‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 13 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE

L'élat actuel de rhomme n^esl pas son état normal f c^estun état de dégradation et de punition; yoilà ce que je désirais vous faire voir, ou plutôt vous rappeler, et je m'arrêterai là.

— Pardon, mon ami, je me souviens très-bien de ce que TOUS venez de me redire ; mais je dois vous déclarer que je n'ai jamais pu comprendre comment Dieu, si bon, avait pu infliger une punition aussi grave que celle-là à Thomme pour une &ute aussi légère : car, après tout, vous conviendrez qu'Adam n'avait pas commis un bien gros crime.

— Je ne suis pas tout à fait de votre avis, je trouve que le crime était grand, le plus grand des crimes: car Thomme commit la seule faute qu'il fût alors en son pouvoir de com* mettre ; il avait reçu une seule loi de Dieu, et il transgressa cette loi : que pouvait-il faire de pis? Cette loi reposait sur une défense très-simple, cela est vrai ; maiç enfin, cette défense était la seule loi qu'il pût enfreindre. Il fallait qu'Adam eût commis cette faute pour que les autres fautes fussent possibles ; le mal n'était pas dans le monde avant la désobéissance; il est son premier-né. Ainsi vous me permettrez de penser que Dieu n'a pas cessé d'être bon pour avoir été juste. S'il fallait entrer plus avant dans la question, je vous ferais voir bien vite que l'homme céda à un sentiment analogue à celui qui perdit les anges rebelles, et leur punition n'a pas été légère; comme eux, il écouta Tesprit de révolte, l'esprit d'orgueil... Prétendre être égal à Dieu, oh ! ce crime est grand, je n'en sache pas de plus grand de la part des êtres créés.

Vous le savez, le mal n'est pas plus tôt entré dans le monde, que le monde change de face ; c'est que tout avait été organisé pour le bonheur de Thomme, pour ses jouissances, et qu'a-: près sa chute il n'en est plus ainsi : le roi n'est plus roi, il est esclave, esclave de lui-même, esclave vis-à-vis des autres créatures. Il domptera ses passions, il domptera les animaux, ou il servira les unes et ne sera pas servi par les autres. Il est frappé par les éléments. 11 est si bien déchu qu'encore une fois des deux premiers-nés de l'homme l'un frappe de mort l'autre, dominé qu'il est par l'envie, l'envie fille de l'orgueil. Le mal

est si bien dans le monde que la première mère, après avoir enfonté dans la douleur, pleure sur le corps inanimé de ce fils

• bien-aimé ; . . . que le père maudit son propre sang.

. Cette faute était grande, si grande que itous voyea quelles sont ses conséquences dans Tordre matériel ; mais dans For^ dre moral l'entrée du mal dans le monde n'a pas produit une révolution moins terrible.

L'homme créé à Tirnage de Dieu ayait reçu de lui tout ce qui devairconstituer le bonheur le plus absolu . Par sa faute, par son erime, il a vu renverser le magnifique édifice, dont il n'a con* servéqu'un souvenir confus; toutefois ce souvenir estaufonddé son âme, comme le souvenir de leur beau pays natal est au fond du cœur de ces pauvres enfants que Ton transporte des tropiques dans nos climats brumeux ; et qui soupirent après leur soleiL

Ce grand, ce parfait bonheur de Thommeest donc perdu^ oui, sans ressource. La porte du paradis terrestre a été fermée, et nos premiers parents ont été repoussés vers notre monde de douleurs et de soufirances. «Adam, suivant la belle parole <c de Bossuet, a été le parricide de soi-même et de tous ses en^

* <c fants, qu'il a égorgés non dans leur berceau, mais dans ie a sein de leur mère et même avant leur naissance (().» Ce qui se passe, au reste, sera bien mieux expliqué par Bossuet que par moi. Ecoutez ces admirables réflexions.

« Dans son origine, Dieu avait fait l'homme à son image L .. « En effet, quoique cette âme soit défigurée , quoique cette (( image de Dieu soit comme effacée par le péché, si nous en « cherchons bien tous les anciens traits, nous reconnaîtrons, a malgré sa corruption, qu'elle ressemble encore à Dieu et qae a c'est pour Dieu qu'elle est faite.. . 0 âme ! vous connaissez et a vous aimez : c'est ce que vous avez de plus essentiel, et c^est a par là que vous ressemblez à votre auteur, qui n'est que (c connaissance et qu'amour. Mais la connaissance est donnée « pour entendre ce qu'il y a de plus vrai, comme l'amour est «c donné pour aimer ce qu'il y a de meilleur. Qu'est-ce qu'il

(4} Discours pour la profession de madame de la Yalllère.

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