TROISIÈME PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE
Ecoute encore, petit lutin : Noël, vois-tu, c'est un bien beau jour; d'abord Notre-Seigneur est né ce jour-là, dans une étable.
— Oh ! je le sais bien.
— Et, ce que tu ne sais pas, c'est qu'en Angleterre, et dans tout le Nord, le jour de Noël est le jour des étrennes.
— Oh! le beau jour! Eh bien, vous me donnerez des étrennes le jour de Noël, et puis le jour de l'an; vous n'oublierez pas, n'est-ce pas, M. KerkofT? Bonne nuit.
— Bonne nuit, Frank ; je n'oublierai pas.
Eh bien, me voilà pris, moi, avec mon histoire, et condamné à une double bonne année. Ce petit coquin, il ne perd rien.
— Et vous, ami, vous avez un peu perdu de vue votre A\ent, par bonheur Lucie ou Louise auront la charité de nous lire quelques bons sermons de Bourdaloue ou de Massillon.
— Mais moi-même, puisque mon Aventne vaut rien, je vous dois réparation, et je m'exécuterai ; voyons, nos jeunes fiUes dormiront, c'est bien fort pour Marthe.
— Oh ! non, monsieur, je ne suis pas endormie ce soir.
— Et toi, Louise?
— Ce me fera un grand plaisir ; ne m'avez-vous pas engagée à lire les prédicateurs du grand siècle ?
— A demain donc, et ne manquez pas de lire ceux des discours que je négligerai. L'Avent est un temps de préparation et de pénitence, et les saintes lectures sont une admirable œuvre.
Quelle bonne idée que cette lecture ! est-elle de vous ,
Constance?
— Quel dévouement, ami, que de vouloir lire ! le pourrez-
vous?
— Oui, certes ; j'ai une poitrine de fer.
— Et un sommeil de plomb ! . . . .
— Eh bien, Louise, si le sommeil vient, tu prendras une
place.
Regarde donc comme je suis éveillé.
— Ohl je vois bien, tous n'atez pas lu, père» tous ayez causé, el..«
— Un peu divagué, hein ?
— Non....rimproyisation vous lient parfaitement éveillé; mais la lecturei la lecture... Madame de Monac fera peatélre ce miracle, auquel je ne crois pas d'avance.
•*- Attendez, enianl, venez m embrasser, et allons à la prière ; puis, je Fafoue, je dormirai volontiers. y>
TROISIÈME SOIRÉE
Nos grands sermonnaires faisaient donc les frais des soirées de KerkoS; il ne faut pas cronre que le vieux châtelain se contentât d'une sèche lecture de ces belles pages qu'il aimait au double point de vue de réioquence et de la science religieuse, il se permettait de longues digressions, tantôt historiques, tantôt littéraires, tantôt religieuses, à la grande satisfaction de Louise et de Constance, et au grand chagrin de Lucie, qui s'endormait plus paisiblement aux paroles de ses chers prédicateurs qu'aux éclats de voix de son mari. Louise excitait souvent la verve de son père et Tenlretenait avec une merveilleuse habileté ; elle lui citait un mot de ses auteurs favoris, et le bon M. de Kerkoff se laissait entraîner, à leur suite, à des considérations sans fin sur la civilisation antique, sur le vide de la morale et de la philosophie de ces temps de ténèbres; il tenait à opposer les grandes vérités du christianisme à ces grossières erreurs du paganisme, et il en revenait à ce mol : Eh bien, voilà l'Avenl, voilà le temps qui précéda le Christ, voilà l'homme avant l'Evangile.
Ces longues soirées ne furent perdues pour personne, tous se raffermirent dans la foi par l'instruction; celle de Conslance