dieu, ne marchera pas à la mort avec une confiance absolue ; et croyez-vous que ce sentiment ne doublera pas son courage? Interrogez les souvenirs de tous ceux qui ont affronté la mort, et ils vous répondront.
Piacez-vous au chevet de ce moribond; demandez-lui raison du calme de son âme, de la douceur qu'il montre envers la mort, de la placidité de ses traits; et bientôt il vous répondra : je crois que dans peu d'heures j'apparaîtrai devant mon juge; mais je sais que j'emporte avec moi le pardon de mes fautes: je ne n'ai rien à craindre de sa justice, tout à espérer de sa miséricorde. Observez, au contraire, cet esprit soi-disant fort, qui se tord de désespoir sur son lit de douleurs, qui adresse à la vie les regrets les plus amers ; chez lequel tout exprime une inquiétude cachée !.. Oh! si vous lisiez dans son
âmel*«..
Je viens, depuis deux jours, de vous entretenir, chère enfant, de la pratique la plus pénible du christianisme. Jamais rien de plus humiliant, de plus dur, n'a été demandé à l'humanité, que cet aveu sincère, complet des fautes les plus ca-
chées, les plus honteuses » des fautes dont le souvenir glace ; Faveu de sa pensée, de ses désirs I... J'en conviens de bonne foi : cette prescription blesse notre moi tout entier. Et cependant, si TOUS avez la bonté de réfléchir le moins du monde, vous trouverez que la confession, loin de nuire au bonheur de Thon) me, y contribue beaucoup.
— Je n*ai pas grand besoin de réfléchir pour avouer que, par ma propre expérience, ce que vous dites est parfaitement vrai. Les jours bons de ma vie sont ceux où un peu de calme est entré dans mon cœur ; et jamais le calme n*y est mieux entré que par Taveu de mes fautes. Si j*ai franchi bien des écueils, si ma conscience est restée exempte des grandes souillures, si la paix a régné dans mon intérieur» je le dois à i'iiabitude, que j'ai conservée, de me rendre au moins touslesans, et ordinairement bien plus souvent (même alors que ma foi dormait sous mon ignorance) au tribunal sacré. Quel changement se produisait en moi, après ces visites ! Et cependant je m adressais à un confesseur dont tout le talent était de me gronder et de me faire pleurer. Oh ! que Dieu était dur avec lui! Que* ce choix d'un confesseur est important, mon vieil ami !
— Oui, sans doute ; et surtout pour les consciences timorées comme la vôtre. Cherchez toujours un bon prêtre, dont la charité soit la vie, et vous aurez l'espoir de croître en vertu sous sa direction ; surtout, g;ardez-vons de suivre la mode.
— La mode?
— Oui, la mode. Elle se permet le plus souventde prescrire aux femmes du monde même ce choix. 11 n'est pas de ville où il n'existe un pauvre prêtre que la fashion a adopté et qui ne gémisse au fond de son cœur du lourd fardeau que lui impose Télégance de ses pénitentes.
Si vous ne vous arrangez pas d'un confesseur, changez-le; pas de respect humain , là où il s'agit de Dieu ; ne courez pas cependant les confessionnaux, comme certaines femmes qui ont, pour »nsi dire , un confesseur pour chaque péché.