‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 164 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — Q^JATRIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — Q^JATRIÈME SOIRÉE

livre, dont il lirait, dans les grandes, circonstances, des épi-' Ihalames et les harangues adressées au recteur, après la première communion. De plus Frank ouvrit sa bourse aux pauvres, et fit hommage à Tautel de la Vierge, à laquelle il attribuait la guérison de sa sœur, de deux beaux bouquets venant de Paris ; tout Targçnt de ses bons points y

passa.

Les habitants de Kerkoff virent leur cercle s'élargir, quelques amis se reunirent à la famille pendant les fêles de Noël. Ce jour-là même, il y eut un grand dîner au château : le recteur, notre ancienne connaissance Jacques Brieux, et quelques autres notabilités y furent conviés. Les histoires des grandes guerres, les légendes du pays, Jes récils d'apparilions merveilleuses et quelques vieux noëls égayèrent la soirée pendant que brûlai lia bûche de Noël, que Fresneau, le bûcheron, avait apportée en grande pompe. Le bon recteur n'oublia pas de parler de quelques familles misérables, dont l'hiver allait rendre la position plus fâcheuse encore; on se partagea le soin de les secourir, et le vieux Brieux réclama une large part du pain à distribuer. La récolle du blé noir avait été bonne, Brieux avait son grenier garni jusq-u'au comble; il élail charitable en toute occasion, mais surtout quand Tannée avait été bonne; quant aux vêlements, il en laissait la dislributlon à nos Dames de bon secours , ainsi appelait-il Lucie et Constance Noire bon Breton convia à son tour tout le nîonde, à une partie de galeUe pour le jour des Innocents; Tinvilation fut gracieusement acceptée, et Jacques serra encore plus fort que de coutume la main de M. Louis.

On soupail à la cuisine, grand nombre de convives feslaient les oies grasses, les grillades de porc et le vin du général, tandis que Gratien, coiffé d'un bonnet de police <le Tancien quatrième hussard, relique qui ne voyait la lumière qu'aux grandes sdennités, racontait les prouesses de son maître et les siennes. Qu€ de cosaques, de Prussiens, de Hongrois occisl Et l€ passage de la Bérésinal et la bataille deMonlereaul tout l'empire y passait ; puis, par une transition toute natur-

Telle, Gratien arrivait, da mariage du général, de la naissance de Louis, à l'Afrique, où \\ célébrait la vaillance de son jeune maître et comptait les Arabes qu*il frapperait; il portait toast sur toast aux victoires du futur général, à la gloire de la maison de Kerkoff et de la Bretagne. On se retira enfin, et il est probable que, sur les landes, plus d'un convive rencontra plus d'un farfadet, plus d'un fantôme, évoqués par les bruyants refrains des chansons bretonnes consacrées aux souvenirs des vieux temps. La gaieté avait présidé à ce double festin, et il faut le dire, ni en haut, ni en bas, les lois de la tempérance n'avaient été transgressées.

Le lendemain madame de Monac se trouva très-fatiguée, elle remonta de bonne heure, et elle essaya de Kre la vie de saint Etienne, dont elle savait que F Eglise célébrait la fêle; elle avait ouvert une Vie des Saints^ dont TarbredeMoëWavait gratifiée, quand Marthe, l'apercevant, se hâta d'aller prévenir Louise de cette infraction au régime prescrit. Bien vite mademoiselle de Kerkofi* apparut, et une longue causerie remplaça la lecture projetée. Louise, avant de se retirer, promit que le lendmain, elle trouverait bien le moyen de renouer les entretiens de son père. Dans le fait, les voisins devaient prendre congé après le déjeâner, et le salon reprit le soir sa physionomie ordinaire.

M. de KerkolT témoigna toute la satisfaction qu^il éprouvait à se retrouver en famille. Il fut gai plus que de coutume pendant le dîner, s'amusa beaucoup de l'aventure de l'un de ses bons paysans qui,' égaré au milieu des landes humides, avait été trompé toute la nuit par les émanations phosphorescentes et avait couru d'un point à un autro, croyant toujours rattraper une torche fuyant devant lui.

Le cercle ne fut pas plus tôt formé, que sa fille lui lança une question qu'elle savait devoir conduire la causi^rie à ce point où elle prétendait la ramener. Sans se douter qu'il répondu! à la pensée secrète de madame de Monac, le bon vieillard déroula la vie du premier des martyrs, disciple du Sauveur, institué diacre par les apôtres, lapidé par les Juifs, et payant de

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