DEUXIÈME PARTIE. — HUITIÈME SOIRÉE
et ces hécatombes de chrétiens , ne peut-on pas les compter pour des sacrifices (1 ) ?
L'Egypte, nous l'avons dit, la sage Egypte sacrifiait à Typhon, sinon ses fils, au moins des étrangers (2). Les Ghananéens honoraient Moloch de cette manière (3). Vous TOUS souvenez de ce que nous avons dit de Carthage , de laKali des Indes, du Mitbra des Perses ; les idoles chinoises ODt TU aussi couler le sang humain. Les Océaniens, non plus que les Africains, ne font défaut à ce cercle immense des nattions sacrifiant les hommes; mais au nord de TËurope» dans ces hautes forêts où il semble! que Tinnocence eût dû toujours exister, la aussi, chère amie, là aussi des victimes ont été touchées par le couteau sacré.
Chez toutes les nations Germaines, l'immolation des captifs est générale (4). Les Francs eux-^mémes égorgent en F honneur du dieu du fleuve des femmes et des enfants, et cela au temps de Théodebert. Au huitième siècle, saint Boniface tonna contre l'usage de vendre des victimes humaines aux païens. Au onzième siècle, TEglise a encore lancé ses foudres contre des horreurs de ce genre.
Ces pierres druidiques, dont le champ voisin est couvert, ont reçu, quand TEtat ou un personnage important étaient menacés, plus d*un rédempteur (5).
Partout donc, d'un pôle à l'autre, l'immolation de r homme par l'homme est le fond du culte rendu à la Divinité ; et chez le Cannibale, si la part du Dieu est faite, celle du fidèle Test aussi : la tête et le cœur sont la ration du dieu, le Mexicain dévore le reste. Partout même horreur, même barbarie, et chose singulière! il faut que partout où le cannibalisme n'existe pas, il faut que la victime offerte à la Divinité
(î) Tite-Live.
(2) Schmilt, dans la Démonstration évangélique.
(3} ScbmiU, loc. cit. Voir, sur les sacrifices humains, Leland, la Révélation Vi'ovvëe par le paganisme,
(4) Ozanam, les Germains avant le Christianisme, Religion.
(5) Voir le Monde avant le Christ, 3» partie, par R. Gongenot des Mous-
devienne en tout ou partie la pâture de Paasisianoe, à moins qu'elle ne soit humaine. >
Comment ne pas trouver eo cette uniformité d'usage, une figure de l'admirable dogme des chrétîœs9
-*- Quelle figure I Quoi ! au milieu de ces membres palpitants^ de ce sang ruisseiant sous le couteau, de ces hécatombes de captifs livrés aux flammes, de ces festins d'antrc^phages, vous devinez, vous retrouvez la plus pure, la plus sainte des victimes, la plus auguste des communions de Dieu à F homme! — Ici rien n'apparaît qu'à travers des horreurs, comme vous le dites ; rien ne s'aperçoit que cadié sous les voiles les plus épais : c'est l'idée de Dieu se retrouvant dans Moloch, dans la cruelle déesse de la Mort, ou dans toutes ces infâmes folies de l'antiquité et du paganisme , comme le diamant est sous cette enveloppe rugeuse et grossière qui le dérobe aux regards.
Mais pourquoi cette idée si générale, si constante? Pourquoi toujours cette immolation d'une victime réparatrice ? pourquoi toujours la déchéance, et dans les reliions primitives, la pensée d'un Dieu sauveur ?
Il y a au fond de toutes ces divagations de l'esprit humain, une tradition qu'on ne peut reconnaître comme telle q^'à sa constance et à son uniformité, tant elle est recouverte de sang, d'horreur, d'infamie. Mais elle ne peut être niée, celte idée, conservée d'un bout de l'Asie à l'autre, en Amérique comme en Océanie, que Rome garde comme la Chine, le Grec comme le sauvage : dogme général qui ressort tout autant des chants du Germain que de la poésie d'Homère.
Le genre humain a donc toujours cru à la présence de Dieu, à sa protection; il a toujours espéré qu'il pouvait le fléchir, se le rendre propice, attirer à lui le secours dont il avait besoin; le genre humain a donc cru aussi qu^il pouvait, tout en se trompant sur ses moyens et sur sa propre puissance, expier la grande faute, la faute du premier père. Les deux genres de sacrifices nous démontrent cette tradition. L'homme a cru aussi qu'il pouvait et devait rester en communication,