TROISIÈME PARTIE.— DEUXIÈME SOIRÉE. 3t
soulève le voile qui le cache. Soyez tranquille, je ne vous mènerai pas au Cirque ni aux mystères de la bonne déesse, où les Romaines se précipitent en foule ; je ne vous conduirai pas dans ce voluptueux Orient où les esclaves se forment pour le service de Rome et de la Grèce, pas plus que dans nos forêts du Nord; là aussi des cris affreux troublent le silence des grands bois où le sang coule comme dans le reste de la terre,
L'Eglise soumet à nos réflexions ce grand mystère de rétablissement du christianisme, et TAvent ne peut être mieux employé qu'à nous pénétrer de toute la grandeur de ce miracle. Voyez, d*un côté, l'homme arrivé à Tapogée de son or* gueil: il n'est pas semblable à Dieu, et il est Dieu; Rome élève des autels à ses* Césars ; déjà depuis longtemps, TOrient n'a pas cralnl d'accorder les honneurs de la divinité à ses souverains ; le peuple romain pousse le mépris de sa propre race jusqu'à ce point que, pour dissiper l'ennui profond qui le do* mine, il assiste à ces combats affreux où la bête féroce dévoré * l'homme.
Les jeunes filles ne trouvent p&s forte l'odeur de ce sang qui ooule par torrents; elles battent des mains au lion qui déchire l'esclave; elles applaudissent au gladiateur mourant avec grâce!... Il est bien vrai que le doigt barbare de la vestale condamne à périr sur l'arène ce malheureux. U n'est que trop vrai que ces horreurs du Cirque se renouvelleront à la fin des' festins , que le sang de Fesclave se mêlera au vin de l'orgie ! IVe ?erra-t-on pas les Matrones envahir la scène , combattre et répandre le sang?. . . qui sait? peut-être le boire, jpour se guérir de honteuses maladies !
Mais les représentations mimiques n* ont-elles pas appris à
toutes ces jeunes filles, aux vestales elles-mêmes , les secrets
àix plus infâme des vices? L'esclavage n*a-t-il pas porté dans
toutes les classes, d'un bout du monde à Tautre, avec sa honte,
1^ corruption la plus profonde ?
Qui est resté pur sur la terre ? quelques rares familles, Ç^^elques personnes, pour ainsi dire; car la terre plie sous le ^^\às desiniquités des hommes. Voilà cependant qu'une vierge
est ooDçuc sans péché, dans la ludée, et de cette radoe de Jessé doit sortir le Sauveur du inonde. Ainsi, tandis que les nations se précipitent dans le mal , le joar des grâces dn Seigneur approche.
La fille de Joachim et d* Anne est le vase d'élection destiné à contenir pendant neuf mois le fils du Dieu yiTant.
— Mais, mon père, l'immaculée conception de la saiote Viei^ n*est pas un article de foi, dit Louise.
— Certainement, tu as raison; et je n^ai rien articulé cpû pût faire croire qu'il en soit ainsi ; mats tu seras obligée de convenir que les paroles des Pères , les expressions de quelques conciles, entre autres du concile général de Trente, donnent une grande force à ceux qui, comme moi , cnrieol a ce glorieux privilège de Marie. Au reste, notre saint-père le pape vient d'appeler TEglise à se prononcer sur ce^ grave sujet.
' — Ne croyez pas, mon père, que je me prononce dans ce grand appel fait aux fidèles autrement que vous; comme vous, je crois que Marie a du être exempte de la plus lé^re souillure, qu'elle est sans tache; aussi je compte bien célébrer cette fête, le 8 de décembre, et avec le plus de dévotion que je pourrai.
— Tu sais que saint Udefonse l'établit en Espagne au septième siècle, saint Anselme en Angleterre, vers la fin du onzième ; en Normandie, on la voit admise dans le douzième; en 1145, saint Bernard écrit à l'occasion de cette fête à ses religieux; en 1439, le concile de Bâle l'autorise; Pie V lui donne place dans le Missel romain, et Clément IX permet de célébrer une octave. Comme elle vient le 8 ^lécembre, elle se trouve nécessairement dans l'Avent, et c'est pour cela que je vous en ai parlé.
— Que de mystères reunis dans la sainte Vierge !
— Oui, sans doute, Constance : et comment n'en serait-il pas ainsi ? observez sa destinée. N'est-H» pas à elle qu'il est réservé d'être la mère du Sauveur du monde? N'est-ce pas en elle que s'accomplinmt les prophéties? Même à sa conception,