‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 131 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — DIXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DIXIÈME SOIRÉE

veur? que dispense-t-il aux hommes» sinon les* grâces de Dieu?

Suirons'le un instant.

Chef de l'Église, yicaire de N.-S., il parle en son nom et guide le peuple immense des fidèles ; 4^ la chaire de Pierre, il dirige tout un monde d'intelligenées.

Successeurs des apôtres, les éyêques gouvernent comme eux les diverses églises; ils ont un pouvoir particulier; à eux l'administration^ de certains sacrements» la confirmation et Tordre : ils instruisent comme les apôtres, ils dispensent. Après eux les prêtres qui administrent les sacrements. Le pape bénit le monde au nom de Dieu qu'il représente, retranche ou admet au nombre des fidèles, appelle le Saint- Esprit; révoque, par l'imposition des mains, ordonne le prêtre et confère le sacrement de l'esprit ; le prêtre répand Feau régénératrice sur le front de Tenfant, unit l'homme et la femme, ouvre et ferme, lie et délie. 11 monte à Fautel, et le voilà sacrificateur de la victime par excellence» et se nourrissant du pain eucharistique, le rompant aux invités de la table du festin ! le voilà priant pour le peuple fidèle, présentant les prières de ce peuple au Dieu trois fois puissant ; le voilà entre l'homme et Dieu ; sublime et sainte mission que celle-là !

Aussi, Constance, considérez cette mission, soit au point de vue humain, soit au point de vue divin, et vous en admirerez la grandeur.

Voilà des hommes placés entre la divinité et l'humanité, jugeant Tune au nom de Fautre, pardonnant ou retenant, agissant en un mot absolument comme agents directs de la justice suprême, puis levant dans leurs mains le Saint des Saints, consommant le sacrifice qu'ils ont offert, j appelant les îvàeles.

Voyez encore ; voilà le prêtre confident de toutes les misères (leThumanité, de toutes ses fautes, de tous ses crimes; le Toilà ployant sous leur poids ; point de prison qui ne s'ouvre devant lui ; point d'échafaud sur lequel il ne monte pour accompagner le criminel auquel la société va enlever la vie ;

point de douleurs vers lesquelles il n^ait.accès; la mort se frappe point à uu^ porte, sans la laisser ouyerte pour lui ; au cheyet du moribond, sa place est marquée, comme auprès de la bière ; il est convié partout où il y a des larmes, des malheurs, des misèjes, des fautes. ...

— Oh I ce n*é6t pas trop d*un sacrement pour lui donner toutes les grâces nécessaires.

L'cHrdre est ce sacrement^ n^est-ce pas, ami ?

— Oni.

— L*évéque a seul le pouvoir de l'administrer ?

— Oui.

— U impose un caractère ineffaçable, indélibile ?

*— Oui. Une fois marqué du sceau du sacerdoce, Fhomme ne peut s'échapper au Dieu auquel il est consacré.

L'ordre remonte aux apôtres. Ils imposaient les mains et à ceux qu'ils plaçaient à la tête des métropoles, et à ceux auxquels étaient confiées des églises particulières. Les évêques ont donc reçu leur pouvoir des apôtres f ils appellent les grâces du Saint-Esprit sur ceux qu'ils consacrent au sacerdoce.

Le sacrement de Tordre est, non-seulement reçu par les prêtres, mais encore par ceux qui entrent dans lea ordres sacrés.

— Les lecteurs, les portiers^?

— ^Non, non chère amie, vous confondez ; les jeunes lévites dont vous parlez, forment, avec d'autres encore, les ordres mineurs: ils ne sont pas engagés au sacerdoce.

Avant la prêtrise, ouest admis au sous-diaconat, ensuite au diaconat. Le sous-diacre est engagé vis»à-vis de Dieu , à plus fœrte raison, le diacre ; le sous-diaconat n'est considéré comme ordre sacré que dans l'Eglise d'Occident, et depuis Urbain II, à la fin du onzième siècle.

Ainsi Tordre comprend le diaconat, la prêtrise [et Tépisoopat.

Le sous-diacre est consacré à Dieu, il fait vœu de chasteté, lit les épttres, assiste les prêtres à T autel, et touche les vases sacrés; le diacre lit T Évangile, rompt le pain de la

DEtJXIÈME PARTIE. — DIXIÈME SOIRËE. 271

parole, baptise solennellement» yisite les malades, distribuait les aumônes dans la primitive Eglise. Il est inutile de vous re« dire les fonctions du prêtre et celles des évèques.

