TROISIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE
fût confondu avec les plus humbles : lui auquel les rois présentaient de For, c'est à peine si un agneau est offert en son nom.
Comprenez''vous, je vous le demande, le ridicule absurde de certains chrétiens apportant au temple le faste de leur luxe, demandant à TEglise une distinction? Pensez donc, vous, auxquels les distinctions sont chères, que votre Dieu a offert pour sa rançon légale une tourterelle!... 0 vous que Torgueil accompagne au saint parvis, souyenez-vous que la fille de David, la reine du ciel, se présenta tenant en ses mains le tribut du pauvre.
Celte fête, autant et comme toutes les autres, vous rappellera l'incomparable humilité de Marie.
— Il sera dix heures dans un instant : un mot de l'histoire de la Purification.
— Si mes souvenirs me se^vent bien, elle était célébrée en Orient avant le cinquième siècle ; le pape Gélase passe pour avoir introduit cette solennité à Rome à la fin de ce même siècle, à Tépoque où il abolit les lupercales. En 562 elle fut l'objet d'une pompe toute spéciale, à Constantinople, ordonnée par l'empereur et le patriarche, pour obtenir la cessation d'un horrible fléau ; la procession remonte à Sergius W.
— D'où vient le nom populaire de Chandeleur ?
— Certainement de Tusage que les fidèles ont conservé dé porter des cierges allumés à la procession ; et*fcet usage a reçu diverses explications, vous les trouverez dans le livre précieux que je vous donnerai (1).
Séparons-nous. Demain donc grand gala au pied du Dolmen qui touche à la maison de mon bon .Jacques Briux. Préparez-vous aux crêpes de pardon (2)et au petit vin d'Anjou. »
(1) Tntructions suK'les Fêles.
(2) Pâtisserie bretonne.
CINQUIÈME SOIRÉE
S*il est une beare peodant Jaqtielle notre esprit, parcoarânt un cercle immense» se reporte du présent au passé, de Tenfance à la yieillesse, éToque les souvenirs bons et les souyenirs mauvais, caresse avec t)onheur les illusions détruites du jeune âge, passe avec peine aux privations du temps présent, sonde avec effroi les possibilités de Tavenir; s'il .est une heure pendant laquelle la rêverie, s*emparant de nous, nous emporte de mondes en mondes, de souvenirs en souvenirs, c'est cette heure, chère au penseur, plus chère encore à la jeune femme, où le jour a cessé, où la nuit commence...
Enfoncée dans un moelleux fauteuil, les pieds posés sur les chenets, en face d'un feu pétillant éclairant seul le salon, Constance écoutait-elle le vent, agitant les grands pins et produisant, au milieu de leurs branches chargées de givre et de neige, des accords sombres auxquels répondaient au loin les longs mugissemelfts d'une mer en fureur? Non ; Constance pensait»..
Ces bruits, elle les aimait; mais, en ce moment. Constance ne se préoccupait pas de leur sauvage beauté; ses pensées étaient loin des landes glacées de la Bretagne; elle rêvait de Paris, de musique, de bals, de valses, de tout ce qu'elle avait quitté pour s'exiler en province, loin du plaisir, loin du monde, loin des amies de sa jeunesse, loin de ce qu'elle avait chéri; elle revenait aux illusions dorées de son adolescence, elle se souvenait de ses beaux projets d'avenir, elle songeait à son existence brisée par tant de xboses» à un âge où la vie corn* mence pour ainsi direl...
Cette vie n'aurait-elle pas pu s'écouler doucement, henné-