‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 115 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — SEPTIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — SEPTIÈME SOIRÉE

Le sacrement de péDitence est donc à vos yeux un grand bienfait de noire Sauveur ; il convient à notre nature» il nous est véritablement une planche après le naufrage.

II nous reste encore, chère Constance, avant de nous séparer aujourd'hui , à considérer le tribunal des âmes au point de vue des sociétés humaines : point de vue très-important sans doute.

Que se passe-t-il là, entre le prêtre et le chrétien, quant aux ' devoirs sociaux? Eh! mon Dieu, le pénitent doit accuser toutes ses fautes, n'est-ce pas? doit s'en repentir, former le hoa projet de ne plus recommencer, que dis-je? de réparer. Les dispositions qu'il apporte là sont: « L'expiation de toutes les «injustices (remarquez que ces paroles sont celles d'un pro- « lestant, lord Fïtz- William) ,l'enfière restitution de tous biens a illégalement acquis, le pardon de toutes les injures qu'on a Cl reçues, la rupture de tous les liens criminelset scandaleux; le a renoncement à Tenvie, à l'orgueil, à la haine, à l'avarice, à X l'ambition, à la dissimulation, à l'ingratilude et à tout senti- « ment contraire à la charité. 11 faut en même temps, dans ce K tribunal, prendre l'engagement sacré d'éviter jusqu'aux fau- « les les plus légères, et de remplir toutes les sublimes lois de « l'Evangile avec la plus grande exactitude. (1) »

Ces réflexions mènent lord Filz-William bien loin, car il ajoute : ce 11 est impossible d'établir la vertu, la justice, la morale sur des bases tant soit peu solides, sans le tribunal de lai pénitence. »'

Pesez ces paroles d'un homme élevé dans une croyance opposée à la nôtre, ayant vécu en celle croyance et ne l'ayant pas abjurée ; et diles-moi si la confession est une simple invention des prêtres ?

Quelle sanction plus forte que celle-là à la paix entre les hommes! Comment ne régnerait - elle pas entre gens qui, non-seulement doivent renoncer-à tout mauvais sentiment mais q ui doivent s'engager à aimer ceux qu'ils ont haïs j

(I) Lettres d'Àtiicus, par lord Filz-WiUiam.

à rendre ce quMls ont pris injustement ; à rétablir les réputations qu'ils ont flétries ?

Ah ! si les chrétiens étaient chrétiens, le monde serait presque un Eden.

Adieu, ou mieux, bonsoir. Louise tous engage à Tenir demain ; elle a à tous entretenir de choses graTes : la ntdt est \enue, je me sauTe.

HUITIEME SOIREE

Madame de Monac fut fidèle au rendez-TOus que Louise lui aTait donné. Cette jeune fille s'était singulièrement attachée à la filleule de son père; et elle lui accordait une grâce qu'elle refusait, dans sa modestie, à tout le monde; elle l'admettait dans la confidence de ses bonnes œuTres, elle en partageait même quelques-unes aTCc Constance, qu'elle considérait comme sa trésorière extraordinaire. Il ne s'agissait, ce jour-là, de rien moins que de la première communion des enfants, fixée à un dimanche très-rapproché. Louise dcTait Têtir les plus pau- Tres, distribuer des prix aux plus dignes, et des cierges à un bien grand nombre. De plus, Louise, depuis sa première communion, aTait conserTé Tusage de donner à dîner à toutes les petites filles, et de présider, aTec une grâce infinie, à ce festin qui rappelait, disait elle, ceux des premiers chrétiens, au moins par la sobriété. Son amie dcTait intervenir à l'acquisition des robes et des bonnets, et c'était une grande afTaire, dans la vie si simple et si calme de Louise, que ce choix et cette distribution. Ses économies de toute Tannée s'absorbaient en ces dons ; et que de fois son père aTait senti une larme de bonheur s'échapper, euToyant toutes les ingénieuses précautions de sa fille pour doubler la durée d'une robe, d'un cha-

Page 1