DEUXIÈME PARTIE. - HUITIÈME SOIRÉE. Ui
sance. La prière et le sacriBce sont sans doute conlemporains. et comment n'en serait-U pas ainsi? L'offrande était la consommation sensible de la prière; on pourrait l'appeler la
prière des sens, comme la prière est l'offrande de l'esprit
La prière est Taveu d'une indigence qui espère (1 ). , . »
Si nous cherchons la corrélation de la prière et du sacrifice, si nous interrogeons la tradition, que nous répond-elle ? Elle répond que «l'homme a besoin, non-seulement d'un secours qui le soutienne, mais aussi d'une expiation qui le purifie, et que la prière est insuffisante sans le sacrifice. L'idée que l'homme ne pouvait être sauvé que par la substî^ lulion d'une victime était aussi universelle que l'idée même de Dieu (2). »
Voilà donc l'indigent qui avoue sa faiblesse, voilà le coupable qui expie, qui expie en substituant une victime !... Retenez, je vous en conjure, cette parole. Déjà, au resté! cette tradition du genre humain nous a frappés : vous devez vous en souvenir.
Dès le commencement, donc, l'homme prie et sacrifie : la mort d'Abel n'arrête pas cette coutume. Dans la Bible, Noé Abraham, immolent des victimes au Très-Haut ; les livres de rinde, de la Perse, de la Chine, de TÉgypte, des nations les plus anciennes, rendent ce témoignage que dès les temps les plus reculés, les sacrifices ont commencé chez elles.
Comment expliquer cette conformité d'usages admis d'un bout de la terre à l'autre, sinon par un souvenir de la tradition frimitmf La notion de la Divinité s'est conservée entre toutes les nations, se modifiant de l'astre à l'animal, parcourant le cercle immense des passions, des folies humaines, partant du spiritualisme le plus pur et s'arrêtant au fétichisme le plus absurde. L'offrande, le sacrifice, s'allient partout à cette idée, me dans son principe, multiple dans sa forme. Chose sin-
<1) M. l'abbé G6ii>et, Considérations «ir le dogme aénérateur de la piété catholique, ' ^
(2) L'abbé Gerbet, loe. cit.
ut CAUSERIES DU SOIR.
gulière I le sacrifice ne varie pas, pour ainsi dire. Qu'offre* t-on à la Divinité?,.. les choses utiles à la vie, le sang des victimes, et même, nous le savons déjà, celui de rbomme versé par les mains de Thomme.
— Pourquoi, ami, cette si grande conformité d* usages? pourquoi ce sang? pourquoi, mon Dieu, ce sang humain?
— Un fait aussi général a sans doute une cause ; vous avez bien raison, Constance, de la rechercher.
Il faut se reporter à Thistoire du genre humain pour Fassigner.
Que se passait-il aux premiers jours, alors que le Créateur s^entretenait avec le père des hommes ? Nous savons peu de choses de ces entretiens, de ces divins rapports. Ce que nous n'ignorons pas, c^est que Dieu $e communiquait à Adam ; ses fils ont conservé cette tradition, ils la corroborent par la prière etTofirande; là semble se présenter d'abord Vidée de reconnaissance et d* amour : c*est Findigent qui crie ou remercie. Le souvenir de la chute amène la pensée de I expiation; le sang coule, l'homme est lui-même victime. Ainsi l'offrande a une raison, le sacrifice sanglant en a une autre. <c Au culte pacifique a succédé un culte sombre comme la justice : je vois dans l'oblation le symbole de la vie. Dans le sacrifice, l'être vivant est condamné, et sa mort est la figure d'une autre mort (1). )>
Le culte du monde est basé sur cette double pensée , de vie et de mort, de reconnaissance et d'expiation ! Ces deux grandes pensées sont celles de l'humanité comme le mot de son histoire.
Parcourons le monde, et nous allons trouver ces oblations pacifiques, variant sans doute d'un peuple à l'autre, ou plutôt d'une famille de peuples à une autre famille de peuples^ mais consistant toujours dans les substances les plus appropriées à la nourriture de l'homme.
Abel ofire les prémices de ses récoltes; dans l'Inde» toute
(1) l/abbé Gerbet, loe^ ciu