TROISIÈME PARTIE. — DEUXIÈME SOIRËE
n'ai pas cru devoir user de ménagements dangereux avec gens qui D^en méritaient pas.
Dans ce moment, il y a recrudescence de calomnies, de haines, de machinations ; je suis accablée de lettres anonymes, de reproches de la part de madame de Montblon. On suppose que voas ne passerez pas l'hiver à KerkofT, et on veut profiter de votre absence pour tendre les pièges les plus perfides à ma faiblesse isolée.
Si je quitte votre voisinage, où aller ? A Paris ? on m'y abreuvera d*ignominie. Dans le Midi ? ce serait raisonnable, je le sais, mais on m'y poursuivra, et je serai seule.
Que faire? Permettez-moi une observation. Marthe n*est pas bien remise, il est vrai ; cette cruelle maladie a laissé des fraces, vous les voyez mieux que moi. Mon médecin me rassure; son opinion ne vous suffit pas, je le vois : qui consulter ? Ma position est grave! J'gïitends dire que le docteur Âinard est dans sa famille ; il jouit à Paris d*une juste célébrité, il est considéré comme Tun des hommes les plus éminents dans la science, demandons-lui un rendez-vous : je me déterminerai d'après son avis.
— Soit, je connais le respectable père de M. Ainard ; et si vous le désirez, je Taurai vu demain avant dîner; je tâcherai de ramener le père et le fils avec moi. Lucie a consulté ce docfeur, et c^est à ses conseils que j*ai dû son rétablissement.
Je n^élais pas aussi étranger que vous pouviez le croire à oui ce que vous venez de me révéler ; la haine et la calomnie )nt cherché en vain à détuire Testime que je vous ai vouée.
Constance, puisque vous avez rompu le silence, je le romprai aussi. Ce que la méchanceté peut, elle Ta tenté dernièrp* îienf, ses efforts ont été constants, je les ai repoussés par le lépris, ils ont cessé. Convaincu, par votre manière d*agir, ne vous ignoriez ces machinations, j'ai dû vous les taire. aiiyre enfant I votre discrétion et votre visage m*ont trompé. > m'en veux, car je vous eusse rassurée. Oui, votre tante a îcepfé ces méchantes accusations; mais, ni votre mère, ni vo- ^ mari, pas plus que votre oncle, ne les ont admises ; ils ont
été prévenus^ et je dois vousle dire aujourd'hui, tous avez ga^ gné auprès d*eux en estime, bien pins que vous ne le supposez. Pour être enirédans ce complot dont les auteurs m'étaient inconnus, D. Manuel a perdu une grande partie de son influence sur votre mère; depuis quelques jours je suis informé de ces détails par Fonvillc, que j'avais chargé de découvrir ce tissu d'infamies. Vous Tavouerai-je ? je m'étais trompé sur la cause de votre tristesse. Rassurez -vous, mon enfant : Dieu vous éprouve cruellement, je le sais, mais il ne vous abandonne pas; il a sims doute de grands desseins à votre égard ; il vous conduit par un sentier semé de ronces et d'épines, mais il veille sur vous.
— Oui, par vous !. . . Oh ! les misérables 1 ils ont aussi essayé de m'arracher votre appui, votre affection, l'estime de Lucie, l'amitié de Louise !... mes biens les plus chers !
— Ni Lucie ni Louise n'ont connuices déplorables manœuyres : je combats la calomnie, je la méprise, mais je ne la divulgue p^s. Je puis vous affimer encore que si ce que vous appelez voire monde a accepté ces méchancetés et celle vengeance, elles ont été repoussées par les gens de bien : ceux-ci "VOUS jugent et vous apprécient. Ne craignez pas que J'estime à laquelle vous avez droit soit amoindrie : je sais à quoi m'en tenir, et je n'ai pas eu même d'explications à donner.
Prochainement, vous serez délivrée de rhomme. Compromis dans une affaire honleuse, la prison va s'ouvrir pour lui; quant à la femme^ que je devine, sa réputation est faite; et la Tipère, dit-on, se donne la mort par sou propre venin.
Ne pleurez plus, et dormez: demain nous aurons le docteur Aînard , et son avis deviendra notre règle. »
Le lendemain, une consultation Irès-sérieuseeul lieu.
11 fut prouvé que Marthe exigeait des soins de sanlé assidus, mais que le traitement facile auquel elle serait soumise ne nécessitait pas un déplacement.
Gi'ande fut la joie de sa mère. M. Ainard, après avoir caust' un peu avec madame de Monac, déclara à M. de KerkoH que les yeux de celle-ci lui semblaient très-malades; que,