TROSIÈME PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE. 3S
•on jouit dans nos provinces reculées. La journée se partageait «atf)B J^étude et le travail à raiguUle; le soir, de temps à autre le cercle s'élargissait , quelques lunis y prenaient place ; la conversation, quelques lectures» un peu de musique, rendaient'le cours des heures rapide, et Tinstant de la retraite arrivait presque toujours trop tôt. Constance et son vieil ami prolongeaient souvent la veillée; c^était le moment des graves entretlgns, des conGdences : on cause si facilement dans le silence de la nuit, au coin du feu !
Les jours, parfaitement pareils, passaient sans laisser de traces; leur monotonie les rendaient longs parfois, sans doute, mais elle raccourcissait les semaines, et le temps coulait comme Tune de ces rivières calmer, dont Tœil suit à peine les insensibles ondulations.
Quoique Marthe fut parfaitement guérie, elle conservait une sorte de faiblesse générale dont M. deKerkoB s'inquiétait plus que madame de Monac ; il redoutait pour elle la rigueur de Thiver. Un soir, il crut devoir s'ouvrir à sa fille adoptive, et ne lui dissimula aucune des craintes qu'il concevait depuis un mois. Il conseilla donc le choix d un climat moins humide, et il vit qu'il causait à sa chère Constance une peine nouvelle.
Elle était loin des inquiétudes qui lui étaient exposées; et abandonner la Bretagne lui semblait impossible.
Pressée de questions, elle finit par rompre un silence trop longtemps gardé.
« Il est parfois des chagrins, dit-elle, que Ton cherche à renfermer dans son propre cœur, les révéler, n'est-ce pas les doubler? J'en suis là; et je m'étais promis de vous dissimu- 1er ce que j'éprouve : j'ai eu tort, sans doute, mais il m!en coûtait trop de vous entretenir de ces misères. 11 faut aujourd'hui que cette dissimulation cesse.
Sachez-le«donc, je ne puis vous quitter: vous êtes mou seul protecteur, mon seul appui; éloignez-vous, et je tombe.
Ecoutez-moi bien : j'ai rompu avec toutes mes anciennes connaissances; mes relations, même de famille, sont on ne
peut pins bornées. J*ai dû agir ainsi, car, vous le sa^vez* mon inonde était mauvais ; eh bien 1 à mon dernier voyage de Paris, j*ai été en butte à deyéritables persécutions ; je n'ai pas Youla tout TOUS raconter , c'était inutile. On m'a accablée de sarcasmesi de plaisanteries ; les calomnies les plus noires, les mieux ourdies, ont été répandues sur mon compte à pleines mains ; les motifs les plus coupables ont été assignés à ma retraite ; on a poussé la méchanceté à ses dernières^ limites. Dieu le siait l alors que je n'avais d'autre intention que de revenir à lui, on m'a présentée, dans ces cercles odieux, comme une femme perdue, ayant à ensevelir sa honte dans une réclusion profonde, et couvrant d'un manteau hypocrite la plus infâme des vies.
Depuis ce moment, mon existence est empoisonnée. Que de larmes cachées !... Que de nuits sans sommeil l... Même vis-à-vis de vous, je me suis composé un visage.
Car la calomnie, non contente de me noircir à Paris, me poursuit jusque Sous votre toit : elle circonvenait votre nièce. Peu de semaines se passent sans que des lettres cruelles ne m'apportent un nouveau sujet de chagrins. Vous seul et votre famille, êtes respectés. Mais, du reste, pas une de mes démarches, même les plus simples, n'est inconnue à mes ennemis; et toutes sont interprétées par eux avec une satanique perfidie.
Monsieur de Châtaignier repousse avec énergie ces infamies; mais une sœur de mon père les a accueillies; et la foi qu*elle accorde à ces machinations aggrave d'autant plus leurs malices qu'elle m'accable des reproches les moins mérités , el que sa conduite à mon égard donne une créance toute naturelle el d'un grand poids aux accusations dont je suis victime. D'où partent-elles? Je l'ai enfin découvert ! Un homme el ucc femme m'ont voué une haine profonde : cette haine les a rapprochés l'un de l'autre. Cet homme, j'ai repousSé ses avance> cette femme, j'ai dû m'éloigner d'elle; pourquoi? ne me 1^ demandez pas. Peut-être ai-je agi avec peu de prudence; Jl suis légère, vous ne le savez que trop, inconséquente; mais je