THOISIËME PARTIE. — CINQUIÈME SOIRÉE
tement, dans ces salons où tant d'autres conservent intacts leur honneur et lear vertu, sans éloigner de leurs lèvres la coupe du plaisir?... Elle souffrait, cette pauvre jeune femme, de son isolement* du vide produit autour d'elle par Tégoïsme profond de ceux dont elle devait attendre et amour et dévouement !...
Ohl que d amertume dans ce cœurl que d'affections détniileç ! et ce cœur avait été créé pour connaître et sentir toutes 1q9.affecti6ns?noble6,Vtaiertel»|)UTes1 ■**** r. - ;
39q&4oule ramitiéiui restait, Tamitié I... mais Tamitié ne remplace pas tous les autres sentiments; Tamour maternel même* et elle le sentait, ne remplissait pas tellement son âme qu elle n'y découvrit un vide immense. Ce vide, le plaisir ne Tavaît-il pas comblé?... ne le comblerait-il pas isncore?... Constance ne s'adressait pas cette question, mais elle était peut-être bien près d'elle.
Au lieu de remonter F histoire de sa vie, elle la descendait : elle se rappelait avec charme ses premiers pas dans le monde, sa première robe de bal, si fraîche, si légère, si blanche; son premier bouquet, simples violettes, pâles comme elle ; sa fleur de camélia rose s'unissant si bien avec ses cheveux noirs ; le bruit sourd de la voiture sous la voûte ; le gros serrement de cœur qu'elle avait éprouvé en franchissant le seuil de cette longue galerie ; Téblouissement que lui causa la lumière brillante des lustres, le scintillement des diamants, le parfum des fleiirs, le mouvement rapide des danseurs, les sons entraînants de l'orchestre; puis ce trouble de la première contre-danse, de la première parole de son parlener, l'espèce d'enivrement qui suivit!... Tous ces souvenir revenaient précis et gracieux avec leur pureté juvénile, avec leur charme doublé par Téloigriement.
Et cependant ce premier jour si attendu, si joyeusement
ac::uîueilli , ce premier jour, exempt de tout regret comme de
Vo^it reproche, avait eu un lendemain ; car Constance, n'avait
p^s oublié la mauvaise humeur de sa mère, les durs reproches
9^'elle avait reçus d'elle ; Constance n'avait point oublié que
ce premier succès avait éveillé la jalousie maternelle, et que de lui, peut*étre, dataient les malheurs de sa vie. Pour elle > jamais joie n'avait été sans amertume. Avait-elle cueilli une fleur sans jamais avoir rencontré au fond de son calice ua insecte repoussant?
Eh bien, Constance donnait un soupir au monde !...
Marthe entra, et d'un bond s'élança dans les bras de sa mère; le doux baiser qu'elle reçut, de sa fille donna aux idées de Constance un tout autre cours, elles se reportèrent sur cette enfant qui n'aurait pas à souffrir ce que sa mère avait souffert. Marthe raconta tout le plaisir qu'elle venait de goûter à con* struirc un château de neige, à tendre des pièges pour prendre * des oiseaux. Marthe pensait peu à Paris, et trouvait gue la golee avait ses charnues. Ses joues rougies par le froid rafraîchissaient les joues brûlantes de la mère. Sa conversation produisait un effet analogue sur les pensées de madame de Monac; peu a peu les souvenirs s'éloignaient, peu à peu l'amour maternel reprenait son enipire ; bientôt elle ne songea plus qu'à sa fille, e(, se levant, la prenant par la main.: a Voyons, » lui dit elle; et, fredonnant une polka, ellefentraincetles voilà arpentant, lune et l'autre, le salon avec une joie enfantîue.
Quand M. de KerkoQ entra, il trouva la mère et la fille tourbillonnant ainsi.
« Vous voyez, ami, nous ouvrons le carnaval : vous n'avez pas songé à nos plaisirs, nous y pensons, nous.
— A merveille, mesdames; vous êtes charmantes. Tout ce que je puis faire pour vous, je vais fessajer. El, ouvrant Je piano, il joua la valse de la reine de Prusse, cfu'il exécutait, disait- il, avec une grâce extraordinaire en Allemagne quand il était capitaine de hussards.
— Vous avez valsé?... disait Marthe.
— Oui, certes, et très-bien, et l)eaucoup; mais il y a quelque trente-cinq ans, avant la naissance de ta mère.
— Mon |>auvre carnaval!... il sera bien triste cette année! d Ces molséchappèretil à madame de Monac, et ils affectèrent
péniblement M. de Kerkoff.