‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 137 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE.— ONZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— ONZIÈME SOIRÉE

— Non, je vous arrête; que voulez-vous dire î

— Rien, chère enfant, qui puisse vous blesser. Dieu m'en garde! mais je ne voudrais pas'toucber une plaie vive, saignante encore.

— Parlez, je vous en conjure, je ne vous comprends pas.

— Eh bien. Constance, n'avez-vous pas été vendue par votre beau-père? n'avez- vous pas été achetée par votre mari? NVt-on pas prétendu user de vous?...

— Oh ! arrêtez, je ne vous comprends que trop; merci!... Oui, vous avez raison, bien trop raison.

— Dieu n'a point fait la femme pour la volupté ; il ne Ta pas faite pour être vendue et achetée comme un animal ; il ne Ta pas faite pour être la bêle de soimne de Fbomme ; il ne Ta pas faite pour lui apporter une dot ; il ne Ta pas faite pour être la mère de ses petits. Les desseins de Dieu étaient plus purs, plus grands, plus nobles; il a destiné à l'homme, créé à son image et ressemblance, une compagne sortie de sa propre chair, moitié de lui-même, digne de son amour I... Heureux Fun de Tautre, dans leur simplicité, dans leur innocence, ils bénissaient leur Créateur ; le mal commença, vous le savez, pour eux, le jour où ils transgressèrent la loi. De ce moment ne semble-t-il pas que l'homme soit obligé nonseulement de soutfrir, mais encore d'aggraver la peine prononcée contre la femme ? Et quelle raison assigner à son long servase, sinon celle-là ? Quand cessera-t-il? au Calvaire seulement, alors que la fille d'Eve sera réhabilitée par le titre aug:uste de mère du Fils de Dieu.

De Marie date la réintégration de la femme dans toute sa dignité, comme d'elle date la réintégration de la femme dans toute sa pureté.

Je suis forcé, chère amie, de revenir à cette idée que j'ai déjà exprimée plus d'une fois devant vous.

— Je ne vous le reproche certes pas.

— Dieu, il faut en convenir, n'a point eu en vue, dans la Jég-îslatîon évangélique, le plaisir comme fin de l'homme, il faut accepter cette vérité qui découle de tous les points de la

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loi. A cet être réhabilité, réinlégrc dans ses droits d'héritier du ciel, mais roi exhérédé de la terre, quelle route a été tracée? une route large, facile, diaprée de fleurs? non, non! une route étroite, épineuse, pénible : la route de rexpiatioD, de la pénitence, de la sanctification.

— Je ne le sais que trop.

— Eh bien, sur cette route trouTCz-vous place pour la volupté?... non, mais il y a eu place pour le mariage. Celte route n'est point celle d'un être isolé, elle est celle de Thumasité tout entière, Thumanité se perpétue.

Comment se perpétue-t-elle Thumanité, sinon par la &mille, mais la volupté et la famille sont incompatibles. Sous le règne du plaisir, il y *a un homme, des femmes, des enfants, mais pas de famille ; à la famille il faut une atmosphère pure, des soins maternels, de la dignité, du dévouement, du sacrifice, et où tout cela devant le plaisir?

A la famille : le mariage pour base, c'est-à-dire Tunion légitime et indissoluble de Thomme et de la femme, telle est la loi de Dieu. Un père, une mère, des enfants, voilà une société complète, elle aura d'autres lois encore que cette loi de Tunité et de Tindissolubilité du mariage.

La femme sera la compagne de Thomme, Faidant à supporter le fardeau de la vie ; elle aura droit à son amour; et à quel amour ! à celui de Jésus-Christ pour son Eglise, à cet amour qui le mena au Golgotha. Elle sera soumise ; mais comme la soumission devient facile quand l'amour commande! Compagne de l'homme, placée sur le même rang que lui, la voilà rendue à sa dignité; le fardeau qu'elle portera avec lui, ce sera celui de la vie, ses peines, ses douleurs, ses labeurs ; mais aussi elle partagera ses joies, ses courts plaisirs; ils auront ud cœur à deux, elle n'aura plus à rougir d'elle-même ; sa sublime pudeur trouvera dans les relations qui lui sont préparées toutes les garanties dues à sa délicatesse. A quoi est-elle conviée, sinon à être mère, c*est-à-dire à la dignité la plus élevée à laquelle elle puisse prétendre parmi les hommes ?

Mais ces conditions du mariage en supposent d'autres : à une

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