‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 144 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE

dire, oublié leurs noms. Soyez tranquille. Constance, sur le sort de ces enfants-là; il finira par se trouver de saintes fillels qui les adopteront, comme elles ont pris soin de ceux que le vice expose encore.

Remarquez le travail qui se fait de nos jours : le sensualisme païen renaît dans tes mœurs^ cela est vrai ; on épouse une femme pour payer des dettes, comme faisaient les Romains : on voudrait bien la renvoyer ensuite, et de conséquence en conséquence, les esprits inventifs arrivent à bannir le mariage et la famille.

— Mais que faire quand on est trompée ?

—Ce que vous faites si noblement, Constance : souffrir en secret, pardonner et se sanctifier.

Vous avez encore un grief? Celui-ci ce me semble : Tamour que promet le mariage chrétien est bien froid.

N'est-ce pas cela ? Puis, cel amour peut s'envoler.

Je n*ai point, vous en conviendrez confondu deux choses aussi distinctes que Tamour selon le roman et Tamour suivant l'Evangile.

L'amour du roman, c'est le feu qui brûle, c'est Tenthousîasme qui ravit, c'est l'idéal du cœur.

Est-ce l'amour de l'Evangile?... Ce feu qui brûle s'éteint, cet enthousiasme disparaît, cet idéal s'envole ; ce n'est pas cela,. car l'amour de l'Evangile doit résister au temps.

Que si vous prétendez que ce premier amour doit être essentiellement la cause du mariage, oh ! alors, j'ai centfois tort, vous avez cent fois raison ; le flambeau de l'hymen doit se rallumer chaque fois que, ce beau feu s'étant éteint, un autre le remplace, car il peut et doit se rallumer, ce feu; ca^r le caractère essentiel de cet amour, c'est l'inconstance. Dès lors, pourquoi l'indissolubilité du mariage? dès tors, pourquoi sa fixité? dès lors, pourquoi la sbumision? dès lors, pourquoi Ja foi jurée?... Mais, aussi, rien de mieux que le phalanstère, que la papillonne, que. . .

— Taisez-vous.

-— Si cet amour-là est ce que vous considérez, encore une

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fois, comme essentiel au bonheur de la femme, le mariage chrétien ne la rendra pas heureuse.

Ce n^esl pas ainsi que Dieu a entendu les choses. A ses yeux, le mariage est un remède contre la concupiscence, et non la concupiscence; il a voulu contenir et non exciter.

Il donne àl^homme une compagne, il unit les âmes, toat autant qu il prépare la famille.

Il commande Tamour à l'homme ; mais un amour durable, et non un feu qui s^éteint; un amour raisonnable, mais non un enthousiasme qui passe. L'Eglise considère toute la yie : aussi exige-t-elle des époux bien plus que ces élans du cœur que la possession détruit en général; elle désire qu'ils aient Yxm pour l'autre les sentiments qui engendrent le Téritableaniour ; viriiable, car il est durable l'amour qui résiste à la satisfaction des sens, à la perte de la beauté; qui naît des charmes de Tesprit et des qualités du cœur bien plus que des grâces du corps.

Sentiment faible parfois, au début, et qui se développe par e temps, qui se fortifie par Fusage; sentiment profond que tous les dévouements accroissent,que tous les devoirs grandissent; qui arrive à n*avoir point de nom, et que la langue si riche et si belle du christianisme, n'a pu désigner qu*en le comparant à celui du divin époux pour la céleste épouse; et le diraije encore? amour qui n'a ni fin ni bornes, amour qui fail de répoux une victime offerte en croix pour l'épouse.

Oh 1 parlez-moi de votre amour devant celui-là !... apportez en garantie à la femme Tamour qui s'enfait alors que la première ride parait, Tamour qui meurt par la satiété, amour brûlant peut-être, mais éphémère. L'amour du Christ!... voilà le modèle offert à Thomme, c'est-à-dire Famoar sans ^al, r amour pur, sans tache I Tamour d*un Dieu !...

N'allez pas croire que TEglise repousse la sympathie des cœurs ; oh ! non ; certes! elle voit commencer ainsi sans craînU ces unions que la vertu a préparées, qu'elle dirigera, qu'elk cimentera.

