‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 163 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — TROISIÈME SOIRÉE. 34S · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — TROISIÈME SOIRÉE. 34S

rification et la Présentation de Noire-Seigneur Jésus-Christ au temple.

— Je vous en conjure» mon père, ne commencez pas un nouveau discours ! A un autre jour. Je suis absolument comme- Frank : je veux me coucher.

— Tu n'en feras rien, quoique je sois bien décidé à ne plus parler; mais il faut que, toutes^ vous m'aidiez -à préparer la surprise que je ménage à mon jeune ami Frank. Marthe est partie ; à l'ouvrage 1

Voici le programme. D'abord, j'ennuierai bien demain le petit bonhomme par l'explication de ces fêtes que madame de Monac vient de me demander; puis nous le ferons jouer, pour le réveiller; et à dix heures je commencerai mon afifaired'étrennes.

— Bon ! voilà mon arbre de Noël.

— Quoi?

— Ce sapin en caisse que l'on apporte : regarde ?

— Qu'est-ce que cela?

— Il est joli, n'est-ce pas, mon sapin? A chaque branche tu vas fixer une petite bougie, tiens, comme cela, puis des gâteaux, puis quelques petits cornets que je remplacerai demain. Allons ! travaille.

Demain nous allumerons les bougies; j'expliquerai à Frank que ce sont là les élrennes, et j'espère qu'il sera content; mais silence pour tout le monde !

C'est bien cela, Louise, continue.

— Où avez- vous pris cette idée, mon père ?

— Dans le Nord. Je ne puis oublier cet arbre de Noël : voici pourquoi. Prisonnier en Allemagne et blessé, j'étais resté, par grand bonheur pour moi, dans une bonne famille; et quand vint Noël, tu ne peux te faire d'idée de l'aimable délicatesse avec laquelle on se servit de cet arbre pour me faire accepter, sans blesser ma délicatesse, une foule de petîte» choses dont j'avais besoin de l'argent même.

•— Je voudrais que l'année commençât partout le jour de la naissance du Sauveur ; il serait si naturel de dater de là !

— Fais une proposition, Louise; elle sera peut-être acceptée.

En attendant, je voudrais voir renaître parmi' nous Tan- .tique usage de célébrer cette fête par des réunions de famille. Je ne sache pas d'abord d'époques où il soit plus agréable de se réunir; puis il y a un grand charme, au moins pour moi, à me retrouver au pied de la crèche avec mes amis et mes proches. Aussi , Louise, je sens aujourd'hui plus péniblement qu*un autre jour Tabsence de ton frère. Notre pauvre sous- Ueutenant pensera-lil à la nuit sainte, sur la terre d'Afrique? Prions tous pour lui. »

Louise avait terminé son ouvrage, le sapin fut poussé dans un cabinet, enfermé sous clef, et Ton se sépara.

QUATRIÈME SOIRÉE

L* arbre de Noël eut un plein succès auprès de Fraolce^ de Marthe ; quelques autres enfants participèrent aux surprises qu'il leur réservait; Constance, Lucie et Louise trouvèrent aussi suspendus à ses branches de précieux souvenirs de IV mabilité de Tancien prisonnier de guerre. Frank ne manqua pas de constater que les usages du Nord ne devaient pas faire oublier ceux adoptés en France, et il attendait le premier janvier avec impatience. Généreux à sa manière, il prépara ses petits cadeaux : à sa mère, une belle lettre de bonne année écrite sur un grand papier enluminé, qu'il fut assez heureux pour découvrir chez le maître d'école de Kerkoff; à Marthe, une jolie petite levrette qu'un voisin élevait en cachette pour cette enfant que tout le monde aimai! ; à Louise, un agneau de sa brebis anglaise; à Lucie et à Kerkoff, de superbes compliments en vers quelemagister avait dénichés dans un vieux

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