‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 166 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE

élait dit ; (cMes. petits enfants, aimez-vous les uns les autres, » n'eût pas permis les amis I... Oh ! repoussez comme uqe calomnie grossière l'eireur de ceux qui présentent le christianisme comme une négation glacée des sentiments nobles et vrais. Eocore une fois, ces gens qui prétendent arracher à nos âmes Tamour sont des insensés ; le Sauveur a été tout amour, rien qu'amour. Qu'il ait banni de la société des saints ces attachements égoïstes et bas, ces amitiés complaisantes ou calculées, filles de la mollesse et du mensonge, cela est incontestable, et il a bien fait; Thomme régénéré n'est plus dans les conditions de ces décevantes parodies du saint amour; mais il sent avec une ardeur indicible, avec un bonheur ineffable, la force de cette affection pure, fille du ciel, qui fortifie, qui console, dont le langage calme les chagrins deTâme, les orages du cœUr, les emportements de l'esprit; dont l'énergie est sans pareille, la constance étemelle; vivant dans la vertu et par la vertu, car cette affection sainte vient de Dieu, et retourne à Dieu, car les cœurs chrétiens s'unissent pour se confirmer dans l'amour du beau et du bon. L'ami derEvangile, c'est celui-là que l'on donne pour fils à sa mère, auquel on lègue sa mère. L'ami de l'Evangile, c'est celui-là qui suilTami au Calvaire. L'ami de l'Evangile^ c'est celui-là, qui est resté dans la mémoire des bornâmes, tel que saint Jean , comme le modèle, le type de la pureté.

Demain une autre fête attirera votre attention, celle des saints Innocents.

— Oh! je connais cette fête-là; oui, celle de toutes ces pauvres petites créatures que l'aveugle haine d'Hérode dévoua à la mort, espérant ainsi frapper le fils de David, nouvellement né à Belhléhem, parmi ces victimes si pures que de féroces soldats égorgèrent sur le sein de leurs mères.

La Vierge a été prévenue; courageuse mère! elle a pris le chemin de l'Egypte, et dérobé à la stupide fureur du^despote la vieiie son premier né.

— Vous le voyez, la grande solennité de la Nativité du Sauveur tes suivie de fêles touchantes : celle du premier

ZSSà CAUSERIES DU SOIR.

martyr» de Tapôlre bien-aimé ; ensuite celle de ces victimes si nombreuses de Tambilion inquiète d'Hérode. Comprenez-vous ce que Ton entend par fêtes de TEglise ?

— Oui, ce me semble* et je ne trouve rien de plus touchant que-ce retour des grandes solennités destinées à nous rappeler les grands mystères , que cette sage précaution par laquelle chaque jour de Tannée est placé pour ainsi dire sous la protection d*un membre spécial de la céleste milice dont les vertus nous sont données pour modèle, les travaux pour stimulant, la vie tout entière pour objet de méditation. Celte pratique est à elle seule une preuve de la sollicitude de TEglise pour ses enfants.

Je vous remercie doublement, ami, des étrennes que vous m'avez données, et tous les jours je lirai dans votre beau livre Tune de ces vies.

Mais pourquoi, je vous en prie, cet acharnement si constant et si général du monde à Tégard des saints? Pourquoi ces plaisanteries si mordantes ? car, même au seul point de vue humain, les saints sont des grands hommes pour la plupart.

— Le monde est ainsi fait, chère Constance, qu'il rit de tout, même de lui; Tironie est de toutes les armes la plus facile à manier, la plus sûre, car il est difficile de parer ses coups; rincrédulité sait très-bien que le ridicule ne souffre pas discussion, et, se servant avec une habileté qui n'appartient qu'à elle de ce besoin de rire inhérent à l'humanité, elle a su tirer un parti cruel de la simplicité d^une foule de récits que nos pères admettaient comme légendes, et pas autrement. Leurs mystiques et poétiques imaginations ornaient ces histoires d'une foule de détails gracieux, naïfs, souvent aussi terribles, mystérieux: Téglise ne met pas ces légendes au rang des articles de foi, car le christianisme est parcimonieux en fait de miracles, il n'agit point à la légère, et il est peu à'-^ procédures plus sérieuses que celles auxquelles sont soumises les canonisations. Si je déroulais devant vous Fensemble des règlements admis à cet égard, vous resteriez stupéfaite.

— Je vous en fais grâce.

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