DEUXIÈME PARTIE.— DOUZIÈME SOIRÉE
o^ sa vi^e lumière n^éclaire point les relations de Phomme et die la femme, quel est le sort de celle-ci? faut-il vous le redire?
Au harem de FOrîent, pour quoi corapte-t-elle? quel est son sort quand Tamour somnolent de son maître est satisfait ? cliez le sauvage qui porte le poids du jour?. . . Où sur le globe, je TOUS le demande, n'est-elle pas soumise à la puissance de riiomrae?
L'arrêt s'exécute, Constance, et les plaintes du sexe coupable ne changeront rien à sa teneur ; l'homme meurt , la femme sera dominée.
Le christianisme, qui adoucit tout, a donné ses lois pour règle à cette domination.
— Oui, sans doute, mais il ne Ta pas détruite; il a fait faire it n progrès, qui , il faut l'espérer , n'est pas le dernier.
— Oh ! quelles paroles, Contance ! vous progressez aussi !
— Non, cher ami, je discute et veux m'éclairer.
— La chose est facile. L'objection que vous faites n'est pas 4e vous : elle a été posée de vieille date, et répétée bien souvent depuis quelque temps ; essayons de la résoudre.
Les relations de l'homme et de la femme ne cesseront pas ;
si on repousse les essais de Tantiquité et le mariage chrétien ,
gue mettra- t-on à leur place? Le fouriérisme ? la liberté du
phalanstère? cet ensemble de combinaisons dont les appel -
\ allons font monter le rouge au visage ?
Non, certes 1 vous m'avez déjà dit que vous ne vouliez pas de ces joies de mauvais goût.
Le communisme et son laisser-aller? Pour donner au mariage toute liberté , on retranche et la famille et les enfants, poisqu'à peine nés, ils appartiennent à l'Etat?
— Vous ne savez que trop déjà combien je repousse ces horreurs, pourquoi y revenir?
— Si vous ne voulez pas du mariage chrétien, il faut bien "voir ce que Ton se propose de lui substituer; ce n'est pas ma ftute à moi si le sensualisme, dans sa révolte contre Dieu et son arrêt irréfragable, se débat infructueusement entre mille sottises.
Que Toulez-vous donc? le rnariagç libre? l'utopie de George Sand, de D. Stern, de Sue ? Soit.
Repassons notre littérature jaune ^ et voyons ce que nos écrivains du troisième sexe ont inventé ; cela vous plaît-il?
De bonne foi, est-cedansla licence que tous comptez trouver la liberté? Est-ce dans Pulchérie que vous retrouverez le bonheur? dans Juliette? dans Martiie? ddiûs V Advienne de Cardoville du Juif Errant ?
— Ne prononcez pas ces noms, qui rappellent des livres infâmes et des doctrines horribles ; je vous ai répondu à cela vingt fois : Non, non, non !...
— Que désirez-vous donc? car après le mariage libre il ne reste plus rien.
— Je voudrais que la femme ne fût pas soumise d*une manière si absolue, si avilissante à Thomme.
— Après tout ce que nous avons dit , je ne comprends plus ce que vous désirez. Je vous ai donné à choisir entre une foule de modes d'union, que vous repoussez; je ne puis en inventer.
Vous ne voulez pas d'Aspasie, vous ne voulez pas de la papillonne, vous ne voulez pas de la promiscuité , vous ne voulez pas de Juliette ni à^ Advienne : que voulez-vous, encore une fois?
En tant que personne politique, que demandez-vous? plus que la couronne d'Angleterre ? Etes^- vous jalouse de la gloire que l'homme conquiert à la guerre ? vous êtes peu organisée pour les combats. Enviez-voùs la palme littéraire? les basbleus ne manquent pas, et, en vérité, jenecomprends pas comment les fauteuils de T Académie ne vous sont pas offerts: vous y avez autant de droit que bien des porte-barbes. Votre éloquence demande la tribune, soit : vous avez eu les clubs, et la manière dont vous y débutiez promettait.
Et-ce assez? est-ce cela? mais, chère amie, ce n'est pas le christianisme qui vous défend ces gloires, il a ses héroïnes comme ses héros : les écrits de sainte Thérèse en valent bien d'autres.