‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 120 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE.— HUlTIËIfE SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— HUlTIËIfE SOIRÉE

en commanîon avec son Créateur. Et nous ne retrouvrions point en ces faits une figure de notre rédemption et de notre commanion ! . . .

— Oai, je suis forcée d'en convenir; œtte idée ressort de toute l'histoire des sacrifices, mais il m'en coûte de voir une si admirable chose que la rédempfiou défigui^ à ce point.

— Chère Constance, encore une fois, laissez faire Thorame^ et auseilàt qu'il agira lui-même, il agira ainsi : d'un empereur il fera un dieu^ d'un serpent un dieu ; dans l'univers il défiera tout, et ce qui donne la vie et ce qui donne la mort : sa sottise naturelle ne lai fera pas défaut. 11 conserve une lueur de sa foi première, et voilà que, confondant la cause et l'effet, il déifie la nature et oublie son auteur. Que n'adoret-il pas ? où s'arrétera-t-il ? Oh I je vous en supplie, ne mç demandez pas de tous exprimer ni de vous expliquer les aberrations de la raison, les folies du culte. Le païen se prosternera devant l'homme, et quel homme ! devant Néron,' devant Claude.... Et pourquoi pas? il adore un bœuf, un crocodille, un morceau de bois, une pierre ; il sacrifie à la peur, à la \engeance; il n'y a pas une passion, si honteuse qu'elle soit, pour laquelle il n'ait et un prêtre et une victime; son imagination n'a pas un caprice, un songe vain qu'il ne lui élève un autel 1 un autel à toute hallucination de Fesprit, à toute couee^^iion du cœur, quelque infâme qu'elle puisse être !

Je TOUS ai déjà énoncé cette pensée, en termes presque semblables; je l'énoncerai encore, j*y reviendrai sans cesse, car eUe me domine.

Le culte est un enchaînement de sacrifices sanglants, d'offrandes, de danses, de jeux, de combats, de prières, de chants, quesais-je? d'infamies tantôt connues, tantôt cachées.

Le christianisme, à son apparition, trouve le culte comme le monde, absorbé dans le sang et dans la volupté. Vous ne me demanderez pas de vous dérouler ce tableau dans sa nu- 'lité : TOUS ne pourriez le regarder un seul instant sans rougir. Je m'arrête, et je repousse cet afireux assemblage de cruautés, de débauches et de sottises.

Si nous contemplions un instant le culte public de Rome, par exemple» au temps des Césars, alors que les dieux du monde avaient pris place au Panthéon romain, charroyés à la Ville éierneUe avec les dépouilles des peuples vaincus, il nous serait impossible de clore la nomenclature des habitants de cet Olympe; il n*en est pas un auquel ne s'attache ou une barbarie, ou une infamie, ou au moins une absurdité. Que demande-t-on à ces divinités? Hélas ! tout, excepté la sagesse. La peur jette à leur pieds, aussi bien que la cupidité ou les passions honteuses; la superstition est devenue, à bien dire, la seule religion des fils de Romulus. Les devins sont aussi bien que les sorciers, assiégés, et par les consulaires, et par les matrones, et quelles questions leur fait-on? quels secrets demande-t-on à leur science occulte? interrogez les satiriques, ou plutôt.... ne les interrogez pas.

La dévotion particulière en était là, que le plus souvent « elle exerçait, elle aidait, elle commandait le vice ! » Celte parole , de M. de Champagny, dit tout, résume tout (1).

— Mais, au moins, les mystères destinés à conserver des vérités ignorées de la foule, étaient un refuge pour les croyances élevées.

— Que sous les fables de TOrient, de TEgypte, il se soit conservé quelque rudiment des traditions primitives; que ces fables aient été le fond des mystères, cela me paraît possible ; que les mystères aient été la partie mystique du paganisme; que làThomme trouvât un aliment à son instinct religieux, qu'il se réfugiât dans une dévotion individuelle, dans un rapport particulier de Dieu à lui, et à lui seul, je le crois. Mais si nous suivions la marche des mystères, de celte initiation précédée d'épreuves, d'ablutions, d'aspersions d'eau lustrale, de jeûnes, de ces notions que Ton communiquait à rinilié , si nous suivions dis-je, celte marche, nous aurions à voir ces tendances spiritualistes décroître, rentrer dans une simple cosmogonie, dans une physique détestable, et arriver enfin à

(t) Voir l'admirable livre Des Césars.

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