‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 126 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — NEUVIÈME SOIRËE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — NEUVIÈME SOIRËE

— Les sacrements sont des canaux par lesquels Dieu lait eoulersa grâce jusqu'à nous, n*est-ce pas? Dans rEuehaitsiie, & se donne à nous tout entier, il s'unit ànous^ nous le recevons sous les espèces du pain et du vin, ou sous les a^palences du pain seul ; il s'immole sur l'autel pour satisfaire à la justice du père, il est l'hostie du sacrifiée: dans le sacrement il se donne à nous.

Pmv être exact et pour répondre catégoriquement à Totre question, j'emprunterai à une théologie les paroles suivantes : «Le sacrifice consiste essentiellement dans l'ofirande et le changement de la victime, et le sacrement dans une chose permanente qui provient du sacrifice : celui-ci est directement institué pour le culte divin , et le sacrement pour notre satîs&ction. Dans le sacrifice, il faut, selon le sentiment commun desHhéologiens, la consécration du pain. et du vin, tandis que le sacrement se conserve sous une seule espèce. Enfin le sacrement n'est utile en lui-même qu'à celui. qui le reçoit ; au lieu que le saint Sacrifice produit des efiets salutaires pour le ministre qui l'offre, les fidèles qui y participent et, en général, pour les vivants et pour les morts (1). s» Vous comprenez ia différence.

— Oui, hêuireux' celui qui sent ces merveilles de bonté, qui, dans le fiacrement, s'unit si intimement à son Dieu., qu'il puisse dire avec saint Paul : Je vis , mais non pltis mot. Maïs II faut nous donner à Dieu tout entier, sans restriction ; il faut être pur de tout péché.

— Cbère Constance, Dieu est venu en ce monde pour les gens de bonne volonté. Certainement, il faut être pur pour approcher du Saint des Saints, maiscroyei^^le^ramour du péché n est pas fréquent chez les personnes qui aiment la communion : Dieu ades grâces infinies pour ceux qui suivent ses lois.

— Oh ! ami, heureux ceux auxquels il est donné de sentir ce Ijonhenr si^oux do l'union intime; heureux ces saints aux<^

(1) Exposition raisonnée des dogmes et de la morale du Christianisme^ : ar l'abbé Baran.

quels la communion procure ces joies et ces larmes. Quant à moi» je tremble à rapproche du banquet sacré.

«-^Et pourquoi tremblez-vous? Vous ayez pris toutes tos précautions pour bien vous préparer à ce grand acte, à cet acte d*amour. Dieu ne vous demande que le possible.

— Je vois toujours un juge.

— Ne voyez qu*un père.

— Le démon me tente* il m*assiége» que sais-je ? le doute même arrive.

— Quoi ! vous reculeriez quand ia victoire est certaine ? il sait, le malheureux Esprit, que vous allez le terrasser ; et il cherche à vous arrêter ; vous allez écraser sa tète, et il veut vous mordre au talon. Repoussez, comme vaines, ces terreurs» ces ientatiom ; vous avez dijt le mot» abîmez- vous dans la foi : la commuuion fréquente vous délivrera de tous ces scrupules. Ces délices que vous enviez aux saints, et avec tant de raison, croyez-le bien, sont encore un fruit de la fréquente communion. Ces larmes d'amour, dites-moi, appartiennent-elles à la terreur, à Findifférence?

Je ne comprends pas bien pourquoi, en traitant Dieu en étranger que Ton reçoit par hasard , on voudrait se trouver avec lui sur le pied de rintimilé la plus absolue : ceci n'est pas raisonnable. Agissez de telle façon que Dieu soit à vos yeux un ami ; alors vos fréquents rapports avec lui donneront à votre cœur, ces joies que d'autres ressentent ; ces joies-là sont, encore une fois, un privilège des amis particuliers.

Au lieu de s* entretenir avec Dieu, lorsqu'on a le bonheur de le posséder en soi, et de traiter avec lui de ses affaires intérieures^ comme le dit saint François de Sales, on se jette incontinent dans la lecture de prières fort belles, fort grandes» fort ascétiques, mais que Ton ne comprend pas toujours. JLaissez parler votre pauvre âme, elle a tant de choses à demander ! H ne s*agit pas de répéter les prières de sainte Thérèse dont on ne sent pas le brûlant amour. Mon Dieu ! il y a tel cœur qui aurait à dire : Seigneur 1 fondez ma glace, donne;s-moi de penser à vous.

Page 1