TROISIÈME PARTIE.— TROISIÈME SOIRÉE. SU
— Gomment, les prophéties?. . .
— Ouï, sans cloute ; par tous les livres sacrés des Juifs pour ainsi dire, et particulièrement par les prophètes et David, la venue du Messie avait été prédite de la manière la plus formelle. Croyez-vous, Constance, que Dieu exige de vous la foi en ses mystères sans vous avoir donné les raisons les plus satisfaisantes pour amener à cette croyance votre raison, et, avant la vôtre, la mienne, celle du genre humain? Quoi de plus concluant que la réalisation des prophéties?...
— Rien, sans doute.-
— Eh bien, ouvrez les textes sacrés, et vous trouverez une quantité de prédictions sur le lieu de la naissance du Sauveur, sur la virginité de sa mère, sur les détails de cette naissance, sur son époque même. Je ne vous rapporterai pas ces textes, ils sont partout.
— ^Ja vous dispense de cette recherche, mon vieil ami ; mais qu*avez-vous voulu dire par ce mot : Fotià la loi nouvelle ?
— Après r incarnation, après la naissance de THottime- Dieu, la loi dure et restreinte, imposée à Israël, régnerat-elle encore? Quand la Victime immortelle naît et s'offre déjà, l'autel du temple destiné au sang grossier des boucs et des béliers, je vous le demande. Constance, subsistera-t*il encore longtemps? Quand, au haut du Sinaï, au milieu des éclairs et des éclats de la foudre. Moïse reçut de Jéhovah la loi ancienne, le peuple coupable, prosterné la face contre terre, attendait, dans la crainte etdansle tremblement, les décrets de sa souveraine justice. Et voici dans une grotte, entre un bœuf et un àne, voici le nouveau législateur du monde. Tout à l^faeure vous verrez venir à lui les bergers : voilà donc la loi nouvelle, loi d'humiliation, de sacrifice, de dévouement, en laquelle le petit est grand et le grand petit; dans laquelle le législateur est hostie vivante et «onstante ; dans laquelle l'amour ne connaît pas de bornes. Voyez, Dieu s'est fait homme; il est enfant, petit enfant, enfant si misérable, qu'il est déposé dans une crèche.
N'est ce pas aussi la condamnation du monde, et son éter-
Délie condamnation, que la naissance de ce premier né d'une vierge qui vient rétablir la vraie notion de Dieu, effacée, pour ainsi dire, de l*univers ; qui vient briser les fers de l'esclave, rétablir la femme dans sa dignité, la famille dans sa stabilité? Que fait-il dans celte étable, à peine couvert par un pea de foin et de paille, sinon condamner la mollesse de ce monde romain, couché sur de moelleux coussins, s'enivrant des vins les plus précieux, versés par des esclaves achetés au marché de rOrient? Que fait-il, sinon condamner la jouissance elle plaisir? sinon frapper d'opprobre la volupté?
Méditez cette naissance à ce point de vue, et elle ne cessera jamais de vous fournir les plus sérieux et les plus magnifiques ensei|j:nements.
L'Église, vous le pensez bien, ne laisse point passer cette si précieuse nuit sans consacrer son souvenir ; aussi, dès mimiit, elle commence les saints m;stères,et elle nous engage à remercier Dieu de la naissance de notre Sauveur; à l'aurore, une seconde messe nous appelle, allons adorer le divin enfant avec les bergers; et enfin, à Theurc ordinaire, nous vénérerons, avec l'Église tout entière, la dignité de Notre-Seigneur.
— Devons-nous assister à ces trois messes?
— L'obligation n'est pas rigoureuse; mais l'Église, donnant aux prêtres, en mémoire de Tauguste naissance du Sauveur, la permission de dire ces trois messes, nous convie à les entendre. Mais, je vous le répète, il n'y a pas obligation.
Les offices de ce jour sont longs; TÉglise se livre à Tallégresse, elle remercie, elle bénit son Sauveur. Remarquez-le bien, dans Tincarnation, vous trouvez le fondement du christianisme; sans incarnation, pas de rédemption, et sans rédemption, que resle-t-il de notre foi? Rien. Si le Verbe n'àvai* pas pris un corps, notre foi serait vaine; si, l'ayant pris, il ne lût pas mort pour nous? l'humanité n'eût pas été rachetée: rien de trop, ni la crèche, ni la croix.
Mais reprenons notre récit : « Or, en la même contrée, il a y avait des bergers qui gardaient tour à tour leurs trou- (( peaux durant les veilles de la nuit; et voici que l'ange du