PREMIÈRE PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE
Oa je me trompe fort, ou il resle démontré que^ par sa chute rhommea perdu son bonheur abiolu^ son bonheur primitifs son bonheur parfait.
Il s'est éloigné de Dieu, et il s^est par conséquent éloigné du bonheur, car Dieu, le bonheur, ce sont mêmes choses, suivant Bossuet, et tous ne comprendrez bien. Constance, que si vous ayez la bonté de vous rappeler que Dieu est pour F homme, comme en luUmême, FEtre parfeit, la perfection, en un mot. Ainsi ce n^est qu'en se rapprochant le plus possible de Dieu qu'il retrouvera une partie de ce bonheur ici-bas un jour, après cette vie, son bonheur tout-entier. Car à peine le grand crime venait-il d'être commis, à peine la terrible sentence avait-elle été. portée, que, dans son ineffable miséricorde, la suprême Bcuité promettait à Thomnic un Rédempteur, c'està-dure un moyen de reconquérir ce qu'il avait perdu.
Ainsi rhomme retrouvera un jour le bonheur absolu^ il possédera Dieu, non sur cette terre, mais après qu'il aura* subi sa vie de douleurs, en se résignant, en se conformant à h loi de son Dieu. Au ciel il connaîtra, il aimera ,- il connais tra, plus de secrets pour son esprit ; il aimeraf plus de mystères pour son cœur, plus de bornes à Texercice de ses facultés.
Je vous fatigue avec mes grands mots?
— Oh non, mon ami, vous ne me fatiguez pas, ce n*est pas cela; j'ai un bonheur extrême à entendre ces belles paroles ^de Bossuet. J'éprouve je ne sais quoi que je ne connaissais plus. Quoi ! on peut avoir ignoré à ce point des choses si grandes ?
Je n'avais jamais fait, à vous dire le vrai, une bien sérieuse attention aux conséquences de la chute d'Adam. J'airais, je crois, vu là une simple désobéissance, et voilà tout. C'est vrai, pourtant : la seule loi qu'il ait reçue il l'a transgressée, la seule défense que Dieu lui ait imposée il l'a méprisée. Mais si j'arrive à concevoir, que, pauvres enfants proscrits que nous sommes, nous pourrons arriver un jour au ciel (et je vous avoue que je ne comprends pas comment), et par conséquent y retrouver le bonheur parfait^ je ne vois
pas dnjtout comment nous pouvons jouir d'un peu de bonhenr sur cette terre, et tous savez que je ne suis pas encore anrivée à m'en passer. Est-ce que demain vous me direz cela?
— Oui.
— Eh bien, rentrons; je suis un peu iatiguée et j*ai grand besoin d'embrasser ma fille, ma fille qui ne sera pas plus heureuse que moi.
TROISIEME SOIREE
— Nous voilà seuls, ils sont partis vos visiteurs, vite à notre allée sombre, là-bas, sous ces grands châtaigniers ; leur belle verdure m'enchante, il fait si frais sous celte voûte de feuillage. J'aime ce long lointain de fois à autre se laissant apercevoir à travers leurs troncs blanchis par la mousse ; j'aime cette grande prairie s'étendant à leurs pieds, ces beaux animaux vivant là si paisibles. Hier le bruit me manquait à mon réveil, et voilà qu'aujourd'hui je commence à trouver que rien ne vaut ce silence. L'âme n'est point distraite ici; elle peut se livrer à toutes ses pensées, je vous assure que je pense beaucoup depuis trois jours.
Il y a bien des charmes cachés et inattendus dans ces longues rêveries, sous un beau ciel et devant une si belle nature. Je ne sais, mais il me semble que la paix de votre paysage sert à merveille à calmer les douleurs du coeur, les fougues de l'esprit. Je n'ai jamais éprouvé rien de semblable à ce qui se passe en moi. Qn est si bon ici pour moi. .. Mais causons, le temps passe.
Hier vous m'avez fait voir les suites funestes de la chute de l'homme et je comprends notre position actuelle yis-à-vis de Dieu ; je comprends qu'un jour Dieu nous rappellera au