‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 141 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE

DOUZIÈME SOIREE

Eh bien, Constance, \ite vos trois griefs!... j*ai hâte d*en finir avec le mariage.

— Ecoutez-moi, et daignez me répondre.

Je Tavoue tout d'abord, le mariage chrétien a singulièrement améh'oré la situation de la femme; nulle croyance, nulle religion ne Tavait placée dân& un milieu semblable; elle a à remercier, à bénir; mais une question reste, et je la pose : la femme n'aurait -elle pas pu prétendre à un- bonheur plus parfait que celui mis à son usage dans le mariage ?

Elle est soumise, et pourquoi ?. . .

Elle Test à toujours!...

L'amour de Fhomme que vous lui promettez comme sauvegarde est bien froid! il peut s'envoler; que lui reste-t-il?

Remarquez, mon vieil ami, combien sont dures, sont pénibles les conséquences de la soumission, quand Tamour ne conire>balance pas le commandement, quand il n'invite plus à Tobéissance.

— Que vous dire?... eh! mon Dieu! rien de neuf, car tout a été dit sur la soumission. Cherchons-en la cause, et pour cela revenons à cette si triste destinée de la femme.

L*bomme peut-il échapper à la mort ?

— Non.

— La femme enfante- t-elle sans douleur ?

— Non; mais pourquoi celte question?

— La sentence du grand juge, lors de la grande faute, s'exécute donc encore; l'homme meurt, le serpent rampe, la femme enfante dans la douleur.

Pouvez -vous rendre l'immortalité à l'homme?

— Non.

— Pouvez- TOUS enlever la douleur de renfantement?

— Non.

— • Vous ne pouvez donc rien contre cette terrible sentence, ^humanité, depuis Adam , tourne dans un cercle immense ; elle se cabre contre la douleur ; elle combat la mort : la mort se rit de cet esclave-roi qui secoue en vain sa chaîne , qui calcule les mondes, qui dompte les animaux, qui soumet les éléments, qui commande à tout ce qui respire, et qui ne peut éloigner ni une douleur ni le bras de la mort. L'arrêt pèse sur nous, il pèsera jusqu'à la fin. Eh bien, Constance, que porte- t-il? que dit Jéhovah?...

Il dit aussi à la femme : « Je multiplierai tes calamités et tes enfantements; tu enfanteras dans la douleur, tu seras sous la puissance de ton mari, il te dominera. »

Paroles terribles.... claires, précises, suivies d*un effet non interrompu. Ainsi la douleur n'a pas cessé d'être compagne de la joie de l'enfantement : « Je multiplierai tes calamités. )> Ainsi, point de bonheur pour toi sans mélange ; si tu as la gloire de donner un homme au monde, l'ineffable plaisir d'entendre la voix de ton enfant, tu l'achèteras par d'atroces souffrances; ainsi, si tu as le bonheur et la gloire d'être épouse, <( tu seras soumise à ton mari, il te dominera ; » car il est dît : « Je multiplierai tes calamités. i>

Vous ne pouvez rien contre la sentence quand elle prononce la mort, la douleur ; pouvez-vous plus quand die prononce la soumission ?... Chère amie , j'en doute : les lois de Dieu sont éternelles ; l'homme peut les enfreindre; les détruire? jamais.

Que s'est-il passé du jour delà sentence au jour du Calvairje? quel a été le sort de la femme dans le monde ? l'histoire nous l'a dit. La femme n'a pas été seulement dominée^ elle a été tyrannisée. Sa dignité n'a pas été moins foulée aux pieds que sa pudeur; la puissance du mari n'a eu de bornes que celles du despotisme le plus égoïste, le plus brutal.

Mais le christianisme n'a pas encore brillé partout , et là

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