TROISIÈME PARTIE. -^TROISIÈME SOIRÉE
se perfeciienna skigidièremefil , car les sujets traités par nos deux grands orateurs sacrés sont d'une haute importance; puis on ne s'en tenait pas à eux seuls, Bossuet trouvait sa place enlre Bourdaloue et Massillon.
Et une foule de livres passaient de la bibliothèque au salon. Louise et même Marthe acceptaient cet enseignement à son double point de vue avec bonheur; Louise aimait la parole de son père. 11 est bien vrai que Kerkoff, pendant ces semaines, pirésentait un aspect étonnant pour toutes ces personnes qui regardent la campagne comme une sorte de terre glacée habitée par des ours» où pas une idée n'entre, parce que sans doute on y danse peu ^ où Tennui règne comme l'obscurité : braves gens qui oublient qu'on n'a besoin ni de gaz pour voir clair autour d'une table ronde, ni de cancans pour causer.
Il est bien vrai que Ton médisait peu, qu*on ne calomniait pas le prochain ; on ne s'en occupait que pour le plaindre ou que pour le louer, et le plus souvent pour assurer son bienêtre. Il est bien vrai aussi que Ton était fort gai dans ce manoir; la plaisanterie de bon goût courait joyeusement autour de celte large cheminée où les bûches peu comptées tombaient les unes sur les autres. Les gelées permettaient de longues promenades; Kerkoff rentrait tard; il surveillait ses plantations, et de fois à autres se permettait une chasse en forêt ou sur les étangs qui bordaient la mer. Quelques voisins venaient partager le déjeûner de famille; ils apportaient leurs nouvelles, et leur présence établissait une date dans la famille. L'A vent touchait à sa fin, aux regrets de tous, Frank excepté, ^r il attendait ses étrennes de Noël. 11 semblait qu*à Tannée Nouvelle cette réunion se dissoudrait ; il n'en sera riencepen- <^^nt, et madame de Monac ne quittera pas le manoir de Kèrfe^off avant le carême. Déjà ses yeux ressentaient un bien-être V^^sitif du repos auquel on les condamnait; repos acceptable, ^^r elle n'éprouvait, pour ainsi dire, pas de privations. La famille écrivait sous sa dictée; Lucie, chaque matin, lui faisait une lecture; Louise présidait aux leçons; et enfin, le soir, ^- de Kerkoff se chargeait presque toujours de donner aux
heures an emploi du goût de tous, comme nous venons de le yoir.
Les prévisions du bon vieillard n'avaient pas été trompées : les lettres anonymes, les persécutions de la <»lomnie cessaient; Tun de leurs auteurs était en prison, sous la double prévention d*escroquerie et de faux en écriture ; l'autre, sa complice peut-être, avait pris la fuite» et Ton savait qu^elle avait arrêté son passage au Havre pour TÂmérique du IVord. La lumière se faisait déjà, au moins pour madame de Montblond* et bientôt il ne resterait plus pour Constance, aux jeox des gens de bien, que le mérite rare d'avoir su opposer le dédain et le mépris à de si affreuses machinations ; son innocence apparaissait plus brillante encore, et bientôt l'on ne se pardonnerait pas d'avoir écouté des accusations aussi iniques. Elle était vengée par le mépris général dont ses ennemis restaient couverts; et, de plus, elle se trouvait débarrassée d'une foule de prétendus amis, gens sans pudeur, qui n'avaient pas craint de la traîner aux gémonies, pour ainsi dire, sur la douteuse parole des êtres les plus vils. Grand bonheur que celui-là; car, s'il est une calamité constante pour quelques pauvres femmes, ce sont leurs intimités. Comment se délire de cet entourage qui a posé la main sur vous, qai rons a marqué à son nom, qui vous traite en esclave Yl^est-ce pas Satan s'emparant de sa proie? Ce monde avait lui-même terme la porte à Constance en la frappant dans ce qu'elle avait de plus cher. Comme Kerkoff avait été heureux de cette rupture forcée i Désormais il n'avait plus rien à redouter, de ce côté, pour sa fille adoptive; seulement, des lettres récentes lui donnaient des inquiétudes d*un autre genre. La santé de la mère de Constance s'altérait de plus en plus, à l'insu de sa fille; le climat brésilien, très-contraire à la maladie dont elle portait le germe en elle, le développait avec rapidité; il était à croire qu'une catastrophe se préparait. Dévoiler la vérité à madame de Monac, n'était-ce pas l'exposer à faire un voyage Içng, pénible et probablement inutile? Kerkoff se taisait.
LA'vent touchait donc à sa fin. Le recteur, dans son prône