La femme à laqudle cet amour ne suffit pas , la fenmv^

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à laquelle la soumission et les devoirs du mariage font peur n'est pas appdée.au mariage; à celle-là l'Église ofire autre chose, car elle sait répondre à toutes les dispositions de rame; la vierge chrétienne a une place admirable dans la société chrétienne; exempte des douleurs de la maternité, exceptée de la sentence, elle rend une mère aux orphelin ; elle est la joie du ciel et la joie de ses proches ; elle exerce dans la maison paternelle le sacerdoce de la chasteté : c'est une victime qui s'immole chaque jour pour sa mère. Ne semble-t-il pas que la vierge chrétienne ramène la femme à son état primitif, à TEve immaculée ? Pour elle, le terrible anathème de la soumission n'existe pas ; elle reste dans la plénitude de sa liberté, personne ne la dominera.

Ainsi, Constance, deux routes s'ouvrent devant la femme ; qu'elle choisisse : ou la virginité avec tous les mérites que Dieu et les hommes y ont attachés, avec les privilèges qu'elle donne, et entre autres celui de l'indépendance j ou le mariage, mais avec ses graves devoirs, avec son dévouement, avec sa soumission ; la maternité avec ses douleucs, avec ses joies, avec ses mille chagrins. A l'un et à l'autre ^e ces états, les dangers et les grâces de l'état même.

Quoi I l'une ou l'autre de ces deux manières d'être ne suffirait pas à la femme ? Quoi ! elle ne peut être ni une vierge chaste ni une épouse pure ? Quoi ! il lui faut je ne sais quels amours) Qui a osé tenir ce langage ? qui a donc osé calomnier ainsi Ja femme ?

La femme I mais la chasteté est son lot et sa parure. Toutes les nations, tout en se vautrant dans la fange de la débauche, ont respecté, honoré, divinisé la virginité ; les faisceaux de la république se baissaient devant les vestales; Minerve était vierge comme Diane ; l'Amitié est vierge comme les Muses ! . . . le monde attend son salut d'une vierge I... f La femme 1... mais quand elle oublie les saintes lois de la chasteté, voyez ce qu'elle devient ; elle se glisse dans les couloirsdu Cirque, elle y provoque, oubliant ses aïeux cgnsulaires, les gladiateurs couverts de sang ; elle court aux mystères de la

bonne déesse, on elle se précipite du rocher de Leucate. Beconnaissez-YOUS la femme. Constance, dans cette lionne furieuse? non, non, pas plus que dans Tidéal de nos écrivains du iroisiifne sexe.

Résumons-nous, chère amie. Ne rendons pas le mariage chrétien responsable des conséquences du mariage du inonde, ne portons pas au compte de Dieu ce qui appartient au nôtre. Si Tune des conditions du mariage est la soumission, observons que cette loi est aussi vieille que Thumanité. Remarquons encore qu^elle n* atteint que l'épouse^ et non la femme en général; remarquons aussi que si, durant toute l'antiquité, la femme a gémi, courbée sous le despotisme le plus odieux, le christianisme a établi pour contre-poids de sa soumission, arrêt irréfragable quUl ne pouvait changer, l'amour du mari, imposé à celui-ci, comme devoir absolu, amour dont ce mari est responsable devant Dieu ; c'est-à-dire que le christianisme a laissé, parce que encore une fois il ne pouvait pas faire autrement, la soumission, mais qu'il lui a enlevé toute sa pesanteur, en réglant comme il l'a fait les devoirs de l'homme. Observons encore que, se rendant parfaitement compte de tous les obstacles que les époux rencontreraient à leur sanctification, il a élevé le mariage à la dignité de sacrement. Pouvaitil plus? je rignore ; a-^t-il assez fait? je le crois.

Observons encore que la famille ayant été pour VEglise un but et un but positif, elle a dû admettre F indissolubilité, et dès lors se placer fort en dehors des opinions de vos novations.

Âi-je ainsi répondu à vos griefs ?

— Oui, sans doute, car je suis obligée d'en convenir, je ne peux rien mettre à la place de ce qui est ; mais je n'en trouve pas moins la position de la femme dure.

— Souvenez- vous de Tarrèt vengeur de la première faute.

Que rhomme se plaigne donc aussi de la mort; plaignezvous donc aussi de la douleur de l'enfantement. D. Stem qui a prévu l'objection, y répond vite en déclarant que ceuxlà qui ad^nettent Fexpiation doivent aussi admettre la soumission, et D. Stern est dans le vrai; car cette domination est une

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