‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 16 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — TROISIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — TROISIÈME SOIRÉE

iM>Dheur ; mais je ne comprends pas très-bien comment nous nous réhabiliterons, comment nous nous relèverons de notre chute.

— N'est-ce pas en transgressant la loi de Dieu que le premier homme s'est rendu coupable?

— Oui.

— £q accomplissant cette loi il serait resté dans son ma- :gnifique état dHnnocence ?

— Oui sans doute.

— Après sa désobéissance, ses penchants se sont pervertis, sa volonté s'est pervertie aussi, il est devenu sujet au mal. Dieu a dû lui donner de nouvelles lois; mais non plus aussi simples, aussi douces que la première. Elles auront quelque chose de rude en apparence ; elles ^ront au premier aspect pémbles, et cela est naturel, car elles seront destinées à réprimer les défauls, les vices d'une nature dépravée* Eh bien, si rhomme sait accomplir ces lois-là, s'il obéit à Dieu du berceau à la tombe, il lui sera pardonné ; non pas qu'il ait racheté son péché, il ne le peut par lui-même, car il est immense ce péché, mais Dieu lui viendra en aide. Il lui a promis un Rédempteur, il le lui donnera, et par les mérites de ce Rédempteur, en vertu de cette rédemption, s'il ne s'est pas rendu rebelle encore, il sera reçu à merci, Thomme; que dis-je, reçu àmerciîilsera récompensé et remis en jouissance du bien par excellence, de Dieu : t7 connaîtra parfaitement^ il aimera parfaitement/

Vous le voyez,* nous ne solderons point nous-mêmes la dette contractée avant notre naissance. Un Rédempteur nous est donné, qui payera pour nous; mais nous, nous unissant autant que nous le pouvons à lui, suivant les lois de Dieu, nons aurons alors le seul mérite que nous puissions avoir, le mérite d*étre obéissants.

Comprenez*vous, maintenant ?

— Oui.

— On vous a bien dit dans votre enfance, et vous vous en souYenez, que le péché de Thomme étant dirigé contre Dieu,

c est-à-dire contre rinfiDÎ, ne pouvait être expié par ce fini, f homme f et on tous a appris aussi que la seconde personne delà sainte Trinité, dans son infinie bonté, s* était proposée pour être non-seulement médiatrice entre Dieu et Phomme, mais encore pour être victime d'expiation; qu'elle s'était incarnée au sein de Marie, se faisant homme, l'Homme-Dieu que les Juifs ont crucifié et qui avait pris le nom de Jésus.

— Oui certainement je me souviens de ces enseignements, je crois à ces grandes vérités et je comprends qu'ainsi s*est opérée la réhabilitatioft de l'homme. Mais, vous le dirai-je, mon ami, j'avais toujours voulu croire qu'il y avait un moyen d'être heureux sur cette terre, ce n'était pas le bonheur à venir, le bonheur de l'autre monde que je cherchais, mais le bonheur de ce monde. Vous me faites donc, sans vous en douter, un mal affreux, car vous m'arrachez une dernière illusion. Oh! je n'ai donc plus rien à attendre en cette vie! Et cette vie, elle sera longue Oh ! comme vous me regardez!... Comme vous êtes froid, vous ! Vous rie souffrez pas comme moi ; puis, je trouve qu'il est bien plus facile de prendre son parti quand on est près du port que lorsqu'on en est éjoigné. Vous souriez ! .... Eh bien ! oui, je crois au bonheur, je voudrais être heureuse dans ce monde!.... Vous dirai-je tout? Je me figurais qu'il ne s'agissait que d'être chrétien pour arriver au bonheur, vos prédicateurs le disent tant !.... Alors je me suis senti un besoin immense d'être bien chrétienne et je suis venue à vous.

— Vous avez plus raison que vous ne le pensez ; oui, le vrai chrétien est heureux, et dès ce monde.

— El pourquoi donc n'êtes-vous pas heureux, vous?

— Probablement parce que je ne suis pas assez chrétien, ma pauvre enfant. Le vrai chrétien goûte le seul bonheur|po5sibUy au moins je le croîs et je le démontrerai. Je me place, je lésais, droit à l'encontre de toutes les idées reçues dans le monde, et cependant je ne joue ni au sophisme nr au paradoxe ; je vous expose ma pensée, une conviction profonde acquise «par la réflexion et l'expérience. Il est vrai que rien

Page 1