‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 145 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE

peine, une expiation. Vous ne niez pas la cause , niez-vous retfet?

—Ehl mon Dieu, je ne le puis. Mais être soumise à qui?... à un être dégradé qui fait de vous un marchepied ! Oh honte I

— Ici, chère amie, commence cette somme de maux, conséquences nécessaires de la vie à deux et de l'oubli des lois saiiiies, maux pour lesquels le christianisme n*a d'autres remèdes que ceux que vous connaissez et que vous employez avec une foi et une constance admirables. La vie, vous le savez, n^est que le chemin qui conduit à la vraie patrie; toutes les douleurs ne sont que les épreuves qui préparent à la gloire. . . , votre patience sera votre couronne.

La soumission que FEglise impose à la femme n'est point d'une nature avilissante ; où commence la honte, là cesse robéissance ; où commence Foppression, là cesse le devoir. Si la femme concède des droits sur elle, elle garde la plénitude de sa liberté morale, les choses de l'âme et de l'éternité lui restent, tt Elle se donne librement, mais jamais « sans réserve ; cette réserve maintient le droit de Dieu sur « elJe, garantit l'accomplissement de son devoir principal; et (( Taccomplissement de ce devoir, c'est sa force dans ce monde « et son salut dans Vautre (1) . »

Vous aviez déjà lu ces paroles dans la Pureté ducœury et vous n'avez point oublié la réponse formelle de saint Jean Chrysostôme s'écriant : ccNe confondez pas la soumission avec l'esclavage : la femme obéit, mais reste libre, etc. (2). »

Je restreindrai tout ce que j'aurais à vous dire , chère amie, car vous avez entre les mains le livre que je vous citerais ou que je traduirais, et ce n'est pas la peine d'affaiblir le beau langage de la Pureté du ccBur.

Je repousse donc, au nom du christianisme, toute solidarité entre son mariage, et ce que le monde présente comme étant ce mariage.

(1) L'abbé Bontain, cité par M. Chassay dans la Pureté du cœur. (î) Voir la Pureté du cœur.

Je Tai dit et je le répète : le mariage tel qu'on le comprend en bien des lieux est plus près de l'institution païenne que de rinstitution chrétienne ; d'une chose sainte on a fait une chose bientôt sans nom.

Respectez commevous le faites, chère Constance, un lien sacré que vous avez accepté sans réflexion , par légèreté ; souffrez avec résignation dans le silence : Dieu, qui sait lireau fond des cœurs, lit au fond du vôtre ; il vous tiendra compte de tout, il bénira vos enfants; songez sans cesse à eux; honorez par vos vertus le nom de leur père devenu votre nom : la grâce ne vous manquera point/ Plus que tout étal, le mariage réclame les siennes, et Dieu les donne en abondance à la femme chaste et pure qui veille sur son cœur , à la mère dévouée qui élève ses enfants selon sa loi : il ne les refusera point à celle qui> dans la solitude, verse d*abondantes larmes sur ledélaissc' ment dont elle est l'objet, qui garde intact le serment prononcé devant les saints autels, tandis qu^un autre le trahit peut-être; il ne la refusera point à celle qui a supporté bien des procédés mauvais, qui a pardonné bien des fautes, et dont la plainte n*a pas dépassé le cœur.

Constance, votre coupe a été amère; qui sait, mon enfant? elle le sera peut-être jusqu*à la fin : ne la repoussez pas ; la vie est le chemin de rélernilé.

— Oh ! je le sais et je le crois.

La voix de la pauvre femme était entrecoupée de sanglots.

Un long silence s'établit. Kerkoff respectait celte douleur qui ne s'était jamais montrée qu'à Dieu et à lui. 11 sentait que cette pauvre créature, faite pour goûter toutes les joies d'une alliance selon Dieu , succombait sous le poids d'un fardeau qu'elle portait noblement. Il voyait clairement que cette femme avait voué le plus profond attachement au père de ses enfants: et de quel retour était-il payé?... Kerkoff le savait : le malin même, d'odieux détails lui avaient été révélés, et sa prudente amitié était parvenue à cacher encore une partie de la vérité à sa fille adoptive.

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