‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 150 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — PREMIÈRE SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — PREMIÈRE SOIRÉE

tiel est de suitre Hotre Toie. Eh bien, celle de mon fils, c'est

la guerre.

Vous prierez avec nous, Constance, car il a besoin que nous implorions tous pour lui le Dieu dies armées.

M. de Kerkofif tira alors un petit livre de sa poche, et Constance Vimita.

Ce voyage se termina, les cimes des Pyrénées apparurent dans leur imposante majesté.

Constance devait prendre les Eaux-Bonnes; il avait été convenu que M. de Kerkoff Tinstallerait, et qu'ensuite il rejoindrait Lucie.

Les choses ne s'arrangèrent pas ainsi; ce long voyage, sous un ciel brûlant, favorable à madame de Monac, qui déjà éprouvait une amélioration dans sa santé, avait compromis celle de sa fille ; souffrante en route, elle ne fut pas plus tôt arrivée aux Eaux-Bonnes, qu'une fièvre terrible se déclara. Elle prit un caractère des plus graves, et le médecin avoua à M. de Kerkofi que la maladie qui se manifestait serait fort dangereuse. En vain chercha-t-on à dissimuler la vérité à Constance, l'œil d'une mère voit tout, son cœur devine. On comprend les inquiétudes, les angoisses de celte pauvre femme auprès du lit de son enfant, qui ne la reconnaît pas, dont la vie s'échappe chaque jour, dont le sommeil n'est plus qu'un horrible délire. Qui redira les jours et les nuits de cette mère? M. de Keikoff n'a plus de paroles consolantes, il est abattu lui-même par une douleur profonde.

Un évêque logeait dans cette maison ; il apprend les tourments de madame de Monac, il se place à côté d'elle au chevet de cette petite fille, il déploie les trésors de sa charité. A sa voix, une jeune sœur du Bon-Secours accourt de loin ; elle oublie qu'elle est aux Pyrénées pour rétablir sa santé ; la voilà, et Constance la reconnaît pour celle qu'elle vit autrefois dans la chapelle. L'espoir rentre un peu dans son âme, un ange lui a été envoyé ; son coeur s'ouvre aux paroles du prélat, paroles si douces, si empreintes du parfum du ciel ! elle fera son sacriâce si Dieu l'exige; elle se résigne, elle dépose dans le sein

de la Vierge cette jeune yierge; la foi de Constance se ranime devant ce lit de mort ; si elle n'espère plus pour la terre, elle

espère pour le ciel Le saint pasteur prie, il ne monte à

l'autel que pour y recommander sa chère malade à 1* Agneau sans tache, à sa Mère immaculée.

Enfin, le délire cesse ; la sœur regarde cette lucidité inespérée comme un avant-coureur de la mort ; elle appelle Véyèque. Il entend la confession de Marthe ; quelle confession! celle de Tinnocence. Constance, oh ! qui dira sa joie ? voit dans cette remise \in signe de guérison ; elle espère, et elle espère avec raison : une crise favorable s'est opérée, le médecin la constate; Marthe est sauvée après vingt-cinq jours de danger. La convalescence commence ; Marthe est entourée des soins les plus intelligents; la sœur Raphaël ne la quitte pas, elle veille avec la mère sur cet ange qui avait, pour ainsi dire, déjà pris son vol yers le ciel. Constance ne croit pas encore à son bonheur ; pendant ces vingt-cinq jours, pendant ces vingtcinq nuits, le courage maternel avait soutenu ses forces. La fiitigue apparaît ; Kerkoff redoute une maladie, il ne s'éloigne pas, il entoure la mère et la fille de toutes les recherches que l'amitié la plus ingénieuse peut inventer. L^évèque attire vers elles les femmes les plus respectables qui soient aux eaux ; tout concourt à rendre promptement à Marthe la vie et la santé. Constance revit avec sa fille ; le bonheur est le meilleur des médecins ;Tair si pur, les eaux qu'elle prend avec la sœur, l'intérêt général dont elle est l'objet, opèrent chez elle des miracles. Marthe peut déjà gravir les montagnes sur le dos d'un petit mulet; son teint a repris sa fraîcheur, elle a grandi, elle est gaie, forte ; bientôt elle courra sur les sentiers tortueux, et elle cueillera des fleurs les vallées. Madame de Monaïc a retrouvé le calme des nuits; mais ses yeux ont souffert; elle seule le sait; elle dissimule ses inquiétudes, même à M. de Kerkoff. Elle prendra une seconde saison d'eaux; la sœur Raphaël restera avec elle, et une connaissance intime de son vieil ami l'accompagnera, au retour, jusqu'à Nantes.

M. de Kerkoff, après des adieux touchants, r^gna promp-

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