— Oui, maisi quels sont les ordres mineurs ?

— L'Eglise prépare, de longue main, ses ministres ausa-^ cerdoee ; elle les instruit et les éprouVe» et jamais elle ne les instruira trop, el jamais elle ne les éprouvera trop.

Un jeune homme se présente à elle ; il veut s'enrôler dans sa sainte milice ;n*allez pas croire que tout d'un coup elle l'admette, oh non I elle est bien trop sage pour cela I

Elle commence par lui imposer une première épreuve ; elle le revêt de son habit, elle le sépare du reste des hommes, il va appartenir au troupeau sacré ; ce sera la tonsure que ce jeune ordinand recevra d'abord : ses cheveux tombent sous les ci* seaux* Aujourd'hui cette cérémonie est bien moins imposante qu au temps où couper les cheveux était un acte d'une gravité telle que vous savez comment au début de notre bistoire une mère préférait pour ses fils le poignard aux ciseaux. Le tonsuré reçoit le surplis, emblème d'innocence et de pureté.

Après la tonsure, viennent les ordres mineurs; à cette heure ils ont peu d'importance relative. Il n'en était pas de même, alors qu'ils prirent naissance, lors des persécutions de TEglise primitive. Ces ordres sont au nombre de quatre :

1** Le portier, qui reçoitles clefs de l'église, doit en ouvrir et fermer les portes, veiller à sa propreté et à sa décence.

2* Le lecteur, auquel est remis le livre des Ecritures, dont il devait donner lecture aux fidèles.

3"* L'exorciste. Dans la primitive Eglise, ils étaient établis pour chasser les démons du corps des possédés.

4^ L'acolyte. Autrefois leurs fonctions étaient importantes ; ils suivaient les évêques dans leurs voyages, portaient la sainte ËQcharistie aux malades et aux captifs. Aujourd'hui ils accompagnent le prêtre à Tautel; ils portent les flambeaux et le cierge allumé; ils présentent le vin et Teau.

— Pourquoi publie-t-on les bancs du sous-diacre comme des bancs de mariage?

171 CAUSERIES DU SOI(l.

— A vrai dire, chère amie, il y a là un mariage. Ce jeune homme, qui, après des épreuves répétées, va déclajrer deTant Dieu et les hommes que, renonçant à la vie ordinaire, il se consacre pour toujours au ministère des autels ; qu'après avoir réfléchi longuement, après avoir consulté son cœur, il s'engage à une chasteté perpétuelle, ne cohtracle-t-il pas une alliance tout aussi sérieuse, plus solennelle encore que celui qui se dispose à prendre telle jeune fille pour compagne de sa vie?

Ce jeune clerc donne à tous avis de sa resolution ; si, par hasard, il avait déjà pris un engagement, sMl avait donné sa foi, sll n*était plus libre en un mot, il ne pourrait être admis aux ordres sacrés ; s'il avait quelque empêchement personnel, car TEglise en reconnaît, les fidèles devraient alors prévem'r l'évêque que les vœux de ce jeune homme ne peuvent être re> çus. Vous le voyez, l'Eglise est précautionneuse, elle n'admet pas ses ministres sans examen.

• — Pourquoi ce vœu de chasteté î je vous fais cette question bien bas.

— Pourquoi si bas? je vous assure que non-seulement on Ta faite bien haut, mais que, de nos jours, U ne manque pas d'hommes qui la résolvent tout autrement que l'Eglise. Ceci est simple ; et quand le sensualisme est érigé en loi suprême de Thumanité, le célibat du prêtre doit être attaqué.

Si nous avons bien examiné les devoirs imposés au prêtre, si nous nous sommes rendus compte de sa mission, nous avons dû, dès l'abord, remarquer que tout, dans cette mission, se résout en dévouement, et suppose une volonté formelle du sacrifice de la personnalité. Le prêtre à toutes les heures du jour, à toutes les heures de la nuit, appartient à son troupeau, jamais à lui ; Thomme de la prière, Fhomme de la consolation^ Fhomme de l'instruction, l'homme de l'aumône, Thomme de l'étude, peut-il être Thomme de la famille? Quelles heures, je vous le demande, donnera-t-il à sa femme, lui qui a toutes les femmes du hameau, de la paroisse, de la ville, à consoler, à encourager, à conforter, à arracher à tant de choses ?

Page 1