TROISIÈME PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE
un miracle est déjà nécessaire. Elle doit être immaealée, la colombe du Liban ; ni sa vie ni sa glorieuse maternité ne seront la yie, ni la maternité d'une femme ordinaire; ses douleurs sortiront de la ligne commune. Nous reviendrons souvent à la sainte Vierge ; l'Eglise lui a consacré de nombreuses fêtes, et toutes nous présenteront un objet de puissantes méditations.
Dans cette fêle de la Conception, nous ne pouvons trop re^ mercier Dieu d'avoir préparé ainsi Tarche «d'alliance. Attirons les regards de Marie sur nous par nos prières, plus encore par nos efiorts à imiter ses vertus. Soyons humbles comme elle; car elle, la reine des anges, elle a été la plus simple des femmes, la plus soumise des filles. Aimons la pureté comme* elle, elle dont le lis des vallées n'est qu'une image bien imparfaite. Considérons cette vie, et conformons la nôtre aux pieux enseignements qu'elle nous offre.
— L' Avent nous amènera aussi les Ouatre-Temps d'biver.
— Oui, car lËglise a consacré chaque saison par un jeûne particulier. Elle nous rappelle qu en tout temps et toujours nous devons taire pénitence^ car la pénitence devrait être la vie du chrétien. Dans la primitive Eglise, les jeûnes étaient très-fréquents. Si, dès le cinquième siècle, Tusage introduit ce jeûne spécial, c'est, il laut bien le dire, parce que la règle générale, la règle austère de la première ferveur a déjà trop d'infractions à subir ; l'Eglise, qui veut la vie de ses enfants et non leur mort, se hâte donc de rendre plus rares et plus fa- * ciles ces jours d'abstinence, dont la mollesse redoute le retour fréquent. Ainsi elle a diminué d'abord les mortifications de l'Avent, et enfin elle les a supprimées. Ne la voyez-vous pas tous les jours venir au secours de notre faiblesse et retrancher du carême les plus rudes austérités ?
— Pas ici, Constance.
— Oh! chère Lucie, ne recommençons pas l'interminable discussion des jours gras de Paris et des jours maigres de la Bretagne ; ajournons à la première semaine de carême, je TOUS en prie. Je vous plains fort, Constance, d'avoir à enten^
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dre les conversations skns fin de toutes ces bonnes dames sur ce que Ton peut manger, sur ce que Ton ne peut pas manger. Lucie est des plus scrupuleuses ; et comme elle ne peut iaire maigre» qu*elle en enrage, qu^elle désobéit tant qu^elle peut même à son confesseur, pour tâcher d'éviter sa côtelette, elle nous fait enrager nous-mêmes et sur la collation, et sur le gras, et sur le maigre.
Vous en jugerez; car, tout avertie qu'elle est, elle ne pourra retenir son ire contre notre évêque.
Les ordinations se font pendant les Quatre-Temps; et nous ne pouvons trop demander à Dieu de répandre son esprit sur ceux qu il appelle au ministère sacré des autels.
Les Quatre-Temps de décembre ont un caractère particulier. Si dans tous les offices de l'Avent TEglise présente une alternative de joie et de tristesse; si elle vit par la pensée, dans ces temps si sombres qui précédèrent Tavénement du Sauveur, où les justes se desséchaient dans l'attente, et le monde s'abîmait dans la corruption payenne; si elle pousse avec David d'amers soupirs, elle salue avec les prophètes le levtf de l'aurore du jour éternel. Le mercredi des Quatre-Temps, elle quitte ses couleurs de deuil et revêt ses prêtres de blanc; elle prélude déjà à Tallégresse que lui causera la naissance de l'Enfant-Dieu, et déjà elle salue son incarnation. Autrefois grand nombre de fidèles apportaient une dévotion toute particulière à cette fête. Aujourd'hui elle est oubliée à peu près de tout le monde, et je ne sais pourquoi.
Je vous ai, ce me semble, répondu, ma petite Marthe.
— Non, monsieur, dit Frank.
— Comment, non ?
-^ Vous ne m'avez pas dit pourquoi ce temps s'appelait l'Avent.
— Ah ! je comprends, mon enGsint. Eh bien ! ce nom vient de ce que ces quatre semaines, précédant Noël, viennent avant, comprends-tu ?
— Oui, monsieur.
— £h bien ! va te coucher.