‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 14 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE. t · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE. t

K y a de pins vrai que celui qui est la vérité même, et qo^y « a^t^il de meilleur que celui qui estlabonté inéme?L*âme est a donc faite pour Dieu, c'est à lui qu*eUe devait se tenir atfa^ « chée et comme suspendue par sa connaissance et par soii « amour; c'est ainsi qu*elie est l'image de Dieu. Il se connaît « Ini-mème, il s'aime lui-même, et c'est là la vie ; et Fâme rai- « sonnable devait vivre ainsi en le connaissant et en l'ai- « mant !... Mais elle n'est pas demeurée longtemps en cet état, a Cette âme , qui était heureuse parce que fifieu l'avait faite à « son image, a voulu non lui ressembler, mais élre absolu- <£ment comme lui; heureuse qu'elle était de connaître et d*aia mer celui qui se connaît et s'aime éternellement, elle a c( voulu, comme lui, faire elle-même sa félicité. Hélas ! qu'elle (c s'est trompée et que sa chute a été funeste ! Elle est tombée a de Dieu sur elle-même. Que fera Dieu pour la punir de sa <i défection? Il lui donnera ce qu'elle demande; se cherchant « elle-même, elle se trouvera elle-même. Mais en se trouvant <x ainsi elle-même, étrange confusion I elle se perdra bientôt «c elle-même ; car voilà que déjà elle commence à se mécoû- «c naître. Transportée de son orgueil, elle dit : je suis un Dieu « et je me suis faite moi-même. .. Ainsi l'âme raisonnable veut « être semblable à Dieu par un attribut qui ne peut convenir tt à aucune créature, c'est-à-dire par l'indépendance et par la « plénitude de l'être!... celte âme qui s'est tant aimée et tant et dierchéenese peut pliïs supporter. Aussitôt qu'elle est seule ' a avec elle-même sa solitude lui fait horreur ; elle trouve en « jelle-même, un vide infini que Dieu seul pouvait remplir; si il bien qu'étant séparée de Dieu que son fond réclame sans <i cesse, tourmentée par son indigence, l'ennui la dévore, le a chagrin la tue ; il faut qu'elle cherche des amusements au « dehors, et jamais elle n'aura de repos si elle ne trouve de « quoi s'étourdjr. »

Aussi elle «tâche détromper le chagrin que lui cause son ina digence et de réparer ses ruines en empruntant de tous côtés « de quoi se remplir. Elle commence par son corps et ses sens. »

Bossuet parcourt alors toutes les régions où l'âme peut s'ar-

rèter : elle se complaît dans son propre corps, mais elle ne trouve rien là qu'une vapeur que «c le vent emporte, d qu'un corps qui par sa mortalité est devenu un empêchement et un fordeau à Fesprit.

Elle n'est pas plus heureuse en jouissant des plaisirs que les sens lui offrent : au contraire, « elle s'appauvrit dans cette <& recherche, puisqu'on poursuivant le plaisir elle perd d'àa, bord la raison. Le plaisir est un sentiment qui nous tran&« a porte, qui nous enivre, qui nous saisit indépendamment «c de la raison et nous entraîne malgré ses lois. »

Les richesses ne satisfont pas plus l'âme, elles l'asservissent, et voilà tout.

Les passions plus nobles. (( La gloire, qu'a-t-elle donné à «Alexandre?....»

Et après cette longue revue Bossuet se demande : «c 0 Dieu ! « qu*est*ce donc que T homme ? Est-ce un prodige? Est-ce un € composé monstrueux de choses incompatibles ? Ou bien, estce ce une énigme inexplicable ?» Et il reprend : «c Nous avons « expliqué l'énigme. Ce qu*i) y a de si grand dans l'homme a est un reste de sa première institution : ce qu'il y a de si bas d et qui parait si mal assorti avec ses premiers principes, c'est « le malheureux effet de sa chute, d

Et Bossuet prononçait ces paroles dans une occasion qui elle-même est un enseignement. La duchesse de la Vallière les écoutait ; elles étaient dites pour elle, car elle prenait ce jour-là même le voile aux Carmélites ; et celle qui avait la triste expérience de la vanité de toutes les joies de ce monde, celle qui avait si tendrement aimé, partait pour ainsi dire du pied de la chaire de Bossuet, pour entrer dans ce cloître qu'elle devait étonner par ses austérités. Je vous le demande: avaitelle connu la vie, celle-là? Et sa résolution n'est^elle pas l'argument le plus fort dont je puisse étayer la vérité de ce que je vous disais sur la vanité et Tinsuffisance des plaisirs?

En resserrant un peu tout ce que je viens de dire et cette longue citation dont je vous demanderais pardon, si elle n'était parfaitement belle, qu'allons-nous trouver?

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