DEUXIÈME PARTIE. — HUITIÈME SOIRÉE
peau! L'hiver avait été rude : Louise avait beaucoup donné, sa bourse s^applalissait. Prévoyant que la confirmation exigerait un peu plus de recherche dans les vêlements, et une aggravation de nombre dans leur distribution, elle avait imaginé que Constance serait d'autant plus disposée à participer à celle œuvre de miséricorde, qu'elle-même serait conflrmée.
Madame de Monac devina à demi-mot, et elle ouvrit à sa jeune amie le plus large des crédits, somme si forte que Louise se trouva malheureuse, pour ainsi dire, de tant de générosité.
M. de KerkoB sut très-bon gré à Constance de Pamabilité de son procédé. Il la remercia de Tœil ; et ce regard allai au fond du cœur de celle à laquelle il était adressé.
Lucie proposa une longue promenade au bord de la mer; les rochers seraient découverts, et les enfants pécheraient, en abondance^ des huîtres et des coquilles. Des cris de joie accueillirent cette proposition : le dîner fut avancé et les chevaux commandés. Constance obtint de M. Kerkoff d*être de la partie ; et elle se promit quelques bonnes paroles devant ce grand Océan, image de Tinfini.
On partit. Le temps était magnifique; les rochers étaient, dansiefait, découverts, mais moins que Lucie ne l'avait prévu. D'une sorte de promontoire, s'avançant eh pointe aiguë dans la mer, on échappait à la nudité du rivage ; la vue n'embrassait que le ciel et l'eau, se confondant, au loin, en une seule ligne.
M. de KérkofiF avançait toujours, suivi de Constance et de Louise, vers cette pointe extrême du rocher, comme un dilettahte qui sait la bonne place. A l'extrémité de la falaise il s'arrêta: la roche nue se courbait en forme de divan presque circulaire ; et une fois assis, tout disparaissait aux yeux du promeneur étonné d' un horizon aussi vaste et aussi uniforme.
Louise poussa un cri d'admiration, et Constance resta plongée dans une sorte de stupéfaction. Après un silence assez long, qu elle fut la première à rompre : Voir cela, dit-elle,
et être athée !... Ici» il faut croire à Fiafini ; il faut croire à Dieu. Oh I que je plains ceux auxquels cet Océan ne dit rien! Et elle retomba dans sa rêverie.
— Ami, ne serait-ce point le rocher de Velléda? Chateaubriand a dû le visiter. Non loin d'ici sont les menhir et les dolmen, et la sombre forêt où s offraient à Teutatès ces horribles sacrifices dont le récit glace d^effroi. C!omment croire que les hommes en soient venus à immoler des victimes humaines a des divinités barbares, à des idoles, ouvrages de leurs mains?
— Nous ne pouvons révoquer en doute cette si triste vérité; les débris humains dont sont entourés, à peu de profondeur, les autels druidiques, les instruments d'immolation, mêlés souvent à ces ossements, fournissent des preuves trop positives de ce fait.
— Quelle atrocité ! Gomment l'homme a-l-il pu descendre à cette stupide barbarie?
— L*histoire des sacrifices serait, chère amie. Tune des parties les plus dégoûlantes du tableau de la folie humaine, si cette histoire, étudiée avec soin, ne présentaitun ensemble de faits, de croyances, de traditions qui, sous les voiles épais des plus grossières' erreurs, présente la démonstration des plus grandes vérités.
— Vraiment !... parlez-nous donc des sacrifices.
— Là, près des autels des Druides.
— Oui, donnez-nous le mot de cette grande énigme.
— Je ne me charge point de cette mission. Constance. On a beaucoup écrit sur cette question; et je ne serai pas compétent pour sa solution.
— Parlez toujours.
— Vous l'exigez? Prenez garde! jeseraibien ennuyeux.
— Vous ne l'êtes (Jéjà pas mal, de laisser ainsi s'échapper les minutes I Voyons l'histoire des sacrifices.
— Eh bien! le sacrifice est presque aussi ancien que le monde; car Abel offrait à Dieu les prémices delà terre, quand Caïn le frappa ; Vhomme coupable avait compris, de bonne heure, qu'il avait à implorer sa grâce et à expier sa désobéi:-