TROISIÈME PARTIE, ^ DEUXIÈME SOIRÉE
sans doute, de récents malheurs l'avaient frappée, car il reconoaissait le ravage des larmes. U indiqua de minutieuses précautions, et il interdit toute lecture suivie; il ne dissimula pas que la plus légère imprudence pourrait amener la cécité.
APentrée de l'biver, cette inquiétude deveiiait grave. Comment cette pauvre femme passerait-elhe ses soirées? Lucie proposa de lui demander de ne plus quitter Kerkoff : cette proposition fut acceptée. Louise ferait les leçons de sa petite amie, et le cercle de famille s'élargissant, l'ennui en serait banni.
Ces prescriptions de M. Âinard causèrent une grande tristesse à madame de Monac; elle avait pris à cœur Téducation de Marthe : Tinterrompre, n'était-ce pas l'abandonner? Ellemême elle complétait son instruction religieuse; et des lectures suivies, devenues désormais impossibles, entraieQt pour un temps très-notable dans la distribution des heures du matin. Kerkofi lui promit qu'il rendrait leurs causeries fréquentes* Déjà elle avait examiné, étudié les points principaux du christianisme, le cercle qui lui restait à parcourir était peu étendu ;. il ne serait donc pas impossible au général de satisiaire le juste empressement de sa fille adoptive.
Le soir même de ce jour, Marthe, tout en essayant de broder un mouchoir, demanda tout à coup à sa mère : a Maman, qu'est-ce qiie l'Avent ? y»
Madame de Monac fut bien un peu embarrassée de la questioa; mais elle eut la bonne pensée de la reporter à M. de Kerkoff.
Celui-ci, largement établi en un bon fauteuil, commençait à rester fort indifférent à la conversation; peu à peu ses paupières s'abaissaient, et encore un peu, il allait dormir.
a Celte question le réveillera, dit Louise, et il commencera, dssez péniblement d'abord, , une dissertation qui aura del'inlérét pour nous quatre. »
Marthe, de l'avis He Louise, .alla réveiller le vieil ami de a mère; et ce fut de la meilleure grâce du monde qu'il répondit à ce que Von attendait de lui.
« L' Avent, ma petite enfant, dit*il à Marthe, c*est le temps pendant lequel nous nous préparons à célébrer la grande fête de Noël : les quatre semaines que TÉglise consacre à cette préparation commenceront dimanche.
La naissance du Sauveur est un événement bien trop important pour que notre bonne mère ne nous engage pas à méditer ce grand mystère; et à nous dégager, parla pénitence, des moindres souillures qui nous empêcheraient de participer dignement à cette solennité.
De rincarnation de Notre-Seigneur, de sa naissance, date notre salut ; car THomme-Dieu a dû naître avant de soufirir pour nous; aussi le jour où T Eglise nous rappelle cet acte si admirable de charité et d*humiUté est-il un jour de joie pour tous ses fils.
— Mais alors» pourquoi le faire précéder par des jours àe tristesse ?
— Ma pauvre Constance, la joie du chrétien ressemble peu à la joie de T homme du monde; elle est toute spirituelle et intérieure, et le temps de la pénitence n'est pas pour le disciple du Christ un temps sombre et glacé. Si le jeûne et raBstinence châtient son corps, son âme se sent peu atteinte de ces priyationSy et elle les offre avec bonheur au Père des miséricordes. La pénitence de TAvent est, au reste, une chose toute personnelle ; car TEglise a depuis bien longtemps supprimé et le jeûne et Pabstinence par lesquels elle engageait les fidèles à se purifier. Les communautés religieuses ont plus ou moins conservé ce pieux usage ; les offices seulement ont un caractère particulier; les prières qui les composent témoignent de Valtente dans laquelle e^t le monde: nous entendons, pour ainsi dire, les soupirs des patriarches et des justes de Tancienne loi.
Si nos yeux se portent sur Tétat de Tunivers au moment qui précéda la naissance de Jésus-Christ, nous restons stupéfaits de ce miracle insigne de rétablissement du christianisme. Je ne reviendrai pas sur ce sujet ; je vous tii montré déjà plusj d'une fois un coin de ce sombre tableau; et, en vérité, £1 est dégoûtant, que ce n*est que comme forcé et contraint qu'oi