DEUXIÈME PARTIE. — NEUVIÈME SOIRÉE
CoDstance, croyez-le bien, fréquentez Dieu, et il est assez aimable pour que vous tous attachiez à lui ; et une fois que vous connaîtrez la douceur de son amour, vous aurez les joies des saintes âmes. «Faisons silence, écoutons-les. L^Eii* charistie» disent-elles, est une partie intégrante des deux mondes, un temple placé sur les conQns de la terre et du ciel ; là se trouye leur point de contact ; là s'opère la jonction des symboles de l'une et la réalité de l'autre, et la communion s'accomplit comme sous le vestibule entr'ouvert du sanctuaire inyisible où se consomme réternelle union. Tandis que les sens restent dans Tondre actuel, Fâme ressent la présence de FautA œuvre ; elle y entre, elle prend possession de la substance, comme un homme qui, transporté soudain aux limites de cet étroit univers visible, étendant sa main au delà, saisirait déjà les prémices d'un plus vaste monde. Alors, il se passe en elle de ces choses que la parole humaine craint de profaner en les exprimant. A ce murmure confus des passions qui grondent encore dans l'âme fidèle, comme le dernier bruit des agitations de la vie, succède tout à coup un grand silence. Bientôt une commotion, également forte et douce, annonce la présence d'un Dieu ; et soudain les saints désirs, et la prière, et la patience, et l'esprit de sacrifice, souvent languissants, se raniment. Tout ce qu'il y a de divin en elle s'allume à la fois. Son regard s'épure et reçoit quelques rayons de cette lumière qui éclaire ce qui est au-delà du cœur. Des émotions ind^missables^ vives comme des sensations, calmes comme des idées, attestent l'harmonie renaissante de l'esprit et des sens. On éprouve, dans mille autres circonstances, les joies de la vertu : c'est là seulement qu'on en savoure toute la volupté. Vous cherchez ensuite cet ordre de sentiments et vous ne le retrouvez plus (I). »
« 11 a passé sur l'âme pour lui laisser entrevoir le sens suprême de ce mot bonheur, qui appartient à une Jangue perdue, dont l'idiome parlé par les enfants d'Adam, n'en contient
(1) L'abbé Gerbet, loe, cit.
plus que de9 ruines. Mais mieux elle comprend ce mot, plus eUe sent qu'il n*est pas de ce monde. Tant qu'elle n'aura pas déposé, à la porte du ciel, tout le fardead ded terrestres vertus ; tant qu il ne sera pas venu ce moment où elle sera libre en* fin, même de Tespéranee, Tâme captive ne soufibîra <p»^ des joies souffrantes. L'all^esse de la terre soupire, sonbenheur pèse, et, pour qui connaît à fond cette TÎe, le plus grand miracle de la communion est de la rendre légère. Ces raisonnements de Tamour, mêlés de tristesse, donnent dans ce moment solennel, à la physionomie, une expression sublime; celle de la joie l'est rarement : c'est que la jeie est si f ugitire et si fausse, qu'elle semble communiquer à la figure je ife sais quoi de l'âme d'un insensé I La douleur, au contraire, ennoblit presque toujours la physionomie. Mais l'instinct de notre destinée primitive, froissée par ce contraste, cherche une au* tredignité que celle du malheur : la vraie condition dePhomme est la réparation de la misère, et sa figure ne voit son plus beau caractère terrestre que lorsqu'elle est répression de ce mystère de douleur et de grâce, lorsqu'elle reçoit l'empreinte d'une joie divine descendue dans l'abîme de nos souffrances. Contemplez les traits de ce chrétien qui adore en lui son Sauveur, ne diriez-vous pas que si cette bouche, fermée par le recueillement, s'ouvrait tout à coup, une voix en sortirait essayant d'un son plaintif encore, le cantique descieux? EUe chanterait comme un ange soupire; elle gémirait comme chante un mortel (1). y>
Que nous sommes loin de sentir ainsi les effets de la communion !... Mais ne désespérons pas, prenons confiance, au contraire.
Le propre de ce divin sacrement n'est-il pas notre sanctification ? Plus nous nous nourrirons de la chair sacrée et plus la vie de notre âme sera puissante, et plus nous avancerons vers la porte du ciel.
Ne demandons au reste à Dieu que ce qu'il lui platt de
(f ) L'abbé Gerbel, loc. cit.