‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 160 sur 259 · TROISIÈME partie: — TROISIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME partie: — TROISIÈME SOIRÉE

des prophéties, le grand jour que toute chair atlend, va luire. El, en effet, tandis que Rome brûle de Tenceps aux pieds de son empereur, de ce dieu, le seul auquel elle croie; tandis que sa philosophie est tombée à Tépicurisme le plus bas ; tandis que les mœurs se traduisent par les désordres de la famille impériale, par les fureurs du cirque; tandis que les sujets de l'heureux César sont comptés comme les béliers d'un troupeau, que se passe-t-il dans un coin reculé de TOrient, loin, bien loin*de la superbe Rome?...

L'édit d'Auguste a élé publié en Judée : chaque personne doit se faire inscrire au chef-lieu de sa famille; des montagnes de la Galilée à travers les torrents tombant des rochers escarpés, à travers les marécages des vallées détrempées par les pluies de l'hiver, nonobstant' les rigueurs de la saison, nonobstant la fatigue d'un long voyage, un vieillard et une jeune femme s'acheminent vers Bethléhem, la ville royale. Cette jeune femme est belle entre toutes; les voiles dont elle s'entoure ne dissimulent pas son état; elle est grosse, et le jour de renfantement est proche ; et cependant c'est à pied qu'elle voyage, car elle est pauvre, quoique de race royale. Celui qui lui prête l'appui de son bras robuste est un simple artisan; sesmains travaillent le bois et façonnent les jougs des taureaux. Ils obéissent l'un et l'autre à Tédit de l'empereur. A pareil jour, à cette heure, ils ont franchi la plus grande partie de la route; Nazareth est déjà bien loin d'eux; encore une journée, et ils seront arrivés.

Oh I je vous en conjure. Constance, observez ce spectacle,

calculez les fatigues inouïes de cette fille de la tribu de Juda;

Voyez ses vêtements, ils témoignent à eux seuls de toutes les

peines de celte laborieuse journée : elle a froid, elle a faim,

<îlle va être mère, ce soir peut-être ! Son visage est .calme et

^orein; elle sourit à son compagnon de route; pas une

/^lainte, elle est résignée, elle est heureuse même ; elle rem-

f^ ^it un devoir, elle obéit. Et sachez-le, dans cette femme, car

jtte femme est Marie, dans cette femme destinée à régner

ir les anges et sur les apôtres, dans cette femme qui demain

sera mère de Dieu, l'obéissance brille [coifnme rhumilité; il n*est vertu qu'elle ne veuille posséder.

Eh bien, oui, voilà la mère du Rédempteur parcourant les montagnes de la Galilée, heurtant ses pieds délicats aui pierres du chemin, transie par la pluie, frappée par le vent, parcourant trente lieues pour donner son nom au scribe d'Auguste. Dites-moi, à la veille de ce jour solennel, quelle est la femme qui supporterait Qinsi les rigueurs de la saison ? Ici, tout est miraculeux, tout est en dehors des lois de la nature. Demain donc sera le dernier jour de cette pénible marche; demain Joseph et Marie entreront dans Bethléhem ; demain les prophéties s'accompliront. Ils cherchent un gtte, un lieu de repos dans cette ville, et toutes les maisons sont pleines ; les hôtelleries se referment devant eux, et Marie cependant tombe épuisée de lassitude. Enfin, une grotte du rocher où dorment et le bœuf et l'âne s'ouvre à leurs yeux, et ils y entrent. Les hommes les ont repoussés; les animaux, au moins, ne s'opposeront pas à ce que la fille de David partage leur paiHe et leur abri, a Et comme ils étaient là, il arriva que « les jours de Fenfantement furent accomplis, et Marie mit « au monde son fils premier-né, et Fenveloppa de langes, et a Je coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de c( place dans rhôtellerie (1). »

Ainsi, le Sauveur, déposé dans une crèche, jette son premier cri de douleur entre le bœuf et l'âne. Tandis que les anges l'environnent, cour invisible dont la céleste Jérusalem entend seule les accents, le Roi de l'univers est réchaufle par l'haleine des deux premiers serviteurs de l'homme parmi les animaux; tandis que l'on danse à la cour d'Hérode, que Ion soupe chez Auguste, Joseph trouve à peine les quelques langes dont le Roi d'Israël est enveloppé. .

Voilà Faccomplissement des. prophéties, voilà la loi nouvelle, et voilà Félernelle condamnation des doctrines du monde.

»(1} Saint Luc, chap. ii.

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