‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 130 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE.--- DIXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.--- DIXIÈME SOIRÉE

élrvigers à toutes les notions du sayoir humain ; le Toilà, le bon recteur, expliquant à <;ette assistance bruyante et indiscK plinée les grandes vérités de notre foi ; le Toilà, de cet être braty insouciant» formant un chrétien et un chrétien instruit, irvent, qui un jour Vous étonnera par sa science, qui mourra, s'il le faut, pour soutenir la vérité de sa croyance ; et remarqtiez<-le, ce sont les notions les plus abstraites, les plus élevées que ce professeur a rendues familières aux intelligences les plus rebelles.

Ce petit être, qu'un sarrau de toile cache à peine, avec ses longs cheveux épars, ses traits amaigris par la faim et le froid, courant pieds nus dans les joncs après ses vaches étiques et ses moukms cachés par la bruyère, en sait plus, oui, plus, grâce à. son pasteur, en fait de vérités essentielles, que les élèves de. vos lycées ; et leurs professeurs à eux ont la croix d'honneur, de gros appointements, une place dans vos salons, et qu'enseignent-ils d^utile, je vous le demande, comparativement au pauvre prêtre î

N'allez pas croire que mon vieux recteur soit étranger aux lettres, aux sciences : vous vous tromperiez beaucoup. Allez le voir, pénétrez dans son sanctuaire scientifique, et vous serez toute surprise de trouver là une bibliothèque peu nombreuse, mais choisie et substantielle ; vous vous étonnerez de timiver ce vieux clerc de Bretagne, nMgnorant rien de ce qui se passe et s'est passé dans le monde. Il vous dira avec une grâce in-* jBuie, l'histoire de son pays, si fertile en monuments anciens ; i lui les légendes. Après Virgile, il vous citera Dante et Lamartine; il saura fort bien, le bon curé, convaincre d'iginorance tel philosophe, frais émoulu des doctrines de TEcoIe, et très-peu assis sur les bases du profond savoir. Sous cette soutane négligée, prenez-garde, il y a un<homme d'esprit ; il y a plus, il y a un homme de cœur. *

Que de fois, mon bon abbé Le Blanc a, au grand scandale de sa servante, envoyé son bouillon à quelque pauvre femme en couche 1 Que de fois, Marion, au lieu des souliers neufs de son mattre, n'a retrouvé que des sabots usés 1 Que vous diraî-

je? pour lui faire conserver une montre, il a été convenu qu^il 8'engagerait sur Thonneur à garder, comme souvenir, celle que Louise lui donna, la veille de sa première communion, et sur laquelle le nom de ce père des pauvres est gravé. Lucie, tous les ansy refait son trousseau, et jamais Marion ne touche de gages.

N'allez pas croire que la charité de Tabbé Le Blanc s^arrête à Taumône ; oh ! non. 11 sait que le cœur souvent souffre plus que le corps. Comme il est bon et compatissant ! quels mots Dieu lui inspire ! que de jeunes filles il a sauvées ! que de ménages il a réunis ! que de haines il a calmées ! Bon recteur, Dieu seul vous connaît ; Dieu seul sait ce que vous faites pour votre peuple. Oh ! je sais moi, ce que vous pouvez sur un cœur irrité, sur une âme flétrie ; je sais de quel abîme vous pouvez retirer ceux qui, souvent, vous calomnient.

— Il est presque reçu, je le sais, de rire de son curé de campagne, et j*avoue que le curé de Kerkoff m'a souvent causé un peu d'éloignement, par le peu de soin quMl prend de sa per- . sonne. Pourquoi est-il si négligé ?

— Je ne le louerai pas de ce défaut, car pour moi cette négligence en est un ; les canons Tont déclaré avant moi, mais qu'est-ce, auprès du reste ?

— Rien certes, ami, on regrette sincèrement le peu d'attrait, qu'à première vue, une vertu si haute inspire.

Je n'aurai pas le mauvais goût de vous dire : tous les prêtres sont loin de ressembler à l'abbé Le Blanc ; les plaisanteries ne sont plus de saison sur le sacerdoce, et il ne faut pas être bien instruite pour savoir combien est utile, respectable, charitable^ le clergé français.

— Oui, justice a été enfin rendue au prêtre : on admire ses vertus et l'on a raison ; mais je voudrais. Constance, pouvoir vous montrer, non plus dans son cadre humain, mais à son vrai point de vue, le ministre du Dieu des chrétiens.

Qu'est-ce, je vous en prie, que le prêtre, sinon le médiateur entre Dieu et nous? quel rôle joue-t-il dans la hiérarchie des êtres? que représente-t- il parmi nous, sinon le Sau-

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