‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 121 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. *- HUITIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. *- HUITIÈME SOIRÉE

ce moment ou leur arcane n'était plus que le vice le plus éhooté» le plus effrayant.

Dans ce monde» il n'existe pas un coin où Tinnocence soit à l'abri : Timpureté présidait même au culte des vestales.

Encore une fois» Constance» le voilà ce monde païen , si exalté à une époque récente encore ; le voilà tel que nous le donne l'histoire, tel que nous le présentent la critique, les arts, la poéfiie» ses propres monunients, ses propres déclarations; le voilà cet amas de sang et d'infamie : le voilà devant ses dieux, avec ses dieux» Je ne vous parle pas de ses plaisirs, je ne vous traînerai pas à ses arènes où la mort est la source de la joie; le plaisir du peuple-roi rassemblé ; où il y des applaudissements pour la béte féroce dont la dent dévore les chairs, broie les os ; je vous fais grâce du Cirque, pour aujourd'hui : \o\Va le culte rendu à Dieu, au Créateur» à l'assemblage de toutes les perfections. Il est temps d'arriver à des jours meilleurs, ah ! oui, grand temps I

Eb bien ! ces temps sont venus, et alors que Rome enivrée de débauches sanglantes, battant des mains aux lions du Cirque, interrogeait les devins et sacrifiait aux démons de toutes les passions, tandis que ses matrones si révérées, se jetaient échevelées aux orgies des mystères de la bonne déesse ; dans les Catacombes se célébraient les saintes agapes des chrétiens: une hostie pure, divine, était offerte au Dieu en trois personnes, au Seigneur unique des corps et des âmes ; le sang et Ja chaii* du Dieu rédempteur nourrissaieut, au banquet sacré, les âmes des martyrs et des vierges.

— Comment, mon vieil ami, d'un cahos aussi dégoûtant que celui-là, le culte si saint du christianisme a-t-il pu

naître?

—Le culte chrétien, ma chère enfant, n'a pas le moins du monde son origine dans cette infâme théogonie dont je viens de vous entretenir. Dieu nous garde d'une erreur aussi coupable et aussi absolue ! si une seule de mes paroles avait pu vous conduire à celte conclusion, je la détesterais de tout mon cœur. Oh! non, notre saint, notre divin culle n'a rien de

29Q CTAUSERIES DU SOIR.

oommon arec ces sacriâces infâmee et ces dégoûtants usages!

J*ai prétendu seulement vous faire observer ce qui avait pn être» comme idée, au sein de cet ensemble d'atrocités ou d* absurdités; fai prétendu constata cette force si grande de la vérité^ qui sé conserve parfois à l'état le plus caché, ^en conviens, mais qui se conserve encore visible, encore appré* ciaUe, an centre defeits qui lui stint abtolument étrangers.

Voilà ce que j'ai eu la volonté de faire. •

Ainsi, dans ce culte affreux, aussi horrible par sa cruauté que par son infamie, j'ai encore aperçu Fidée constante d'offrande, ridée constante d*expiation, puis aussi l'idée de communication de rhomme avec Dieu.

Ceci me demble établi.

Je vous demanderai encore, chère amie, d'observer que, quelque déraisonnable qu'il soit, un culte quelconque se retrouve chez chaque peuple du monde. Déjà je vous avais signalé ce fait si universel.

— Vous pensez, àtni, que le démon était adoré sous les formes de toutes ces divinités du paganisme?

— Certes, le vrai Dieu, le souverain bien, n'était point honoré par tout ce que nous venons de voir, et l'esprit du mal pouvait se dire le Seigneur du monde : c'était au mal que sacrifiaient et les prêtres de Baal, et les prétresses de Vénus. En déifiant le vol, le meurtre, la cupidité et toutes les passions mauvaises, Thomme déifiait le mal ; et quelle différence y a-t-il entre le mal et Satan?

Je vous le déclare donc aveb saint Paul : oui, le monde sacrifiait aux démons ; mais en étudiant à fond Thistoire du culte, on est disposé à croire qu'après la confusion des langues, lés rudiments de la révélation primitive anté-diluvienne se conservèrent, et allèrent, en s'altérant parmi les hommes, jusqu'au point où nous les a découvert l'abjection de Tesprit humain sous les Césars.

Oui, le monde sacrifiait aux démons, tout en retenant, à son insu, quelques traces de la tradition, celles, parexemple» que j'ai signalées.

Page 1