TROISIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE
— Remarquez que, dans notre malice, nous jetons le ridicule sur tout ce qui est grand, pur et beau. Tout notre théâtre n'est-il pas la glorification de Tadullère? La candeur n'est-elle pas toujours transformée en sottise, et ce que Ton nomme fi- ^ nesse, habileté, vertu même..? est-ce bien cela?
La corruption, la mauvaise foi, la peur, l'ignorance, la mollesse, la bassesse, n'ont-elles pas besoin de ramener la vertu à leurs hideuses proportions, et, n'osant se mesurer à ces grandeurs que de tout temps on admire, il est plus vife fait de les couvrir, ces grandeurs, de je ne sais quel verjiis honteux qui enlève à leur physionomie le prestige de la majesté. Souvenez-vous que ce génie satanique, qui n'a pas craint de livrer le plus sublime des livres à la risée des ignorants, n'a pas respecté la plus poétique et la plus glorieuse des pages de noire histoire, et que cette même main, impie jusqu'au sacrilège, qui traça la caricature de Dieu, ramassa je ne sais quelle ordure pour en couvrir Théroïne d'Orléans. Honte éternelle à qui ne sait honorer le beau, le grand! honte élernelle à qui ose rire devant ces images aux pieds desquelles se prosterne Vadmiration du genre humain! pitié et pitié profonde pour ceux-là que la blancheur des lig de la vallée blesse, dont le souffle empesté ternit l'éclat de la rose naissante, et dont la main trouble le crislal de la source fraîche et pure !
— Mais d'autres fêles s'approchent encore, et l'histoire du Sauveur se déroule dans leurs pieuses solennités.
— Ainsi que les mystères ?
— Je vous arrête à ce mot, si déjà vous l'avez employé, et ceci est positif, vous ne l'avez pas expliqué.
— Croyez-vous?
— Ou du moins, si vous avez expliqué ce terme, je n'ai [>as compris votre définition.
— Ne l'auriez-vous pas oubliée?
— Le résultat serait le même.
— A propos de la foi, je vous ai parlé des mystères.
— Oui, mais vous ne m'en avez rien dit quant aux fêtes.
— Oh ! je comprends, il n'est que trop vrai que souvent
nos causeries ne brillent pas par rencbainement rigoureux des idées. Nous causons, Toilà mon excuse ; nous prenons les sujets comme ils viennent, et nous nous préoccupons trop peu de leur ordre logique.
Eh bien, j'aurais du commencer, en vous parlant des fêtes, par vous expliquer ce que Ton entend par ce mot. Déjà, s'il m'en souvient, il.y a longtemps, à l'occasion du dimanche, j'ai effleuré cette matière.
Outre le jour réservé au Seigneur, le sabbat, rancienne loi avait désigné certains jours comme consacrés aussi à Dieu et à la mémoire de ses principaux bienfaits.
-— - Je sais cela.
— Le christianisme a conservé ce saint usage, et lui aussi rappelle au\ fidèles, par des solennités spéciales, les actes de la vie de Jésus-Christ les principaux mystères. Ainsi le jour de Noël, rÉglise nous a appelés à la commémoration de la nativité de T Homme-Dieu ; vous vous êtes unie à elle pour remercier ce divin Sauveur d'être venu ici, sur la terre, se faire petit enfanf. Vous avez vénéré le mystère de cette naissance.
Le mystère de la nativité du Sauveur est donc l'occasion de cette fête ; toutes ont la sainte Trinité pour objet; c'est la sainte Trinité que nous adorons toujours, mais à diverses occasions, si vous me permettez ce mot. C'est à cause de la saiule Trinité que nous honorons et la Vierge et les saints, quel que soit le nom de la fête que nous célébrons et son objet spécial; ainsi, chère amie, Etienne serait-il saint si le Christ, pour lequel il est mort, n'était pas la seconde personne de la sainte Trinité? La Vierge elle-même î quelle serait sa dignité, si son fils n'était pas Dieu ? a Toutes les fêtes de la religion chrétienne, selon un très-célèbre théologien, sont, à vrai dire, les fêtes de la sainte Trinité, puisque tous les objets que nous y honorons ne sont que des moyens différents pour honon?r cette auguste Trinité et pour nous élever à elle. »
Aipsi, toutes les fêtes se rapportent principalement à T bon* neur et au culte de Dieu, comme à leur objet commun ; il y