‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 136 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — OI^ÈliE SOIRÉE. f · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — OI^ÈliE SOIRÉE. f

Vous croyez peut-être*, ami, que dans les quinze jours qui précédèrent cette cérénaonie on me prépara à ma vie nouvelle? Point du tout; j'essayai des robes, dés fichus, des bonnets, je coarus de magasin en magasin, de foiirnisseurs en fournisseurs ; enfin je n'entendis plus parler que de Irousseali, de corbeille, de dentelles, de bijoux; je ne voyais M. de Mornac qu'entre deux écrins.

Deux jours auparavant, cependant, ma mèt*e îne conseilla d'aller à confesse et d'être peu de temps, car la couturière viendrait.

J'allai donc trouver... qui?... un prêtre?... Oui, sans doute, un prêtre, notre confesseur de pension ; je ne Pavais pas vu depuis bien longtemps ; je crois qu'il me prit pour une pensionnaire; je me confessai eh toute hâte, la couturière aittendait; il me donna l'absolution. Et voilà, mon ami, avec quelle préparation religieuse, avec quelle instruction on m'a mariée, il y a aujourd'hui douze ans.

Ce récit voiis attriste profondément, mon vieil amî; j'ai eu tort de vous rappeler ces détails. Dites-vous donc que me voilà sur Ift voie du bonheur ; depuis douze ans je n'ai jamais vu revenir ce jour avec autant de calme'. Je sais que désormais,' j'ai en vous un guide aussi sûr qu'éclairé; j'ai autour de moi une famille adoplive : que puis-je craindre ? Je suis préparée à tout ; revenez à vous et ne pensez plus à un mal irréparable. J'ai tout pardonné, je supporterai tout; j'arriverai à dompter ces mouvements de regret qui s'élèvent au fond de mon cœur ; mais ne me forcez pas à dire que le mariage soit une bonne chose*

— Est-il une institution, quelque sagement combinée qu'elle soit, quelque sainte qu'elle soit, qui ne donne pas lieu à des abus quand les hommes l'appliquent, quand leurs passions ont intérêt à la fausser ? 11 en est du mariage comme de toute chose : on en abuse ; et on en abuse jusqu'à le défigurer, jusqu'à le rendre tellement méconnaissable, que d'une admirable conception, que d'un grand sacrement, que d'une œuvre sérieuse de Dieu, on fait une chose mercantile

CAUSERIES BC SCMR.

fit irénak, une chose de plaisir, une chose de Tanitét une chose de mode, une affaire de notaire, une affaire d'argent.

Ces réfleiions, chère amie, seraient plus que suffisantes pour me jeter dans une mélancolie profonde, car je ne puis tous dire à quel point je souffre en voyant ces abus qui amènent de si grands malheurs privés, de si grandes calamités publiques.

Et ici la victime est devant moi, la yictime est ma fille adoptive ! J*eusse pu la sauver, Tarracber à ce courant qui Ta emportée comme les autres vers ces rivages arides qu'elle ne devait pas connaître!...

M. de KerkoS retomba dans un sombre silence que les questions de Constance ne parvenaient pas à rompre : évidemment il élait en proie a une très-douloureuse pensée. Enfin, s'étant assis sur un arbre que la tempête avait déraciné, il rompit ce silence.

— Oui, on vous a mariée comme tant d'autres ; comme presque toutes les jeunes fiUes ; comme on se marie dans le monde ; enfin, comme on trouvera singulier que je ne marie pas Louise. On a tiré à la loterie du mariage: vous aves eu no billet perdant, c*est un malheur ; n'est-ce pas cela %

Vous avez des enfonts, une fille; elle sera peut-être appelée à se marier aussi : il faut que je vous dise donc une bonne fois ce que c'est que le mariage chrétien, ce que c'est qœ le mariage comme Dieu Ta compris.

Nous avons vu ce qu'était devenu le monde ancien devant Toubli des saintes lois du mariage. Vous avez olnervé quel rôle la volupté et le despotisme avaient assigné à la femme, ce qu'ils avaient iait d'elle; votre dignité et voire pndemr se sont également révdiées. Je ne reviendrai pas à ce hideux tableau, je ne yous rappelle ces douloureuses impressions que poor arriver à cette conclusion : l'homme livré à lui-mênœ chîmge peu ; ses passions se modifient seulement, elles ne disptra»sent pas. Si je me permettais de rapprocher votre histoire de celle du genre humain, je retrouverais en elle un mythe de tout ce que nous avons vu ; je vous livre cette triste réflezioa, et je fois loin d'elle, car elle m'arrêterait pour hm^ilemps.

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